Panama papers : et si on abolissait plutôt l’impôt ?

Taxes et impôts (Crédits : 401kcalculator.org, CC-BY-SA 2.0)

Ce n’est pas l’évasion fiscale révélée par les Panama Papers qui est immorale, c’est de forcer les gens à payer pour des services.

Par Gabriel Lacoste.

Calcul de l'impôt sur le revenu
Taxes impots (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Comme il de coutume dans le milieu du journalisme, on nous sort une bonne vieille histoire d’évasion fiscale : les Panama Papers. Des membres du haut-fonctionnariat, habiles à nous sermonner sur les impôts, cachent leur butin dans une banque étrangère, bien à l’abri de leurs propres collecteurs.

La réaction de la majorité est prévisible. Outrée, celle-ci réclame que tous « paient leur juste part ».

Ce que vous croyez

L’impôt comme fable merveilleuse :

Pourquoi ? Parce que l’impôt, c’est fabuleux. C’est une « contribution à la société », un « partage », une « redistribution équitable de la richesse » et par-dessus tout une condition nécessaire à la civilisation moderne. Sans taxes, la plupart d’entre nous n’aurait pas accès à des routes, à des écoles, à des universités, à des hôpitaux, à des postes de police, à des orphelinats, à une stabilité boursière et à une aide de dernier recours.

L’évadé fiscal est donc perçu à la fois comme un sans cœur et comme un voleur. Il a réussi grâce à cet « effort social », mais il refuse d’en payer le prix en retour.

La minorité libérale, qualifiée souvent « d’extrémiste », est plutôt conciliante. Elle répond que s’il y a des « paradis fiscaux », c’est parce qu’il y a des « enfers fiscaux ». Oui, l’impôt est fabuleux… jusqu’à un certain point. Oui, il nous en faut pour payer des choses, mais pas autant. Donc, si des gens cachent leur revenu aux Antilles, c’est peut-être parce que trop, c’est trop.

Ce que je crois

L’impôt comme oppression :

En ce qui me concerne, je suis un vrai ultra-libéral. À mon avis, l’impôt n’est pas fabuleux, c’est abject. Taxer, c’est normaliser le vol d’une minorité sur la majorité. Cet acte n’est ni un partage, ni une contribution, ni une égalisation, ni même une nécessité. Sans taxes, nous circulerions sur un réseau routier mieux adapté à nos besoins. Nous aurions des soins moins coûteux plus rapidement. Contrairement à maintenant, notre éducation nous apprendrait à fonctionner en société. « Les pauvres » seraient mieux défendus. Le marché de la générosité serait florissant. Notre monnaie serait stable. Nous aurions plus de choix. Les bonnes personnes s’enrichiraient plutôt que les mauvaises. Bref, sans impôt, nous vivrions dans un monde meilleur.

L’évasion fiscale comme désobéissance civile :

Selon moi, l’évasion fiscale est un moyen légitime de défense contre une organisation criminelle : l’État. C’est une désobéissance civile contre l’institutionnalisation de l’injustice et de la violence. Le voleur n’est pas l’évadé fiscal, mais le collecteur d’impôt. C’est la majorité qui prend des vessies pour des lanternes.

Dans le cas des Panama Papers, c’est une autre histoire. Les fautifs vivent de nos impôts, mais ne veulent pas en payer. Nous nous entendons, il y a une injustice. Selon vous, c’est ne pas « faire sa juste part ». Selon moi, c’est gagner un revenu que nous sommes forcés de leur payer. La solution n’est pas de les entrer dans notre prison, mais de nous évader de la leur.

Pourquoi je le crois ?

Les « évidences » entourant l’impôt ne sont pas le fruit de nos observations, mais de notre imagination collective.

Avant Copernic, les gens croyaient que le soleil tournait autour de la Terre. Pourquoi ? Parce qu’ils étaient convaincus de voir le sol sous leur pied comme un point fixe. Il en va de même de l’impôt. Vous voyez l’État financer ainsi des services importants. Vous en concluez qu’une telle taxation les permet.

C’est une inférence logique invalide. L’impôt force le paiement d’un service. Sans lui, nous échangerions peut-être volontairement le fruit de notre travail avec ceux qui nous les offrent et ce, à un prix raisonnable. Dans ce cas, l’impôt ne permet pas ce service, mais restreint violemment la façon dont nous le payons.

L’impôt force aussi le format de nos services. Il existe peut-être des manières plus ingénieuses d’organiser un réseau routier, d’initier un projet charitable, d’éduquer la jeunesse, de nous protéger du crime ou de nous assurer contre les maladies. Nous ne pouvons pas les découvrir, car nous n’avons plus les moyens, après les taxes, de payer pour des alternatives. L’impôt n’ajoute alors pas des services, mais limite la façon dont nous les recevons.

En bref, rien de ce que nous voyons nous dit si la société fonctionne grâce à l’impôt ou malgré lui, pas plus que l’observation du sol ne nous dit si la Terre tourne autour du Soleil ou l’inverse.

Notre imaginaire fiscal est l’expression d’une peur de l’inconnu.

Bien sûr, lorsque vous êtes confrontés à une question du style « à quoi ressemblerait un monde sans impôt ? », vous imaginez toutes sortes de drames : concentration de la richesse, gangstérisme généralisé, irresponsabilité parentale, abus systématique des consommateurs, exploitation des travailleurs, retour 200 ans en arrière, absences de lois, pollutions apocalyptiques et fermetures d’hôpitaux.

Comprenez bien que ces scénarios n’ont d’autres fondements que votre propre imagination. Je ne dis pas que je fais mieux. Moi aussi, je suis prisonnier de mes fantaisies mentales lorsque j’affronte l’inconnu. Seulement, appelez un chat, un chat. Ni moi, ni vous, ne savons ce qui se passerait, car nous ne l’avons jamais vécu. Donc, cessez de parler comme si vous étiez, par rapport à moi, munis d’une connaissance.

La vérité, c’est que vous avez peur d’un monde économiquement plus libre que le nôtre, donc vous y projetez l’ensemble de vos cauchemars. Ce qui me distingue de vous, c’est que j’espère mieux. Je rêve d’une société où nos services essentiels s’échangent contre de la monnaie volontairement sans l’usage de la force et j’y crois.

Les principes généraux qui supportent l’imposition sont absurdes.

À défaut d’avoir expérimenté un monde sans impôt, quels sont mes raisons de penser qu’il serait meilleur ? Le gros bon sens. Les arguments qui entourent le paiement forcé de services sont tout simplement incohérents, ridicules et même ésotériques.

Pour le comprendre, utilisez la méthode cartésienne. Doutez hyperboliquement. Faites abstraction de tout ce que vous pensez savoir du monde actuel. Imaginez-vous que ni l’État, ni les taxes n’existent. Un individu cogne à votre porte. Il vous propose un deal. Comme vous et vos enfants risquez de sombrer dans une misère horrible, il vous demande l’accès illimité à votre paye avec le droit de voter pour un de ses représentants à tous les 4 ans. En échange, il vous promet de tout faire pour vous éviter les pires cauchemars. Le lendemain, un autre homme vous propose une assurance. Il vous demande un prix qui équivaut à 10 % de votre paye en échange, sans jamais vous demander l’accès à votre compte en banque.

Laquelle de ces deux offres est la plus raisonnable ? Évidemment, la seconde. Or, sur tous les éléments importants, la première correspond à celle de l’État, puis la deuxième à mon imaginaire du libre-marché. Ce gros bon sens est difficile à percevoir parce que nous sommes habitués de vivre comme des fous. Cette folie est notre condition actuelle. Le sens commun est une utopie.

Pour conclure…

Faire le tour de cette question exige de proposer des scénarios alternatifs.

Je vous décris un marché des routes, où vous choisissez un trajet automobile comme vous magasinez vos chandails. Je vous raconte l’histoire d’une collectivité de pauvres qui cotisent 10 $ par mois contre une protection policière. Je vous demande si leurs droits seraient mieux défendus. Je vous imagine négociant votre assurance santé dans une tour où 1 000 entreprises entrent en compétition pour vous avoir comme clients. Je vous vois munis du numéro de téléphone de la police de votre choix au cas où vous seriez victime d’un abus. Ensuite, je vous demande si vous vous sentiriez plus puissants là-bas qu’ici. Je pense à votre générosité. Qu’est-ce qu’elle deviendrait si vous aviez la responsabilité de la prodiguer à qui vous le voulez, plutôt que de vous en remettre à une autorité soi-disant bienveillante ?

J’ouvre ensuite le journal. Je lis votre colère que des puissants fuient l’impôt. Je soupire. Ce n’est pas l’évasion fiscale qui est immorale, c’est de forcer les gens à payer pour des services. Ceux qui en profitent partent avec le butin. Pourquoi ? Parce que nous sommes trop fous pour questionner leur pouvoir. Réveillez-vous.