À qui appartient votre corps ?

imgscan contrepoints 086 santé

En se prononçant sur ce que les citoyens peuvent et devraient faire de leurs corps, les politiciens s’immiscent dans notre intimité. En toute décontraction, et sans se soucier des conséquences réelles de leurs (parfois) bonnes intentions.

On connaît le plaisir qu’ont les politiciens à mettre leurs mains dans les poches des citoyens. Mais force est de constater que l’État prend un malin plaisir à pénétrer dans leur intimité, et pas seulement dans les aéroports et les contrôles de police.

Récemment, le gouvernement a par exemple lancé une campagne contre les sites défavorables à l’avortement, qui font pourtant un usage on ne peut plus légitime de la liberté d’expression : ils énoncent un point de vue et informent sur les risques et dangers d’une pratique qui fait débat, sans remettre en cause le droit à l’avortement.

Il a, de plus longue date, élaboré le menu idéal pour ses citoyens, promu par le slogan « manger bouger » qui, malgré sa simplicité, donne avant tout son nom à une politique en échec depuis 12 ans. Un menu contestable et contesté, notamment au sujet de l’équilibre idéal entre glucides, lipides et protéines.

Les conseils nutritionnels de l’État-bonne-maman se fondent en effet sur des recherches plus utiles pour développer des hypothèses que pour formuler des recommandations, et il pourrait même s’avérer que suivre ces recommandations soit en réalité plus nocif que sain. Le principe de précaution, ce n’est pas pour tout le monde.

Les députés n’hésitent pas non plus à prendre en main les troubles nutritionnels, tels que l’anorexie et la boulimie, en punissant la promotion de l’anorexie – alors même que les organismes de recherche recommandent au contraire d’utiliser ces sites pour aller au contact des malades et affirment que la censure encouragerait la radicalisation.

Alors qu’ils ont du mal à contrôler la leur, qui se décline souvent en enfants cachés et parties fines, les politiciens prennent aussi plaisir à régir la sexualité des citoyens, avec une attitude incohérente sur la prostitution qui les conduit tantôt à proposer une assistance sexuelle pour les personnes handicapées, tantôt à interdire le racolage passif ou criminaliser les client(e)s des prostitué(e)s.

Les poumons ne sont, bien entendu, pas épargnés ; alors qu’ils tentent de les protéger des particules fines (sauf si les moteurs qui les émettent sont Made in France), ils luttent aussi contre une cigarette électronique pourtant moins nocive que la cigarette traditionnelle. Il faut dire que les cigarettes rapportent à l’État, tout comme l’alcool, et qu’il pourrait donc s’être placé tout seul comme un grand dans un joli conflit d’intérêt.

Conflit d’intérêt qui explique aussi les nombreux scandales en matière de médicaments, où l’État a autorisé sur le marché des médicaments dont les effets secondaires (la mort) ont fini par occuper le devant de la scène.

Plus récemment, le Conseil Constitutionnel a confirmé l’obligation pour les parents de vacciner leur progéniture, faisant de la vaccination un choix sociétal. On peut bien entendu arguer des bénéfices de la vaccination au regard de leurs risques plus ou moins avérés ; mais on ne peut que s’inquiéter des dérives que peut engendrer la priorité donnée à l’intérêt collectif dans les choix de santé des individus et des familles.

Car avec de tels principes, comment aller contre une réduction forcée de la population, alors que certains malthusianistes incapables d’intégrer le progrès à leur façon de penser font de la surpopulation la cause de tous les maux de notre planète ? Comment condamner la stérilisation forcée ou l’eugénisme, qui avançaient l’intérêt collectif comme motif de leurs méfaits ?

Nul besoin d’aller jusqu’à des sujets polémiques comme la vente d’organes ou la gestation pour autrui pour comprendre que les citoyens ne sont plus maître de leur propre corps. Il semblerait pourtant qu’en matière de mœurs et d’hygiène de vie, les politiciens soient mal placés pour donner des leçons ; et plus généralement, la raison d’être de l’État n’est sans doute pas de se comporter en nounou.