De bons partis politiques sans bons économistes ?

Connaissez-vous les programmes économiques des principales formations politiques françaises ?

Par Bernard Zimmern.

geek credits Ben K Adams (CC BY-NC-ND 2.0)
geek credits Ben K Adams (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Les grands partis politiques sont en train de s’étriller en prévision des prochaines élections régionales et surtout en vue de la présidentielle de 2017, en nous parlant de rassemblement, de menace créée par le succès de l’autre parti ; les campagnes politiques sont devenues des jeux d’ombres où chacun cherche à cacher l’autre mais où l’on chercherait vainement l’esquisse d’un programme économique capable d’amener notre redressement.

Ne parlons pas du parti au pouvoir ; il est certes encourageant de voir des jeunes socialistes essayer de se sortir des vieilles chimères et de tenter en France un socialisme renouvelé à la Tony Blair. Tout en se demandant si c’est possible lorsqu’on voit un Tony Blair, millionnaire, revenir au secours du leader du Labour, Ed Miliband, dont la campagne pourtant ressort toutes les vieilles lunes socialistes. À voir les résistances ayant accompagné le projet, pourtant plus que mesuré, qui a agité les sphères politiques il y a quelques semaines en France, et ont forcé le gouvernement à passer d’un texte d’une centaine d’articles à plus de 200 pour tenter d’accommoder ses opposants internes (y compris un amendement permettant aux départements d’outre-mer de modeler leurs jours de congés pour s’adapter aux mœurs – et religions ? – locales), on peut se demander si le chômage a des chances de régresser malgré une embellie internationale annoncée.

Mais le plus grave n’est pas que le parti socialiste au pouvoir n’ait pas fait les politiques qu’auraient dû mener ses adversaires, c’est que ses adversaires ne savent toujours pas quelles politiques économiques ils devront mener s’ils reviennent au pouvoir. Et, dans une certaine mesure, on peut les excuser, car pour qu’un parti propose de bonnes politiques, encore faut-il que les économistes qui le conseillent aient eux-mêmes les bonnes idées.

Or, l’expérience de 2007 n’a pas été très concluante sur ce point. Se rappelle-t-on que les remèdes proposés à l’époque étaient la fusion des régimes d’embauche, CDD et CDI en un seul (nous n’avons jamais su pourquoi), la fusion de l’ANPE avec l’ASSEDIC ; soit un organisme fonctionnant encore assez bien avec le désastre que nous dénonçons depuis 20 ans, une agence d’État, l’ANPE, qui ne sert qu’à faire tourner les chômeurs et sert d’abri aux politiciens pour cacher leur impuissance. Ou encore, un autre remède, un peu plus tard, consistant à supprimer les publicités payantes sur les chaînes de télévision publiques ? Et nous oublions certainement les plus croustillants qui ont été emportés par le vent de l’histoire.

C’est d’ailleurs un des traits de l’évolution des partis que des mesures précises soient inscrites dans les programmes. La force des leaders de parti sous la troisième et la quatrième république n’était pas leur capacité à proposer les bonnes mesures mais à formuler les bons rêves, à nous présenter leurs programmes, non par les moyens à mettre en œuvre mais par les résultats : plus d’égalité, plus de justice, augmenter le pouvoir d’achat, avoir une défense forte, etc.

L’art d’un leader politique est, par son discours, de parvenir à nous faire croire que ce qui est en fait des vœux pieux, les anglophones disent un « wishfull thinking », est l’action qu’il va mener.

Pour le retour au plein emploi, nous en sommes à peu près au même point, non seulement de la part de la gauche qui n’a jamais su y parvenir, car son rôle à elle n’est pas de créer de la richesse mais de la distribuer, mais aussi de la part de la droite qui n’a jamais su non plus comment créer de vrais emplois et pas seulement des fictions, et qui depuis 2002 n’a jamais su que copier la gauche en créant des petits boulots. Rappelons la SARL à 1 euro de Renaud Dutreil, l’aide à la personne de Jean-Louis Borloo dont les rapports de la Cour des comptes montrent que les emplois créés se chiffrent seulement en quelques dizaines de milliers et ont coûté extrêmement cher, etc.

Pourtant, n’importe quel économiste pourrait se demander pourquoi toute la chaîne des entreprises françaises est atteinte de nanisme, pourquoi malgré les milliards qu’a dépensé l’État à travers la Caisse des Dépôts ou Oséo, maintenant la BPI, nos entreprises françaises restent naines. Non seulement la création d’entreprises et d’emplois nouveaux sombre à des niveaux traduisant l’absence de toute politique ou même la haine de toute création (26.000 entreprises employeuses et 100.000 emplois créés en France, contre 200.000 et 500.000 au Royaume-Uni), mais les PME ne parviennent pas à grossir, les Entreprises de Taille Intermédiaire en nombre et en volume en sont restées depuis 20 ans à peu près au même niveau, c’est-à-dire à moins de la moitié de l’Allemagne. Et ce malgré la loi de François Fillon reconnaissant le titre officiel d’ETI. Malgré, encore une fois, les campagnes menées et les milliards d’argent public dépensés par l’État pour lutter contre ce nanisme.

La réponse sera certainement que l’État n’a pas fait assez, qu’il aurait fallu investir plus.

La réponse sera certainement qu’il faudrait plus d’aides et d’interventions.

Errare humanum est, perseverare diabolicum : l’erreur est humaine, mais persister dans l’erreur par arrogance, c’est diabolique.

Il intéresse certainement nos hommes ou femmes politiques de gagner les élections, mais il intéresserait encore plus leurs électeurs qu’ils sachent s’entourer d’économistes capables de leur indiquer les voies qui permettent de créer des entreprises championnes de croissance, pas seulement des zombies.

Nombre d’entreprises par taille en Allemagne et au Royaume-Uni par rapport à la France en 2009 (France = 100% pour chaque catégorie)

Nombre d'entreprises par taille en Allemagne et au Royaume-Uni par rapport à la France en 2009 (France = 100% pour chaque catégorie)


Sur le web