Pesticides : protégeons nos enfants, soyons rationnels !

Quand la santé des enfants n’est qu’un prétexte pour assurer la promotion d’une filière.

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Bagarre d'enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

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Pesticides : protégeons nos enfants, soyons rationnels !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 octobre 2015
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Par Wackes Seppi.

Bagarre d'enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Bagarre d’enfants (Crédits : their history, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

Vive les pétitions électroniques !

Elle est très active, l’activiste anti-pesticides Marie-Lys Bibeyran. Elle vient de lancer une pétition intitulée : « Pour protéger nos enfants : traitez en Bio et hors présence des enfants les vignes situées le long des écoles ! ».

« … traitez… » ? Ne serait-elle pas anti-pesticides ? Non. Travailleuse de la vigne, elle est parfaitement consciente des réalités de la viticulture.

On n’en dira pas tant, au sujet des réalités, de M. François Veillerette et de Générations Futures qui faisaient signer l’an dernier une pétition réclamant « la mise en place de zones sans pesticides à proximité des lieux de vie » sous le titre « Votez pour l’amendement interdisant la pulvérisation de pesticides le long des habitations et des écoles ! » (c’était adressé aux députés et sénateurs). La pétition était du reste soutenue par une intéressante liste de personnalités. Il résulte de ce qui vient d’être écrit que nous soutenons qu’il y a un ingénieur agronome, une personne qui pour l’occasion ne se donne que l’agronome sans l’ingénieur, et des responsables de la filière bio qui ne connaissent rien aux réalités de la viticulture. À moins de considérer que leur soutien signifie qu’ils préconisent la mise en bande enherbée des abords d’habitations et d’écoles et autres lieux de vie, soit l’amputation importante de notre surface agricole.

Il y aurait, selon la pétition, une lettre adressée à madame la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, au préfet et au sous-préfet (on suppose que ce sont les régionaux de l’étape). Son texte ne laisse pas de surprendre tant il est télégraphique :

« Traitement uniquement avec des produits homologués pour la viticulture biologique et en dehors de la présence des enfants, de toutes les vignes situées le long des écoles et des infrastructures sportives et culturelles. »

Vive le boniment !

Cela contraste avec un exposé des motifs, long, détaillé et plutôt bien fait. Mais « bien fait » ne signifie pas que ce qui est affirmé soit juste ou pertinent. Pour la mise en bouche, il est déclaré :

« En effet, les cancers pédiatriques augmentent, parmi lesquels des tumeurs cérébrales, des leucémies… »

C’est sans références, et pour cause ! Il est difficile de trouver une confirmation dans la littérature sérieuse. Et quand celle-ci évoque une augmentation, c’est pour l’attribuer à l’amélioration des techniques diagnostiques. La répartition des cas ne fait pas apparaître un gradient de prévalence qui permet d’incriminer, en particulier, les régions viticoles.

(a) Risque relatif de chaque département estimé par le taux d’incidence standardisé sur l’âge (SIR). (b) Estimations a posteriori des risques relatifs par un modèle hiérarchique bayésien BYM Source : Registre national des hémopathies malignes de l’enfant et Registre national des tumeurs solides de l’enfant, 2000-2007

Le risque relatif de cancers de l’enfant dans chaque département a été estimé par le rapport entre le nombre de cas observés et le nombre de cas attendus sous l’hypothèse d’une incidence homogène sur tout le territoire (taux d’incidence standardisé sur l’âge ou SIR). Pour la période 2004-2008, les SIRs varient de 0,64 à 1,16 (figure 1a), ces deux valeurs extrêmes étant non significativement différentes de 1.

Dans un second temps, un modèle hiérarchique bayésien prenant en compte les départements voisins a été utilisé pour réduire l’imprécision statistique des estimations des départements les moins peuplés. Aucune hétérogénéité spatiale n’a été observée (figure 1b).

Villeneuve-de-Blaye : les enfants répètent une chanson dans la cour pendant qu’on traite à côté

Donc le texte de la pétition passe illico à l’incident de Villeneuve-de-Blaye de mai 2014, avec un lien vers un article du Parisien qui fait l’article pour Générations Futures. On se souvient que des élèves et leur institutrice avaient été pris de malaises après un épandage de produits phytosanitaires dans les vignes jouxtant l’’établissement scolaire. Grand tapage s’ensuivit, mais il fallut tout de même une dizaine de jours pour faire monter la mayonnaise, Mme Ségolène Royal, qui ne rate jamais une occasion de faire parler d’elle, s’est empressée d’annoncer qu’elle voulait interdire, très prochainement, les traitements phytosanitaires, tous les traitements… à moins de 200 mètres des écoles.

Le soufflé médiatique était vite retombé. C’est que le problème, côté pulvérisations, a vraisemblablement été causé par des produits utilisables en « bio ». Ces références ne seraient-elles pas crédibles ? Des médias grand public ont rapporté le témoignage d’un parent travailleur de la vigne : « Ma fille sentait le sulfate à plein nez, je connais l’’odeur. »

Et c’est là que la pétition prend un tour, disons, discutable. On fait signer des gens pour une restriction des traitements avec des produits qui ont donné lieu à un incident que, signataire ou pas, l’on n’aimerait pas voir répétés.

Du reste, le texte signale aussi que l’interdiction de traiter pendant que les enfants sont dans l’enceinte de l’établissement scolaire fait déjà partie de la panoplie des mesures réglementaires.

Preignac : restons flous quand ce n’est pas clair

Il est écrit que la pétition a été réalisée avec le soutien de l’Alerte Médecins Pesticides AMLP de Limoges (le Limousin, avec ses pommiers, est un haut lieu de l’activisme anti-pesticides).

La pétition signale donc le cas de Preignac dans le Sauternais :

« 05 août 2015, publication d »un rapport de l’ARS et de l’INVS suite à 9 cas de cancers pédiatriques dans le sauternais, dont 4 sur la commune de Preignac, dont l’école est située à quelques mètres d’une parcelle de vignes. »

Pourquoi ce texte très ambigu ? C’est que ce rapport de juin 2013, « Investigation d’une suspicion d’agrégat de cancers pédiatriques dans une commune viticole de Gironde », conclut notamment ceci :

« Si l’on ne peut écarter l’absence d’excès de cas de cancer sur Preignac ou sa zone, celui-ci reste faible et ne concerne pas un type de cancer spécifique. Les méthodes épidémiologiques ne permettent pas de savoir si cet excès est lié à une fluctuation aléatoire des maladies (pouvant être compensée par un déficit dans les années à venir) ou si cet excès est véritablement lié à un facteur de risque environnemental commun. En outre, on constate que dès que l’on agrandit la zone d’étude aux autres communes limitrophes, l’excès de risque est moindre. »

Donc, avec ce rapport, on n’a pas pu jouer de la grosse caisse, mais uniquement un air de flûte. On aurait pu s’attendre à davantage de rigueur de la part de médecins.

La santé de nos enfants mérite mieux

On peut estimer que les pétitions de ce genre sont de la gesticulation et qu’il convient de les prendre comme telle. On peut estimer aussi, surtout à l’heure des « réseaux sociaux », qu’il convient de les analyser et d’en dénoncer les insuffisances et, le cas échéant, les petits arrangements.

Dans le cas d’espèce, on peut penser que la santé des enfants n’est qu’un prétexte, ceux-ci étant pris en otage.

La question de l’exposition des enfants aux dérives de traitements phytosanitaires mérite mieux que cette pétition qui, comme dans le cas du Saladegate, « assume le rôle d’[outil] de promotion d’une filière ».

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  • Lorsque je vois les agriculteurs de ma région déguisés en cosmonaute lorsqu’ils traitent les pruneaux, difficile de ne pas croire que ce n’est pas dangereux pour la santé.
    Surtout que ces mêmes agriculteurs sont les premières victimes de ces produits…
    Maintenant si les riverains (avec l’aide d’associations) restent « flou » sur les produits il faut reconnaître que les fabricants le sont encore plus.
    Continuons à rejeter la faute sur l’autre, c’est toujours du temps de « gagner »!!!

    • Ne confondez pas celui qui manipule les produits et qui est donc très exposé à celui qui est en bordure de la parcelle. Par ailleurs, le principe de précaution a frappé et c’est pourquoi vous voyez des  » tenues de cosmonautes  » .Si on appliquait strictement les mêmes règles à d’autres produits vous auriez obligation de vous servir à la station essence avec des masques adéquats et bien sûr des gants ( qu’il faut changer selon le protocole) à moins d’inventer un système automatique qui remplit le réservoir sans intervention humaine et c’est la même chose pour beaucoup d’autres produits ( peintures etc…). Il faudrait aussi imposer des crèmes solaires ( et lunettes agrées) et des masques pour filtrer les particules ( zones urbaines, vents de poussières etc..)

    • Les pesticides sont des produits toxiques (par définition). L’article ne dit pas le contraire. Ce qui est grave, et qui est dénoncé par l’auteur, c’est de sous entendre que les pesticides bio sont moins dangereux que les autres. Pour plus de détails voir http://www.contrepoints.org/2015/09/24/222943-20-raisons-de-ne-pas-consommer-bio-1ere-partie

  • Un produit qui tue les petites bêtes est-il super sain pour les très grosses comme nous ? J’en doute vu les problèmes de santé constatés chez des agriculteurs. M’enfin bon, on peut toujours se dire que la sélection naturelle fera son office, en conservant les humains les plus résistants.

    • alors 1….les produits phyto ne sont pas risques…
      2 ..les études comme agrican ( je crois) ne montre pas grand chose des fameux effets sur nos agriculteurs…

      3 …une fois des conséquences néfastes trouvées, ça ne signifierait pas qu’il faille abandonner la pratique, c’est selon le bénéfice/risque

      • 1/ si vous le dites
        2/ qui croire lorsque l’on tout et son contraire
        3/ non pas abandonner sinon on ne mangera plus mais c’est comme l’histoire du tabagisme passif, n’imposons pas aux autres nos pratiques.

        4/ Comment faites vous pour quantifier les risques à long terme ?

    • Le métabolisme de l’homme est bien différent de celui des mauvaises herbes ou de certains champignons par exemple.Un produit peut être toxique pour certains pathogènes et peu toxique pour l’homme et vice et versa.Par contre les produits raticides sont tous très toxiques pour l’homme ( DL 50 de quelques mg/kg!!) car les rats sont des mammifères comme nous .

  • qui croire sachant que les vignes bordelaises ont été touchées par le mildiou. Il fallait donc traiter pour sauvegarder la vendanges ?

    • croire??on peut croire ce qu’on veut… ce qui est démontré est ténu…
      ce qui est fascinant c’est que m^me sans élements de preuves, il suffit de dire et redire et…alors..ben il y a sans doute quelque chose.

  • Pour Preignac
    Je pense que vous n’avez pas lu les tableaux de ce rapport qui indiquent clairement les liaisons fortes entre les cancers chez l’enfant et chez l’adulte. Ces tableaux proviennent d’un rapport de I’INSERM de 2013 auquel vous ne faite pas reference. Pas plus qu’a M. NARBONNE professeur de toxicologie à l’université de Bordeaux 1 qui est très critique sur ce rap

    • Bonjour, M. Manceau,

      J’ai critiqué dans ce billet un procédé dont je trouve, pour rester poli, qu’il est fort criticable, d’autant plus que le texte a été élaboré avec la contribution d’une association de médecins ; médecins dont le moins que l’on puisse attendre est qu’ils adoptent en tout temps une démarche rationnelle et scientifique.

      Vous me mettez sur la piste d’un rapport de I’INSERM de 2013 et de « tableaux de ce rapport qui indiquent clairement les liaisons fortes entre les cancers chez l’enfant et chez l’adulte ». En fait, ces tableaux ne font état que de « présomption d’un lien ». Le vocable » liaisons fortes », c’est ce qu’on en fait dans la littérature anxiogène et catastrophiste.

      Pour les enfants, le document fait état d’une « présomption d’un lien » – et ce, « d’après les résultats d’une méta-analyse récente » dans deux cas :

      . une exposition professionnelle [du père ou de la mère] aux pesticides (sans distinction) pendant la grossesse, en lien avec la leucémie et les tumeurs cérébrales

      . une exposition résidentielle aux pesticides (sans distinction) pendant la grossesse ou chez l’enfant, en lien avec la leucémie.

      Les explications sont un peu plus nuancées (c’est l’évidence, le tableau, c’est un résumé en deux ou trois lignes).

      Quant à M. Narbonne, la seule source que j’ai pu trouver, c’est une interview sur France 5 que vous avez reprise sur votre site. Pour la postérité, donc, M. Narbonne serait « très critique » sur ce rapport. En fait, il n’a pas remis en cause les conclusions, mais déploré le fait que l’analyse n’ait pas été menée à son terme, notamment en collectant des données sur les analyses d’urine. En d’autres termes, se prévaloir d’un soutien de M. Narbonne pour réfuter les conclusions du rapport me paraît aussi fort criticable.

      J’ai aussi parcouru votre site. Très intéressant…

      Pour rappel, l’incidence des cancers chez l’enfant est de 157 par million d’enfants de moins de 15 ans. Soit 1500 nouveaux cas par an en France. Ce sont certes 1500 cas de trop. Mais peut-on suggérer de lire plus attentivement la littérature sérieuse – pas celle de Générations Futures – et de prendre quelques informations sur les problèmes de la statistique, s’agissant particulièrement des événements rares.

      Et, certainement, de faire fonctionner le bon sens. Il y aurait un excès de cancers liés aux pesticides (c’est bien sur démontré (ironie)) à Preignac ? En quoi Preignac se distingue-t-il d’autres communes similaires ?

      • Je pense avoir quelques compétences pour parler de ces problèmes : 19 ans de recherche au CNRS Ingénieur Hygiène et Sécurité pendant 21 dans un établissement de 17 000 étudiants. Connaissant bien l’administration, je sais comment écrire un rapport où tout le monde trouve son compte. Ce rapport en fait parti.

  • Arrêtons l’intoxication médiatique. Les alertes météo, c’est de l’intox.
    Les viticulteurs connaissent eux aussi la Meteo et observe leur vigne. Bas besoin de légiférer sur un bulletin d’alerte. Ces viticulteurs peuvent très bien frapper à la porte du voisin pour l’informer du sulfatage.

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