D’Édouard Martin à Gérard Depardieu : les ravages du discours « anti-riches »

Édouard Martin

Le gouvernement n’a toujours pas compris que les mesures destinées à faire valoir son discours « anti-riches » ne servent qu’à tuer l’incitation à investir en France.

Le gouvernement n’a toujours pas compris que les mesures et le discours anti-riches ne servent qu’à tuer l’incitation à investir et à travailler en France.

Par Fabio Rafael Fiallo

Édouard Martin

Ces derniers jours, l’opinion publique en France a été secouée par deux cris de colère venant, l’un d’Édouard Martin, représentant CFDT au site de Florange, l’autre de la star hors pair Gérard Depardieu. Le premier a accusé le gouvernement de « trahison » pour sa gestion de l’affaire Mittal. Le second s’est insurgé contre le Premier Ministre parce que ce dernier avait jugé « minable » sa décision de faire partie de ceux, de plus en plus nombreux, qui quittent la France afin d’échapper à une taxation étouffante.

Pour dissemblables qu’ils paraissent, ces coups de gueule ont un point commun : les deux sont une réponse à un discours gouvernemental ouvertement « anti-riche » qui crée, chez les uns des attentes impossibles à satisfaire, chez les autres le sentiment d’être traités comme des vaches à lait.

C’est ainsi que l’effervescent ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, fit miroiter aux ouvriers de Florange la possibilité de garder, au moyen d’une nationalisation, les 629 postes que l’entreprise ArcelorMittal se proposait de supprimer sans pour autant, il convient de souligner, procéder à des licenciements secs.

Dans sa démarche, Montebourg trouva des défenseurs qui, pour conforter leur point de vue, s’en référèrent à la nationalisation de General Motors par le président Obama. Ce faisant, ils oubliaient étrangement de préciser que cette nationalisation-là a entraîné et la suppression de milliers d’emplois et des baisses de salaires conséquentes. Or, ce n’est sûrement pas ce genre de mesures drastiques ce que les ouvriers de Mittal, et leurs syndicats, avaient à l’esprit quand ils plaçaient leurs espoirs dans la nationalisation de Florange.

En réalité, la nationalisation de Florange aurait eu pour but de préserver tous les postes de travail – même ceux qui pèsent sur la rentabilité du site. Elle aurait dû être financée, soit par l’endettement de l’État à un moment où il faudrait plutôt réduire la dette publique, soit par une nouvelle hausse d’impôts et de charges sociales qui porterait atteinte à la consommation des ménages et à la compétitivité des entreprises françaises.

La nationalisation de Florange n’a pas été retenue. Il n’empêche, les invectives et les menaces du ministre du Redressement productif auront comporté un coût exorbitant. Car le simple fait d’avoir brandi la massue de la nationalisation aura découragé plus d’un investisseur étranger à placer ses espoirs, et ses sous, en France. Pour avoir voulu pérenniser 629 postes (dont la suppression, rappelons-le, n’entraînait pas de licenciements secs), combien de milliers, voire de dizaines de milliers d’emplois, ne verront jamais le jour en France à cause de la peur des investisseurs étrangers potentiels de tomber un jour sous le coup d’une nationalisation comme celle prônée un temps par un ministre du gouvernement à l’adresse de Mittal ?

Même effet contreproductif, et même supercherie, chez la ministre du Logement, Mme Cécile Duflot, avec ses menaces de réquisition de logements vacants dans le but de loger des sans-abris durant la période hivernale.

Mme la ministre s’est-elle arrêtée quelques instants pour soupeser les effets d’une telle mesure et tenter de quantifier combien d’immeubles ne seront jamais construits en France à cause de la peur qu’elle aura inoculée chez ceux qui comptaient placer leur épargne dans l’immobilier ?

Quant à son « invitation » adressée à l’archevêché de Paris pour que celui-ci mette des locaux inoccupés à la disposition des sans-abris, on ne peut s’empêcher d’y déceler un certain double langage. Pourquoi Mme Duflot n’interpela-t-elle pas les syndicats qui, eux aussi, pourraient faire un geste de solidarité envers les sans-abris ? Ne sait-elle pas que plus d’un syndicat possède un parc immobilier composé entre autres de châteaux non habités ? Fontenay-les-Bris (branche CGT de la RATP), Brévière (Force Ouvrière), Courcelle-sur-Yvette (CGT), Bierville à Boissy-la-Rivière (CFDT), autant de châteaux qui viennent à l’esprit à ce sujet, auxquels s’ajoutent d’autres demeures du même genre appartenant à des comités d’entreprise multiples et variés 1].

Mais Mme Duflot oublia de s’adresser à ces syndicats-propriétaires, histoire sûrement de ne pas les tourmenter, car, comme elle et son gouvernement, ils se battent eux aussi contre les « riches ».

Les ravages du discours « anti-riches » peuvent également se mesurer par le nombre croissant de Français qui prennent le chemin de l’exil fiscal afin d’échapper à une imposition confiscatoire.

Or les diatribes proférées contre Gérard Depardieu, dont la décision de quitter son pays a été qualifiée de « minable » par le Premier Ministre en personne, et de « déchéance personnelle » par le Ministre du Travail, montrent à quel point le gouvernement actuel n’a toujours pas compris que les mesures destinées à faire valoir son discours « anti-riches » (taxation étouffante, menaces de nationalisations et de réquisitions) ne servent qu’à tuer l’incitation à investir et à travailler en France.

—-
Note :

  1. Voir Marie Huret, « Quand la CGT mène sa vie de château », L’Express, 06-08-09 ; et Eric De Legge, « La vie de château des syndicats et comités d’entreprise : les châteaux des centrales syndicales », Journal du Net, 06-12-11.