Alstom : quand la politique démolit l’économie

La catastrophe économique d’Alstom, tout comme les gesticulations politiques pour tenter en freiner la chute, n’est pas seulement un accident industriel. C’est une affaire d’État : une fois de plus, ce dernier démontre qu’il ne comprend rien au marché.

Par Jacques Garello.

Alstom : quand la politique démolit l'économie
By: Mike MozartCC BY 2.0

Alstom n’est pas une entreprise industrielle, mais une affaire d’État. Ce dernier est à l’origine des déboires actuels de la firme et il prétend maintenant sauver les emplois et l’avenir du site de Belfort. Le scénario n’est qu’un des nombreux avatars de la politique industrielle qui, en France comme ailleurs, n’a cessé d’accumuler les erreurs en voulant ignorer ou contredire les lois du marché et de la concurrence.

C’est pourtant le capitalisme que l’on met en cause ; on désigne à la vindicte populaire la rentabilité, la loi du profit, les actionnaires et les patrons. Mais en période électorale, la classe politique fait de la surenchère démagogique : le pouvoir actuel va tout régler, à moins que ce ne soit le pouvoir futur.

Alstom et la SNCF

Voilà deux fleurons de l’industrie française, c’est du moins la réputation qu’on leur fait, et les deux firmes ont partie liée. L’image commune, c’est le succès du TGV. L’État est actionnaire d’Alstom pour 20 % du capital, et la SNCF est une entreprise publique. La SNCF est le premier client d’Alstom.

La gestion de la SNCF a donc un impact direct sur celle d’Alstom. Or la SNCF ignore tout du marché et de la concurrence. Depuis sa création, elle n’a cessé d’être en déficit et la masse salariale a toujours été prioritaire par rapport aux investissements lourds.

On se trouve aujourd’hui avec un réseau ferré presque inutilisable faute d’entretien, une charge harassante de retraites des cheminots, un matériel inadapté aux besoins : les quais de gares doivent être rabotés pour laisser passer les nouveaux trains, les TGV ont prématurément vieilli.

La SNCF est obligée de tricher pour retarder l’ouverture européenne à la concurrence, mais elle a déjà perdu la partie pour le transport de marchandises et prochainement de voyageurs.

Avatars de la politique industrielle

Déjà, en 1969 Lionel Stoleru énumérait les catastrophes : le plan calcul, le minitel, Concorde, le tout nucléaire. En 1981, Pierre Mauroy crée 40.000 emplois dans la sidérurgie ; en 2009, il faut fermer ArcelorMittal, puis c’est Florange en 2013. Ajoutons encore Areva en 2015 et le développement des éoliennes depuis le Grenelle de l’environnement.

Ce ne sont que quelques exemples de « réussite » de la politique industrielle française. Aux États-Unis, la Maison Blanche se penche en vain sur la sidérurgie (Cleveland, Pittsburg, Detroit, la ceinture de rouille) puis « sauve » General Motors (en supprimant 110.000 emplois). La faillite de Lehman Brothers conduit à secourir les banques menacées par les subprimes. Actuellement, en Allemagne, la politique d’énergie de substitution imposée sous la pression des Verts et de la gauche a toutes les allures d’un échec.

L’échec de la politique industrielle a les mêmes causes que celles de la planification : décision centralisée, recherche de la mythique rentabilité publique (emplois créés, environnement, aménagement du territoire, justice sociale), libre cours à l’inspiration de dirigeants mégalomanes (Anne Lauvergeon), préférence pour les techniques plutôt que pour les ventes. Mais, surtout, suppression de la liberté des choix individuels.

La politique avant l’industrie

À travers leur politique industrielle, les hommes de l’État démontrent leur ignorance du marché, système décentralisé de signaux, prix et profits, qui permettent de sélectionner et les entreprises et les projets et les hommes. Contester et pénaliser la liberté des prix et des profits c’est déboucher sur le mal-investissement : les moyens ne vont pas là où l’exigeraient les demandes exprimées par la communauté des clients.

En revanche, les hommes de l’État savent faire main basse sur l’épargne, domestiquer les grandes sociétés et en retirer un pouvoir économique immérité : la Banque Publique d’Investissement assèche le financement marchand pour subventionner la clientèle électorale.

La priorité de la politique se traduit aussi par la reconnaissance du pouvoir syndical, peu soucieux de rentabilité, hostile à tout changement. Laisser supposer que le personnel n’a jamais été alerté sur la situation de l’usine de Belfort est assez osé. Mais il faut accréditer la thèse de l’État protecteur, surtout en période électorale. L’industrie et l’économie passent après la politique. Et finalement, faute de liberté et de fluidité, 400 familles seront condamnées. Mais ce ne sera plus l’affaire de cet État.

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