Vaccin : de l’usage thérapeutique de la laitue

laitue credits frederique voisin demery (licence creative commons)

L’idée de faire produire par le chloroplaste des protéines à usage thérapeutique devient une réalité palpable !

On connait maintenant la séquence de l’ADN chloroplastique de nombreuses plantes comme la laitue, et l’idée de faire produire par le chloroplaste des protéines à usage thérapeutique devient une réalité palpable !

Par Jacques Henry.

laitue credits frederique voisin demery (licence creative commons)

La cellule végétale est pourvue d’un noyau qui contient l’ADN nucléaire, de chloroplastes et de mitochondries qui contiennent également de l’ADN. Il y a donc, en théorie, trois possibilités pour réaliser des plantes génétiquement modifiées à des fins thérapeutiques. On connait maintenant la séquence de l’ADN chloroplastique de nombreuses plantes comme le tabac, ou encore la laitue, et l’idée de faire produire par le chloroplaste des protéines à usage thérapeutique présente un avantage sur les plantes modifiées au niveau de l’ADN nucléaire. En effet, il n’y a pas de risques de dissémination de l’ADN du chloroplaste modifié puisqu’il ne se retrouve pas dans le pollen.

De plus, quand l’insertion du gène étranger est correctement réalisée, la plante reste tout à fait normale, ce qui est loin d’être le cas lors d’insertion de gènes étrangers dans l’ADN nucléaire. Il faut dans ce dernier cas vérifier que le phénotype de la plante et sa croissance ne sont pas modifiés et cette étape entraine des coûts et des délais supplémentaires dans la mise au point des transgènes. Rien de tout ça avec l’insertion dans l’ADN du chloroplaste du gène dont on veut obtenir une production rapide et efficace.

Et quand le produit à usage thérapeutique est une simple protéine les avantages sont doubles puisqu’il suffit de manger la dite plante pour par exemple se vacciner contre la grippe ! Une bonne salade de laitues et on est vacciné. Même pas besoin de purifier l’antigène produit par la plante, une opération coûteuse lorsque l’on produit ce même vaccin avec des bactéries ou des levures. Il faut en effet purifier la protéine en question et le processus est complexe et requiert des investissements parfois considérables. Bref, un champ de laitues banal, une petite installation de broyage et de dessiccation pour obtenir une poudre comestible qui se conserve aisément à la température ambiante et le tour est joué.

Cette approche s’est développée depuis qu’on a appliqué cette technique à des souris hémophiles en leur donnant dans leur nourriture de la poudre de laitues produisant le facteur de coagulation sanguine dont elles sont déficientes. Et ça a parfaitement bien fonctionné. C’était en 2010. L’équipe du Professeur Henry Daniell a réitéré ses exploits à l’Université de Pennsylvanie en faisant exprimer par les chloroplastes de la laitue une protéine qui stimule la production d’insuline qui s’est révélée être active avec des souris diabétiques. Toute application thérapeutique par voie orale peut être envisagée avec des laitues modifiées comme un vaccin contre la poliomyélite. La Fondation Bill et Melinda Gates a décidé de financer un établissement en Inde dans ce but. Cette technique relativement simple à mettre en œuvre dite de translation chloroplastique a été appliquée pour produire le vaccin contre la grippe H1N1 en quelques semaines seulement mais comportant aussi l’étape de purification nécessaire pour les vaccins injectables.

Les champs d’application de cette technique sont immenses mais les goulots d’étranglement restent les essais cliniques et les autorisations de culture en plein champ qui se heurtent à une certaine obstruction administrative alimentée par des écologistes et peut-être des grands groupes pharmaceutiques qui voient d’un très mauvais œil qu’une simple laitue les prive de substantiels revenus. On en est là…

Source : University of Pennsylvania News Desk

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