Les fonctionnaires préfèrent Fillon aux candidats de gauche

Selon un sondage récent, François Fillon est nettement plus populaire chez les fonctionnaires que les candidats de gauche, et cela malgré sa volonté de supprimer 500 000 postes dans l’administration publique. Les fonctionnaires sont prêts à entendre la vérité.

Par Frédéric Mas.

Les fonctionnaires préfèrent Fillon aux candidats de gauche

D’après une enquête récente du Cevipof, Marine Le Pen est en tête des intentions de vote des fonctionnaires au premier tour de l’élection présidentielle. Plus étonnant encore, alors que la candidate du Front national est créditée de 20,7 à 22% des voix, c’est François Fillon, candidat de la droite et du centre, qui la talonne avec 18,8% à 21% des voix. Manuel Valls les suit, loin derrière avec environ 15% d’intentions de vote, lui-même au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon.

Réduire le nombre de fonctionnaires ne gêne plus

Non seulement les fonctionnaires, qu’on dit traditionnellement pencher à gauche, ne semblent pas séduits par la plateforme programmatique du parti socialiste, mais les réductions d’effectifs proposées par le candidat Fillon ne les dérangent plus. Les raisons sont multiples, mais il est possible d’en retenir au moins deux :

  • François Hollande a réussi le tour de force de se fâcher avec sa clientèle traditionnelle, en particulier les enseignants, en répondant aux demandes d’autorité et de reconnaissance du personnel enseignant par l’autoritarisme, l’assentiment aux pires délires égalitaires des pédagos et des réformes qui ont réussi à faire l’unanimité contre elles (réforme des collèges, suppression du latin et des classes européennes).
  • Les fonctionnaires sont prêts à entendre la vérité sur les multiples couches d’administration qui s’empilent jusqu’à rendre toute action des administrateurs comme des administrés inefficaces. Malgré les effectifs pléthoriques dans les bureaux du service public, la police, la justice ou l’administration hospitalière fonctionnent mal, très mal. Et la socialisation de la Santé n’améliorera pas les choses.

Dans ce contexte, quand François Fillon fustige la prise de pouvoir des pédagogues autoritaires sur les professeurs qui travaillent sur le terrain, le discours de la droite devient audible à un public traditionnellement de gauche. Quand le même candidat parle de débureaucratiser le pays, tout le monde, fonctionnaires compris, peut penser à ses expériences quotidiennes avec la hiérarchie, avec le monde kafkaïen de l’Éducation nationale, du RSI, de la Sécurité sociale, de la socialisation rampante par le Tiers payant.

Les fonctionnaires eux-mêmes comprennent que la plupart d’entre eux, en devenant un rouage dans la machine bureaucratique, voient leur travail dévalorisé, ramené à rien, le tout pour épargner pour des enfants qui, faute de travail en France, seront contraints demain à des emplois de médiocre qualité ou à l’exil. Contrairement à ce qu’ont pu affirmer certains éditorialistes et journalistes, le réformisme de François Fillon n’attire pas que les classes aisées : il séduit ceux qui veulent éviter la banqueroute du pays.

Si désormais, les fonctionnaires basculent à droite, et deviennent même réceptifs à un discours de raison sur l’avenir de la fonction publique, c’est qu’il existe une occasion historique de réformer, à droite comme à gauche, qu’il ne faudrait pas gâcher.