Derrière l’écologisme radical, toujours et encore Thomas Malthus

L'économiste Thomas Malthus (Image libre de droits)

Comment les thèses de Malthus, cent fois réfutées, se retrouvent derrière les écolos les plus radicaux.

Par Walter Simonson.

Pour vraiment comprendre en profondeur les racines philosophiques de la « deep ecology », il faut absolument relire An Essay on the Principle of Population as It the Future Improvement of Society, l’œuvre majeure, publiée en 1798, de Thomas Malthus (1766-1834). Ce pasteur anglican a écrit, à une époque où il y avait seulement un milliard d’humains sur Terre, une très fameuse doctrine basée sur deux postulats (1° la population croit en progression géométrique et 2° les ressources croissent en progression arithmétique).

Deux postulats faux

Thomas Malthus (image libre de droits)
Thomas Malthus (image libre de droits)

Ce sont deux postulats particulièrement simplistes dont la fausseté absolue a, soit dit en passant, pu être dûment constatée durant plus de deux siècles. D’après lui, avec une croissance exponentielle de la population humaine qu’il estimait promise à un doublement naturel tous les 25 ans, nous courrions tout droit vers une apocalypse inéluctable. Suite à cette intime conviction, ce grand optimiste a développé une vision très personnelle de l’humanisme chrétien en affirmant avec force qu’il ne fallait surtout pas secourir les miséreux, soigner les malades et nourrir les affamés mais qu’il fallait au contraire impérativement les laisser mourir sans pitié pour ne pas accélérer une catastrophe qu’il jugeait imminente.

Ces derniers temps, ces brillantes idées ont été reprises par des néo-malthusiens fervents comme l’entomologiste Paul Ehrlich (qui visiblement aurait mieux fait de se limiter à l’étude de ses chers insectes) et à son disciple John Holdren (qui est devenu le principal « conseiller scientifique » de Barack Obama !). Comme quoi, de même que pour un entomologiste il n’est pas forcément facile de devenir un bon démographe, il n’est pas non plus nécessairement facile pour un politicien avec une formation d’avocat de parvenir à s’entourer judicieusement de personnes compétentes en matière scientifique.

Ehrlich, son épouse et John Holdren publient en 1977 un livre de plus de 1000 pages intitulé Ecoscience : Population, Resources, Environment dans lequel ils reprennent les thèses de Malthus et dans lequel ils prétendent sauver la Planète du désastre qui la menace en envisageant très sérieusement, aussi incroyable que cela puisse paraître, des mesures salvatrices radicales telles que l’interdiction légale des familles nombreuses, les avortements forcés, la stérilisation des femmes à leur insu en mettant subrepticement un produit stérilisant dans l’eau de distribution, et autres joyeusetés du même acabit.

Il se trouve une multitude de personnes, et même en nombre croissant ces dernières années, pour croire dur comme fer à tous ces délires.

Néomalthusianisme v. les faits

Peu importe que les faits aient donné tort à Malthus sur toute la ligne. Les faits sont têtus. Cependant l’aveuglement et l’entêtement humains n’ont guère de limites. Les convictions bien ancrées de ces zélotes du néo-malthusianisme l’emportent à tous les coups sur la raison la plus élémentaire.

En réalité, la croissance des ressources augmente nettement plus vite qu’une progression arithmétique, du fait de la croissance spectaculaire de l’efficacité de la gestion des ressources, de la découverte de nouvelles ressources, et du génie humain qui permet de mettre à portée du plus grand nombre des biens et des services de qualité croissante, à moindre prix, produits de plus en plus efficacement en consommant toujours moins de matières premières, d’énergie et de travail humain.

Quant à la croissance de la population, il est puéril de vouloir la modéliser par une progression géométrique. Aucun phénomène matériel ou biologique, quel qu’il soit, ne peut évidemment obéir très longtemps à une loi de croissance exponentielle. Si l’on considère qu’une bactérie Escherichia Coli se divise en deux toutes les 20 minutes, la croissance exponentielle continue d’une colonie d’ E. Coli amènerait en quelques heures à une masse et à un volume supérieur à celui de notre Planète.

Au départ d’une bactérie unique, on obtiendrait théoriquement au bout de 24 heures à peine 2^72 bactéries (2 puissance 72), et au bout de trois jours et cinq  heures (moins d’une demi-semaine) le nombre astronomique de 2^231 bactéries (2 puissance 231, soit 3,45 x 10 puissance 69). Le mot « astronomique » n’est nullement usurpé ici. En effet, comme une bactérie E.Coli contient de l’ordre de 70 milliards d’atomes, le nombre total d’atomes que cela représenterait serait donc plus du double que le nombre estimé d’atomes dans l’univers visible, à savoir 10^80 (10 puissance 80) !

Il est également facile de calculer qu’un doublement de population tous les 25 ans comme le prétendait Malthus aurait abouti aujourd’hui en 2016 à une population de 422 milliards d’individus. On perçoit donc l’inanité des élucubrations de Malthus et de ses disciples.

En 1840 déjà, Pierre-François Verhulst a proposé un modèle mathématique de croissance des populations beaucoup plus élaboré et surtout beaucoup plus conforme à la réalité que le modèle exponentiel simpliste de Thomas Malthus.

Ce modèle de Verhulst est basé sur la fonction logistique, avec une croissance relative d’abord lente, puis rapide, puis à nouveau plus lente suivie d’une stabilisation. N’importe quel démographe sérieux pourra confirmer que l’évolution de la population mondiale suit une courbe sigmoïde, obéissant en gros à une fonction logistique (à l’exception de phénomènes exceptionnels comme les deux guerres mondiales, ou encore la grande famine de Chine dans les années 1958-1961).

La croissance annuelle absolue a été maximale en 1989 (avec une augmentation de 87,8 millions de personnes). Quant à la croissance annuelle relative, elle est passée par un maximum de 2,2% en 1962-63 et est redescendue aujourd’hui à un peu plus de 1,1%. Il y a un consensus unanime des démographes pour estimer que la population mondiale (qui approche aujourd’hui les 7,4 milliards) devrait se stabiliser entre 9 et 10 milliards, avec comme estimation la plus fréquemment admise, une stabilisation à 9,2 milliards vers le milieu du siècle.

Globalement, les conditions de vie se sont spectaculairement améliorées, surtout dans les pays émergents.

L’espérance de vie a augmenté de plus de trois mois par an depuis plus d’un siècle, fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

L’extrême pauvreté

Le fait est que contrairement à des idées reçues particulièrement tenaces, l’extrême pauvreté dans le monde (y compris sa composante la plus tragique, la faim) touche de moins en moins de personnes, tant en nombre absolu qu’en pourcentage de la population mondiale. Ce pourcentage est passé de 37,1% en 1990 à 9,6% en 2015 (Source : Banque mondiale)

On est donc très loin des prophéties d’apocalypse de certains oiseaux de mauvaise augure dont le discours néo-malthusien continue cependant à faire florès dans les médias, dans les tribunes politiques et auprès d’un grand public très mal informé et toujours prompt à laisser l’émotion prendre le pas sur la raison.

Même confrontés à des faits indiscutables, il s’en trouvera toujours qui nieront farouchement les faits et resteront convaincus de certaines balivernes, à la manière d’adeptes d’une secte religieuse.