Pourquoi Marine Le Pen se trompe sur la sortie de l’Euro

Marine Le Pen, Leader of the French National Front Image Courtesy: Rémi Noyon (www.flickr.com/photos/remijdn/6957828536/), Licensed under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic | Flickr

Pourquoi Marine Le Pen a tort de dire que les Français ne subiraient aucune conséquence d’un retour à l’ECU lien fixe entre monnaies nationales.

Par Pieter Cleppe.
Un article d’Open Europe

Pourquoi Marine Le Pen se trompe sur la sortie de l'Euro
Marine Le Pen, Leader of the French National Front Image Courtesy: Rémi Noyon (www.flickr.com/photos/remijdn/6957828536/), Licensed under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic | Flickr

La candidate d’extrême droite française Marine Le Pen a apporté hier un éclairage sur sa façon d’envisager les arrangements monétaires de la France après une sortie de l’euro et une réintroduction du franc. Exceptée sa suggestion de remettre en place un panier de monnaies, elle a avancé qu’un monnaie nationale co-existant avec une monnaie unique n’aurait aucune conséquence sur la vie quotidienne des Français.

Cette affirmation est inexacte, même si je pense que se débarrasser de l’euro est une bonne idée sachant qu’il rend possible une augmentation des dettes insoutenables, ce que ne feraient pas les monnaies nationales (et les monnaies privées seraient encore plus efficaces de ce point de vue). L’ECU, ou « unité de compte européenne » qui précéda l’euro, n’était rien de plus qu’une forme poussée d’ancrage de devises. Or, si un tel système apparaît instable, il finit par se rompre, comme ce fut le cas sous les attaques de George Soros en 1997, dont la victime fut la livre sterling. Remettre en place le franc serait un événement majeur, pour les trois raisons suivantes :

La fin de l’argent facile

Les banques françaises ne profiteraient plus de l’argent facile via la Banque Centrale Européenne, puisqu’elles dépendraient dorénavant de la Banque de France pour se financer. Plus une monnaie est utilisée, plus la banque centrale peut s’en sortir dans le cadre d’une expansion monétaire incontrôlée. Plus il y a d’expansion, plus les taux d’intérêts sont bas, étant donné qu’ils constituent le prix de la monnaie. Le résultat est que les taux d’intérêts que paient les banques françaises à leur banque centrale augmenteraient considérablement, et avec eux les taux d’intérêts pour les emprunteurs Français. Pour résumer, les épargnants y gagneraient, puisqu’il auraient des gains plus élevés, et les politiciens y perdraient. L’État français devrait réduire considérablement ses dépenses.

Un possible défaut de l’État français

Une sortie de la France de l’euro pourrait bien entraîner un défaut de son État, sa dette extérieure augmentant relativement à la valeur du nouveau franc.

La dépréciation de la nouvelle monnaie nationale

Les épargnants français jouiront de taux d’intérêts plus hauts, mais parallèlement, leur pouvoir d’achat souffrira de la probable dévaluation du franc français. Cependant, contrairement à des pays comme la Grèce, la valeur de l’euro n’est pas actuellement hors de phase avec la performance économique de la France, et nous ne devrions donc pas surjouer cette troisième raison.

Si Marine Le Pen est élue — ce qui est peu probable étant donné la faible marge d’erreur des sondages — et si elle lance alors un référendum sur l’euro, je pense que la probabilité est forte que les Français choisissent de conserver l’euro, précisément pour les trois raisons évoquées ci-dessus. Les ménages maintiendraient-ils leur épargne dans les banques françaises, à l’approche d’un référendum sur l’euro ? Ils éprouveraient certainement de la crainte mais l’argument selon lequel leurs dépôts seraient en danger, en cas de vote contre l’euro, serait convaincant.

L’effondrement éventuel de l’euro serait probablement la conséquence d’un événement financier et non politique, quand l’Allemagne ne voudra plus laisser détruire la base de son épargne pour sauver l’euro après un crash financier majeur. Cet événement pourrait être long à se produire, ou pas, mais, à un moment ou un autre, la volonté de l’Allemagne de sauver l’euro prendra fin, du moins c’est ce que je soupçonne.

Traduction Contrepoints

Sur le web