Populisme : quelle alternative au rejet des élites quand les élites sont médiocres ?

Quand on voit de quoi les élites sont (in)capables, faut-il avoir peur de leur rejet ?

Brexit, élection de Trump et montée des extrêmes : beaucoup s’inquiètent de la montée du populisme. Mais quand on voit de quoi les élites sont (in)capables, faut-il avoir peur de leur rejet ?

Le populisme ne fait pas le jeu des élites. Les actions parlent plus fort que les paroles : elles luttent.

Dernier exemple en date, Donald Trump, désormais président des États-Unis. Il a peut-être gagné l’élection, mais pas à la loyale : les Russes auraient manipulé l’élection. Ils détiendraient par ailleurs sur lui des vidéos compromettantes.

By: DonkeyHoteyCC BY 2.0

C’est ce qu’affirme un rapport du renseignement américain, non confirmé, fondé sur des soupçons. Pourtant, les médias l’ont repris en chœur, comme ils affirmaient hier que l’Iraq de Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive.

Les médias luttent eux aussi. L’élection de Donald Trump aurait été influencée par des fake news, alors qu’eux supportaient fièrement sa rivale Hillary Clinton. Ils auraient pu être objectifs, ils ont choisi d’être partisans. Et ont perdu au passage une bonne part de leur crédibilité.

La meilleure explication du rejet des élites, c’est leur échec. Si les médias avaient pu faire ce simple constat, nous n’en serions sans doute pas là aujourd’hui.

On ne peut pas se prétendre décodeur ou se réclamer d’une rigueur scientifique quand on est partisan. Ce qui vient avec le populisme n’est pas bien, mais ce qu’il y avait avant n’était pas mieux. Il y a un éléphant dans la pièce, et il faut volontairement fermer les yeux pour ne pas le voir.

Les États ont considérablement grossi – 57% du PIB en France. Ils se sont massivement endettés. Ils ont continué à dépenser, et ont créé une jungle réglementaire pour préserver un écosystème favorable à un modèle social dépassé. Il faut évoluer pour s’adapter. Ils ont préféré le protectionnisme et le « volontarisme », pour dire poliment qu’ils ont jeté l’argent par les fenêtres en espérant calmer le vent. Les inégalités ont augmenté, et on accuse le libéralisme !

Il faut trouver un nouveau modèle. Quand on parle de tout un pays, on peut comprendre que l’expérimentation soit difficile – mais rien n’empêche de réfléchir. Faire plus de la même chose, ce n’est pas réfléchir.

By: charlene mcbrideCC BY 2.0

Le terrorisme est une réalité : la surveillance aussi. Les inégalités sont toujours là : l’État-providence aussi. Les électeurs sont ignorants : les médias publient tous les jours, voire toutes les heures. Si c’est une expérience, elle n’est pas concluante.

On peut comprendre pourquoi les partisans du populisme succombent au populisme. Les uns disent ce qu’ils veulent croire, les autres écoutent ce qu’ils veulent entendre. Quitte à ce que ce soit souvent n’importe quoi. Mais au milieu de ce n’importe quoi, il y a l’idée que les élites les ont trahis, et ce n’est pas complètement faux.

Il y a l’idée qu’on leur a pris quelque chose, et ça non plus, ce n’est pas complètement faux. Mais ça s’arrête là.

Ce n’est pas la mondialisation qui leur a pris leur pouvoir d’achat, pas plus que l’immigration. Ce ne sont pas les Chinois qui empêchent notre industrie de réussir, pas plus qu’ils ne nous appauvrissent. Pour trouver les causes de nos problèmes, il faut regarder bien plus près de nous.

Le discours classique est que la mondialisation permet certes d’importer bon marché de pays à bas salaires, mais que les emplois se déplacent là-bas et avec eux, le pouvoir d’achat. Les emplois industriels occidentaux ne pourraient pas rivaliser avec la main-d’oeuvre chinoise bon marché ; il faut protéger nos frontières.

Si l’argumentaire précédent tient la route, alors le protectionnisme ne fonctionnera pas. Les emplois reviendront peut-être, mais les importations ne seront plus aussi bon marché. Et nous n’exporterons plus autant – pas vraiment gagnant-gagnant.

L’économie n’est pas un jeu à somme nulle. À l’échelle mondiale, la pauvreté recule. Et nous ne sommes pas condamnés à une croissance atone. Protéger le système actuel, c’est protéger les conditions qui ont mené à la situation actuelle.

À défaut de proposer mieux, le choix semble être entre les tenants du système actuel, qui veut protéger les gens, et les populistes, qui veulent protéger les frontières ; Sociale-démocratie ou nationale-démocratie.

By: Alistair YoungCC BY 2.0

Ce que nous faisons aujourd’hui fonctionne tellement mal que ce qui a le plus de chances de marcher, c’est encore de faire marche arrière. Tout simplement. Réduire la dépense publique, réduire la dette, simplifier la réglementation. En conservant ce qui marche : un monde ouvert, mais débarrassé des entraves de la bureaucratie et de l’appétit de l’État obèse.

Personne ne peut garantir que ça va marcher ; il ne suffit pas d’un bon système pour que tout aille bien. Le libéralisme a le mérite de reconnaître que son succès dépend de chacun de nous. Sa promesse, ce n’est pas de nous l’apporter, mais de nous permettre de l’atteindre. L’avantage, et la beauté du libéralisme, c’est que ce succès, c’est aussi à nous de le définir. Soyons créatifs ; au vu des autres options, il y a urgence.