Cahuzac – Mélenchon, quelles différences ?

Après un combat de coqs « Front contre Front » entre un socialisme nationaliste et un nationalisme socialiste, c’est socialisme étatiste et étatisme socialiste qui se sont affrontés dans le duel Cahuzac – Mélenchon.

Après un combat de coqs « Front contre Front » entre un socialisme nationaliste et un nationalisme socialiste, c’est socialisme étatiste et étatisme socialiste qui se sont affrontés dans le duel Cahuzac – Mélenchon. Leur idéologie commune leur apporte des réponses différentes à un problème unique, celui de la dette.

Par Baptiste Créteur.

Les partis politiques français partagent les mêmes idées, à des degrés différents. Ils sont tous nationalistes, collectivistes, socialistes, étatistes, dirigistes, et ont les mêmes ennemis : le néolibéralisme et le grand capital apatride. Face au problème de la dette, dont l’ombre plane chaque jour plus près de la tête de nos chers dirigeants qui peinent à s’abriter derrière des Français de moins en moins confiants, ils ont pourtant des réponses différentes.

Pour Jean-Luc Mélenchon, du Front National de Gauche, c’est simple : pour que la dette soit un problème moins urgent, il suffit de dire qu’on remboursera plus tard. Problème résolu.

« Voilà ce que dira mon gouvernement [s’il arrivait au pouvoir] : on paiera quand on pourra », venait d’argumenter Jean-Luc Mélenchon. « Et d’ici là, avait-il poursuivi, c’est la Banque centrale [européenne] qui va financer si jamais les taux d’intérêt explosent… La dette, on la paiera à mesure qu’on pourra. Et d’ici là, ceux à qui on [la] doit attendront. »

Nos créanciers attendront, patiemment, pacifiquement. Ce sont eux qui nous ont forcé à emprunter, et la dette est tellement massive qu’on aurait du mal à les recenser. Ils sont si nombreux qu’ils en perdent toute individualité, ne partageant que leur créance sur l’État français. C’est la Banque Centrale qui va financer d’ici-là la gloutonnerie d’un État incapable de réduire les dépenses – c’est d’ailleurs là son plus grand mérite, puisque réduire les dépenses, c’est mal.

Le Ministre du Budget veut rappeler que ce n’est pas aussi simple. L’idée est mauvaise, non pas parce qu’il est déraisonnable de penser que les créanciers de l’État attendront sagement qu’il daigne leur rembourser ce qu’il leur doit, mais parce que la Banque Centrale Européenne est indépendante.

« Ça ne marchera pas, ce que vous dites, a rétorqué le ministre. Ça ne suffira pas pour convaincre la BCE d’imprimer des euros comme la Réserve fédérale imprime des dollars, comme la Banque d’Angleterre imprime du sterling (…) En dépit de vos objurgations (…), nous n’obtiendrons pas cela de la BCE parce qu’elle est indépendante », a-t-il poursuivi.

Comprenez, monsieur Mélenchon : le gouvernement aimerait faire tourner la planche à billets, mais il ne peut pas. Il faut donc envisager d’autres solutions, et on connait l’inventivité du gouvernement quand il a besoin d’argent – même si les impôts confiscatoires ne sont pas là pour renflouer les caisses mais pour punir les riches parce qu’ils gagnent de l’argent. Le Ministre du Budget est bien placé pour savoir que rembourser ne sera pas facile.

« Rembourser cela [la dette publique] ne se fera pas facilement… Faire croire qu’on va rembourser 1 800 milliards d’euros facilement, comme ça, un peu comme par magie (…) c’est se foutre du monde », a lancé le ministre délégué au budget au coprésident du Parti de gauche, dans l’émission « Mots croisés ».

1 800 milliards d’euros ? Mais c’est énorme ! Comment diantre monsieur Cahuzac va-t-il pouvoir rembourser ? Qu’on puisse s’endetter à un tel niveau, ça, il n’a aucun mal à le comprendre, puisque le budget 2013 est en déséquilibre – comme les 30 budgets précédents, au bas mot – et contribuera donc à l’accroissement de la dette. Ce n’est pas facile de rembourser 1 800 milliards, mais il sera encore plus difficile de rembourser 1 800 milliards + le déficit 2013.

Jean-Luc Mélenchon a également estimé que le gouvernement ne pourra pas tenir ses objectifs de croissance de 0,8 % en 2013 et de réduction du déficit public à 3 % du PIB d’ici à la fin de l’année, ce qui obligera le gouvernement à adopter, selon lui, un « deuxième plan d’austérité ». « Vous serez Cahuzandreou avec Hollandreou, d’un plan à l’autre, austérité et austérité, et encore austérité », a ajouté le responsable du Parti de gauche.

Aucun gouvernement n’a jamais pu tenir un quelconque objectif de croissance, puisqu’il n’a jamais créé la moindre richesse. L’incapacité à réduire le déficit du gouvernement actuel l’amènera sans doute à un deuxième plan d’austérité – le premier se faisant encore attendre. Peut-être faudrait-il enfin envisager que l’austérité touche l’État, et pas uniquement les contribuables français ; l’exception française, c’est peut-être de donner au mot austérité un sens différent de celui qu’il a dans tous les autres pays.

Les piques les plus définitives sont venues à la fin, après un débat d’une heure et demie au ton longtemps contenu. « Au fond de vous-mêmes, vous souhaitez l’échec de ce gouvernement de gauche. Et ça, je trouve cela très triste. Vous ne gagnerez jamais le pouvoir parce que vous êtes un homme seul, monsieur Mélenchon », a dit Jérôme Cahuzac. « Vous allez à l’échec parce que tout le monde le sait. Vous avez déjà échoué en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie », a répondu Jean-Luc Mélenchon.

Jérôme Cahuzac a le mérite de poser une bonne question : les autres partis, qui partagent la même idéologie que lui, semblent pourtant souhaiter l’échec du gouvernement actuel – qui aurait apparemment déjà exercé les mêmes fonctions dans d’autres pays européens. Jean-Luc Mélenchon dénonce ici avec beaucoup de lucidité – sans doute malgré lui – la faillite du modèle social-démocrate, tout aussi promis à l’échec que son grand frère socialiste.

« Arrêtez de faire le clown, vous méritez mieux que cela. Vous avez 4 millions de suffrages sur votre nom, cela ne vous autorise pas à faire le clown en direct à la télé », a répliqué sèchement Jérôme Cahuzac, protestant contre le jeu de mots que venait de faire Jean-Luc Mélenchon sur son nom, avec en allusion le nom de l’ancien Premier ministre grec, Georges Papandreou, forcé de quitter le pouvoir en raison de la crise qui a balayé la Grèce.

La fête est finie. La France est dans une situation assez désespérante pour que les Français soient de plus en plus nombreux à s’en aller et que le gouvernement en vienne à réfléchir à des frontières à sens unique pour un pays dont toute sortie sera définitive. Les élus préfèrent encore s’interroger sur les conséquences de l’endettement – et à envisager un défaut souverain avec le sourire, pourvu qu’ils conservent leur souveraineté – que sur ses causes, qui sont à chercher dans leur irresponsabilité chronique. À défaut d’être compétents, nos politiciens ont le mérite de nous divertir en se chamaillant gaiement à la télévision dans des combats de coqs ; à défaut d’avoir un choix viable et rationnel lors des différents scrutins qui leur sont proposés, les Français peuvent choisir quels coqs ils enverront dans l’arène pour se déchirer ; à défaut d’avoir du pain, il nous restera les jeux.