[Replay]Du glyphosate dans les tampons hygiéniques !

Andrea Janda OMG ! (CC BY-NC-ND 2.0)

Que ne ferait-on pas pour entretenir l’hystérie anti-OGM et anti-pesticides ?

Par Wackes Seppi

Andrea Janda OMG ! (CC BY-NC-ND 2.0)
Andrea Janda OMG ! (CC BY-NC-ND 2.0)

L’Obs vient de publier, sous la plume anonyme d’un « journaliste » qui a pris la précaution de ne mettre que ses initiales, « Les tampons soupçonnés de contenir de l’herbicide ». En chapeau :

« Une étude menée par des chercheurs argentins atteste que des traces de glyphosate, un puissant désherbant, ont été détectées dans 85% des tampons et serviettes. »

Méconnaissance scientifique

Il est forcément « puissant », le glyphosate… qui fut « glysophate » avant d’avoir été corrigé à la suite des sarcasmes d’un lecteur.

Mais c’est la source de cette extraordinaire information qui vaut le détour :

« Des recherches menées par des scientifiques de l’université de la Plata, en Argentine, et reprises par le site Russia Today, concluent que la majorité des tampons et serviettes hygiéniques, 85%, contiennent du glyphosate. »

Sources douteuses

Russia Today ? Il y a des journalistes qui ne se privent pas de s’abreuver aux meilleurs sources de la désinformation. RT a certes repris une information de l’agence de presse Telam, mais celle-ci ne méritait pas de sortir de son contexte national, ni de la rubrique des chiens écrasés.

Comme on n’en apprend guère plus sur ces chercheurs argentins sur l’Obs – normal, le but de l’article est de fournir de l’« information » destinée à faire peur, au mieux de justifier la pige – il faut se rabattre sur Russia Today, plus disert. Il s’agit donc d’une communication de chercheurs de l’Espace multidisciplinaire d’interaction socio-environnementale (EMISA) de l’université précitée, menés par M. Damian Marino. Communication faite dans le cadre du 3° Congreso Nacional de Pueblos Fumigados ; pour la publication, les optimistes attendront. Le congrès national des populations exposées aux traitements phytosanitaires ? N’est-ce pas le lieu où des activistes déploient tous les efforts possibles pour faire peur ?

Et, de fait :

« « Le résultat de ces travaux est très grave, quand vous utilisez du coton ou de la gaze pour soigner des blessures ou pour votre hygiène personnelle, [vous le faites] en pensant que ce sont des produits stérilisés, alors que les résultats montrent qu’ils sont contaminés par une substance probablement cancérogène » a dit le Dr Medardo Avila Vazquez, président du congrès. »

Voilà donc un docteur (en médecine) qui utilise le mot « contaminés », réservé dans ce cas aux problèmes de présence de micro-organisme, pour une molécule…

Un traitement médiatique en France douteux

Le journaliste de l’Obs n’a pas repris ce morceau de bravoure. Il s’est rabattu sur une déclaration qu’a donnée le docteur Laurent Chevallier, chef de l’unité de médecine environnementale du CHU de Montpellier, à Ouest France, lequel a pondu un article encore plus anxiogène :

« Ce pesticide ne s’accumule pas dans l’organisme mais les expositions répétées peuvent perturber le métabolisme humain. »

Suite dans Ouest France :

« C’est un génotoxique (qui peut compromettre l’intégrité physique ou fonctionnelle du génome), donc moins on est exposé et mieux c’est […] les muqueuses peuvent être effectivement une voie de contamination. »

Oh ! Que ça doit être grave !

Quelle est la réalité de la menace ?

Mais, au fait, de quoi parle-t-on ? Ni Ouest France ni l’Obs n’ont daigné nous donner les chiffres, à par le 85% de produits « contaminés ». Reconnaissons à Russia Today de les avoir rapportés.

Les chercheurs ont trouvé, dans le coton brut, 39 µg/kg (39 parties par milliard, ou ppb) d’AMPA (le métabolite du glyphosate) et 13 µg/kg de glyphosate ; pas d’AMPA et 17 µg/kg de glyphosate dans la gaze. Ces chiffres ne vous disent rien ? C’est 17 grammes (trois morceaux de sucre) dans… mille tonnes de gaze.

La dose journalière admissible (DJA) – la quantité de résidus qui, si elle était ingérée quotidiennement pendant une vie entière, est considérée sans risque appréciable pour la santé – a été fixée par la Commission européenne, sur la base de travaux scientifiques entrepris au niveau international et d’une précaution supplémentaire, à 0,3 mg/kg de poids corporel par jour pour le glyphosate. Ce chiffre ne vous dit rien ? Pour une personne de 50 kg, c’est 15 milligrammes par jour. Pour atteindre cette masse, et en admettant que tout le glyphosate présent dans un tampon hygiénique traverse la muqueuse (et que celui-ci soit composé uniquement de coton, ce qui n’est pas le cas), il faudrait en gros… 1 000 kilogrammes de tampons par jour. Une tonne !

Face à un tel risque, il faut – foi de « journaliste » d’Ouest France – « privilégier le bio »…


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