Brexit, migrants : l’état de l’Union

David Cameron demande des aménagements à l’Europe en espérant rester. L’Europe peut encore éviter le Brexit, mais peut-elle encore éviter le naufrage ?


Par Baptiste Créteur.

Les chefs d’État et de gouvernement européens se réunissaient vendredi pour trouver un accord évitant le Brexit sur l’initiative de David Cameron, qui veut réduire les contraintes que fait peser l’adhésion européenne sur le Royaume-Uni. Il veut convaincre les citoyens britanniques de rester dans l’Europe : un vote est attendu le 23 juin (au plus tôt), où ils devront se prononcer sur le maintien ou la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Cameron demande plus de marges de manœuvre pour le Royaume-Uni face à la bureaucratie et aux réglementations de Bruxelles, et la possibilité de ne pas accorder automatiquement les droits sociaux britanniques aux ressortissants européens. Des concessions exorbitantes pour la presse française :

« Il convient de noter la concession exorbitante faite à David Cameron. Les travailleurs immigrés venus d’autres pays d’Europe devront attendre quatre ans pour avoir droit aux mêmes allocations que les Britanniques. […] Le Royaume-Uni sape l’un des piliers du marché unique, la liberté de circulation des travailleurs. L’Europe réduite à la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, ce n’est plus l’Europe des fondateurs. »

Mais qu’est-ce que l’Europe aujourd’hui ? Sans vision, l’Union Européenne est un fardeau administratif coûteux dont les avantages pour les citoyens se résument à la libre-circulation des marchandises, des capitaux et des personnes – que les « concessions exorbitantes » au Royaume-Uni ne remettent pas vraiment en question. La monnaie unique est loin d’avoir tenu ses promesses. L’Europe s’est spécialisée dans la production de normes et réglements « pour le bien du consommateur » mais qui lui coûtent très cher. Et à moins d’être un agriculteur subventionné ou un étudiant fêtard en Erasmus, le bénéfice de l’Europe pour le citoyen est loin d’être palpable. Et l’Europe éloigne un peu plus encore des citoyens un pouvoir politique déjà déconnecté au niveau national.

« Quand il y a une innovation, les Américains en font un business, les Chinois la copient et les Européens la réglementent. » – Emma Marcegaglia, présidente d’ENI et ancienne présidente du patronat italien

Pour les politiques, c’est une autre histoire : l’Europe est une explication facile à leurs problèmes et leur incapacité à les résoudre, et un bon moyen de se recaser à des postes pépèresIls auraient dû depuis longtemps remettre en question un édifice européen dont on ne sait plus bien à quoi il sertle Brexit est évoqué depuis plus de 3 ans. Mais au lieu de cela, leur attitude a consisté à condamner l’approche britannique : il faudrait faire partie de l’Europe uniquement pour le pire.

Il y a bien une remise en question de la libre-circulation des personnes en Europe aujourd’hui, mais elle ne vient pas d’outre-Manche. Elle vient de loin, les yeux fatigués et les poches vides, fuyant des guerres et atrocités dont les États européens sont en partie responsables. L’Autriche a décidé de fermer ses portes aux réfugiés, réduisant les quotas d’accueil à 80 par jour. Ce qui aurait pour effet de bloquer beaucoup d’entre eux en Grèce.

Les dirigeants grecs avaient hérité d’une situation tendue : leurs prédécesseurs avaient trafiqué les chiffres pour adopter une monnaie dans laquelle ils se sont retrouvés piégés, et n’ont pas su profiter de ses bénéfices à court terme pour réformer un pays qui en avait grandement besoin. Le Grexit à peine écarté, peinant toujours autant à réformer un pays qui ne voit pas le bout du tunnel, ils menacent de faire échouer l’accord anti-Brexit si la situation des frontières autrichiennes n’est pas résolue.

À cela s’ajoutent la croissance en berne des pays européens, et l’incapacité de certains d’entre eux (Cocorico !) à engager les réformes nécessaires pour ramener le déficit public à des proportions un peu moins déraisonnables : l’Europe d’aujourd’hui ne fait rêver personne, et elle manque cruellement d’une vision. Malheureusement, elle est gérée par des politiciens qui échouent à domicile et des bureaucrates médiocres ; les Britanniques ont raison. La seule vision sensée pour l’Europe aujourd’hui, c’est la regarder de loin.