Réduire la fonction publique de 25% en 5 ans

By: Ian Burt - CC BY 2.0

Un programme de réforme de la fonction publique sérieux porterait à la fois sur son statut et sur sa masse. Car on ne réformera la masse qu'à la condition d'avoir préalablement réformé le statut.

Par Drieu Godefridi.

Réduire la fonction publique de 25% par an pendant 5 ans
By: Ian BurtCC BY 2.0

Monsieur Juppé annonçait ce week-end qu’il refusait de supprimer des emplois de fonctionnaires : « Je ne pense pas qu’on puisse supprimer 600.000 emplois de fonctionnaires” (2 octobre).

Or, cette suppression est non seulement faisable, mais elle vient d’être faite. Pas par une quelconque dictature locale inspirée du général Pinochet : par cette démocratie exemplaire, ce berceau de la liberté parlementaire et du gouvernement par la loi, qu’est le Royaume-Uni.

L’exemple britannique

Le Premier ministre anglais David Cameron a supprimé précisément 600.000 emplois de fonctionnaires durant les trois premières années de son mandat, dans le même temps que l’économie britannique créait 1.200.000 emplois privés (source : Office for National Statistics, « Public Sector Employment »).

En 2014, la masse salariale des fonctionnaires français — y compris les collectivités territoriales — était équivalente à la totalité des recettes fiscales de l’État, pour un total de 278 milliards d’euros (source : Cour des comptes). Soit 44 milliards de plus que la masse salariale de l’emploi public au Royaume-Uni (chiffres et cours de 2013, Office for National Statistics).

Le poids de la fonction publique

Dit autrement, la France dépense chaque année l’équivalent de 14 porte-avions de type Charles de Gaulle de plus que le Royaume-Uni, en rémunération de sa fonction publique. La France s’épuise sous le joug d’une fonction publique pléthorique, surpayée par rapport au privé, en travail réduit de droit ou de fait, bénéficiant de régimes de retraite plus ou moins, mais toujours, préférentiels, et qui est comme un écornifleur sur le corps social.

Un programme de réforme sérieux porterait à la fois sur le statut et sur la masse de la fonction publique. Car on ne réformera la masse qu’à la condition d’avoir préalablement réformé le statut.

On l’oublie, mais l’idée que les fonctionnaires jouissent d’un statut légal préférentiel est exorbitante, sans justification rationnelle, et le principal frein à toute réforme sérieuse.

Pas de statut de la fonction publique en Grande-Bretagne ou en Suède

L’une des raisons pour lesquelles M. Cameron a pu supprimer des centaines de milliers de postes de fonctionnaires excédentaires est que l’écrasante majorité de ceux-ci sont soumis au droit commun du travail (à l’exception du Civil Service au sens strict, 440.000 personnes, encore leurs privilèges sont-ils dérisoires en regard de ceux dont bénéficient les fonctionnaires français, ainsi de l’absence de garantie d’emploi à vie). Aussi épouvantable que cela puisse paraître, il n’existe pas de statut général de la fonction publique dans des pays tels que le Royaume-Uni ou la vertueuse Suède.

Ni, du reste, dans la plupart des pays du monde. Peut-être serait-il opportun de se demander si, sur ce point comme d’autres, l’exception française ne serait pas l’expression d’intérêts catégoriels plutôt que du génie national ?

Réformer la fonction publique

fonction-publique-rene-le-honzecLa réforme de principe acquise, l’idée serait de réduire le volume de la fonction publique de 25% en 5 ans (soit approximativement 300.000 unités par an). Ce n’est qu’à cette condition que l’économie française recommencerait à faire jeu égal — égal, notons-le — avec ses concurrents européens.

Enfin, il faudra mettre en place des garde-fous constitutionnels qui interdisent désormais à l’État, dans ses différentes composantes, de reprendre le chemin de la gabegie par la fonction publique.

Alors, et alors seulement, pourra-t-on reparler sérieusement de croissance, de lutte contre le chômage et d’assimilation ou intégration. Car, l’équation selon laquelle un emploi créé dans la fonction publique détruit 1,5 à 3 emplois dans le privé — par son coût et par allocation sous-optimale des ressources — vaut bien entendu dans les deux directions : pour peu qu’elle s’accompagne d’un minimum de flexibilité de l’emploi privé, la suppression des emplois publics conduit mécaniquement à la création d’un nombre supérieur d’emplois privés. La preuve par le gouvernement de M. Cameron, mais également par l’Irlande, le Portugal et l’Espagne depuis 2008.

Une réforme trop ambitieuse ?

Cette réforme n’est-elle pas trop ambitieuse, voire extrême ? Regardons ce que propose le Front national. En effet, nombre de Français perçoivent le Front national comme une alternative aux idéologies et lâchetés qui se succèdent au pouvoir depuis de longues décennies.

Que prévoit le programme de Madame Le Pen sur le sujet qui nous occupe ? Rien, parce que selon les économistes souverainistes, souvent issus de l’extrême gauche, qui inspirent Mme Le Pen, la fonction publique — statut & masse — n’est pas un problème. C’est pourquoi Madame Le Pen n’offre, en vérité, aucune alternative crédible à la panade actuelle.

L’un des arguments des partisans du Brexit était qu’en restant dans l’UE, l’Angleterre était comme arrimée à un cadavre (shackled to a corpse).

Ce n’est qu’une image. Mais elle n’est pas sans fondement et elle vaut pour la France : avec près de six millions de fonctionnaires en statut privilégié qui lui coûtent chaque année l’équivalent du PIB du Danemark, la France est, en effet, shackled to a corpse.

Réduire d’un quart le volume de la fonction publique française après en avoir aboli les privilèges légaux : voici un élément de programme qui permettrait aux Français d’embrasser l’avenir avec optimisme.