Entretien avec Max, auteur de « Ne vous indignez pas, nous l’avons tous cherché »

Publié Par Contrepoints, le dans Lecture

Contrepoints a rencontré « Max », ce chef d’entreprise auteur du manifeste « ne vous indignez pas, nous l’avons tous cherché (à lire ici). Pourquoi un tel livre, quelles idées fortes ? Découvrez le ici.

Entretien réalisé par Alexis Vintray en novembre 2012.

Max, pourquoi ce livre ?

On écrit surtout  sur des thèmes qui sont soit des recettes, soit des traitements des conséquences, mais rarement de la cause. C’est ce que j’ai voulu faire. La cause, c’est toujours l’humain dans une société et pourtant, rarement les analyses ou les traitements vont à ce niveau purement humain. Il faut en revenir à ces règles simples :

  • La gratuité pollue
  • Sans efforts pas de résultat
  • Sans esprit d’équipe pas d’équipe.

Mon idée est de revenir à ces causes, et non pas de traiter uniquement les conséquences visibles.

En particulier, vous semblez vouloir agir sur les incitations des individus, comme leur rendre le fruit de leur travail ?

Exactement, rendez leur leur argent. Quand on annonce des charges sociales à 50%, c’est une ineptie : vous arrivez facilement à 1,8 de ratio entre le coût réel pour l’entreprise et le brut pour le salarié (en prenant charges, vacances, CE, etc.). Alors que dans tous les autres pays où  nous travaillons, soit 14, y compris les Etats-Unis, la Suisse, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, nous sommes à 1,3. Si on regarde le net, pour 180 de coût salarial pour l’entreprise, le salarié français perçoit 77 !

Plus que de réduire le coût salarial, l’urgence est d’augmenter le salaire net des individus, leur rendre le fruit de leur travail et de les motiver. Ensuite, s’ils veulent prendre sept semaines de congés, ils ont la possibilité de les prendre en congés sans solde. Il ne faut pas en priorité baisser le coût du travail pour l’entreprise mais responsabiliser le salarié et valoriser le travail par rapport aux aides sociales en augmentant le ratio net/brut. Le problème du coût salarial est secondaire.

En contrepartie de cette restitution aux salariés, on pourrait mettre en place, par exemple et entre autres, une franchise de 1000 € des soins de santé et ne plus rembourser les trois premiers jours d’arrêt maladie. Tous y seraient gagnants, car on responsabilisera ainsi les individus.

Au final vous êtes assez proche de la proposition de salaire complet d’Axel Arnoux ou Jacques Bichot ?

Oui, c’est ce que je mets dans mon texte. Je pense que l’avenir est aux auto-entrepreneurs, nous le serons tous dans le futur. L’individu recevra la totalité de son coût salarial. Aujourd’hui le tribunal poursuit les sous-traitants qui ne travaillent que pour un client afin de les requalifier en salariés, une vraie épée de Damoclès. En Belgique, sur les 400 personnes que nous employons plus de la moitié sont en freelance. Eux ont trouvé la solution !

Le titre de votre livre est une référence à Stéphane Hessel, vous ne l’aimez manifestement pas, que lui reprochez-vous ?

Je lui reproche une approche négative, une approche de bobo et une approche de vieux. Négative, car j’aurais préféré un « battons nous », bobo car il se pose en agitateur d’idées dangereuses, sans courage, vieux enfin car il se positionne dans le passé. Je pense son approche dangereuse.

Qu’est-ce qui différencie votre livre des autres sur le « mur » vers lequel nous allons et les issues possibles ?

La différence est que j’avance les causes humaines avant d’aller fouiller dans l’économique ou le financier. Les autres partent directement des recettes alors que vous n’imposerez pas à 70% des français une recette qu’ils refusent. La seule solution, c’est de se mettre ensemble autour de la table autour de convergences humaines et d’intérêts communs. Personne ne peut dire qu’il est contre une certaine responsabilisation, contre une certaine prise en main individuelle, contre l’effort. Ainsi on pourra oublier la « civilisation Jack Lang ».

A la différence de Stéphane Hessel, vous n’épargnez personne. Tout le monde est coupable de la situation actuelle selon vous ?

Oui tout à fait, c’est pour ça que je dis « nous l’avons tous cherché », moi compris. C’est ce que disait de Gaulle : une société de tricheurs dans laquelle tout le monde en veut à celui qui triche plus que lui.

Une formule qui rappelle celle de Bastiat, « L’Etat, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

Oui c’est aussi ce que je dis de la relation entre l’employeur, l’employé et les Assedic.

Qu’est ce qui vous fait dire qu’on peut régler ce problème, qui date presque de toujours ? Il est plus facile de vivre aux dépens des autres que de créer pour soi même.

Si on adopte le principe de précaution, la volonté de dire en permanence « je vais sauver tout le monde »,  on ne sauvera personne. Si on dit à l’inverse « il y a des efforts à fournir, des risques et peut être quelques uns qui seront un peu laissés pour compte, on y arrivera. Le rôle de l’Etat serait de s’occuper de ces derniers, ces quelques cas rares. Et surtout de faire en sorte que ceux qui travaillent soient mieux traités que ceux qui ne travaillent pas. Ca ne marchera pas forcément à 100%, mais ça marche déjà dans d’autres pays.

Et il faut arrêter de tout interdire au motif illusoire de protéger les salariés.

De manière générale, il faut viser la simplicité. On parle beaucoup de la simplification des tickets restaurants, avec 4 étapes au lieu de 8. Mais il suffit simplement de ne plus interdire de verser une prime repas défiscalisée !

Vous citez de nombreux exemples étrangers dans votre livre, quels seraient les meilleurs exemples dont la France pourrait s’inspirer ?

Quelques réformes simples permettraient d’améliorer beaucoup les choses : une vraie franchise médicale, l’arrêt de la protection sociale à outrance, le retour aux 39 heures et une augmentation du salaire net qui donnerait plus au salarié que ce qu’il a perdu à cause des décisions précédentes.

Que pensez-vous justement de ceux qui sont déjà partis ?

Ceux qui partent refusent de « jouer le jeu », mais ils ont leur motivation. Ce n’est pas mon cas. Par contre, je ne suis pas prêt à faire des efforts aujourd’hui, puisque ces efforts ne servent qu’à financer  des gaspillages d’argent public.

Je peux comprends l’exil fiscal, tant que c’est un exil complet, ce qui exige un grand courage. Je trouve toujours limite humainement le cas où les personnes partent 6 mois et un jour.

Y a-t-il des raisons spécifiques à la France pour expliquer le marasme actuel ?

Le syndicalisme à la française, la protection sociale à la française. Des mesures de bon sens comme la franchise de 1000€ pour les soins déclencheront l’ire de ces syndicats. Ce syndicalisme doit être profondément réformé. Les CE par exemple devraient être bénévoles, en dehors de leurs heures de travail. Uniquement ainsi retrouvera-t-on la notion d’intérêt commun.

Vous avez choisi l’anonymat pour écrire ce livre, pourquoi ? N’a-t-on plus le droit de dire ces vérités en France ?

Je ne sais pas si je resterai tout le temps anonyme, mais actuellement c’est pour tester : je ne voudrais pas mettre en danger ma société ou ma famille, qui sont prioritaires. Si je n’ai que 10% de crétins contre moi, je quitterai l’anonymat. Si j’en ai beaucoup plus j’y réfléchirai.

Si vous deviez résumer votre texte en une phrase ?

Le critère essentiel : l’humain.

Une grande  réforme : la rémunération et la responsabilisation des salariés.

Une idée : rien n’est gratuit.

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  1. le concept est séduisant, mais d’après mon expérience personnel de la nature humaine, les gens n’aime pas pas être responsabilisé et veulent qu’ont les prenne en charge.

    Et si vous pensez que la belgique c’est les paradis du freelance, ce fut +- vrai, ce ne l’est plus.

    1. « les gens n’aime pas pas être responsabilisé et veulent qu’ont les prenne en charge »

      C’est bien possible mais cela ne devrait pas empêcher de laisser leur autonomie à ceux qui la souhaitent.

      Faisons l’expérience de laisser le choix aux salariés de percevoir la totalité de leur salaire complet (sans cotisation patronale ou salariale) et de s’assurer eux-mêmes. En parallèle, il n’y a pas de raison d’interdire aux salariés qui voudraient encore bénéficier du système collectif d’y rester et les entreprises continueraient alors de verser aux URSSAF les cotisations pour ceux-là.

      1. Cela ne fonctionnerais pas. le système serait en déficit total. ne resterait dans le système publique que ceux qui n’ont pas les moyens du privé, parce faible revenu ou mauvaise santé chronique. donc en plus de payer pour une assurance privé, il faudrait payé via impôt & taxe pour combler ce déficit la.

    1. Je vais me répondre à moi même : l humain n est pas trop aimé dans le libéralisme…ah bon pourquoi…bah, c est bien lui qui fait des conneries, non ? Oui, mais c est pour ça que le libéralisme est le seul moyen de responsabiliser la connerie humaine et non pas de l excuser. Ah ouai, pas con, je n y avais pas pensé.

  2. Cher Max, je vous ai lu.
    « De la même manière, corriger un devoir sur le principe d’enlever des points (exemple : une dictée) est par essence même négaFf : on s’appesanFt donc sur ce que l’élève a raté et non pas sur ce qu’il a réussi. »
    Quand même, vous poussez un peu dans le style Bisounours!
    Faudra peut-être aussi leur coller un bon point?

    Une amie institutrice m’a fait lui hurler dessus un jour en me racontant ceci:
    Le groupe des instituteurs décide d’initier les enfants au jardinage vivrier. Chouette idée s’il en est.
    On plante donc des pommes de terre, on entretien, on surveille la croissance, on dissèque, on microscope, bref, on passionne les petits au sujet.
    Patatras, un mauvais mildiou vient ruiner la récolte.
    Au lieu d’expliquer aux enfants les aléas de la vie, ses « injustices », comment gérer l’échec pour mieux rebondir, en expliquant la perspective du temps, …On se précipite au supermarché, où l’on achète des sacs de patates, que l’on enfoui la nuitamment dans les plates bandes. Miracle, le lendemain, il y a des patates a récolter!
    Bisounours a encore gagné!

  3. « ne plus rembourser les trois premiers jours d’arrêt maladie » : il me semble que c’est déjà le cas. Dans le privé il y a 3 jours de carences (un seul dans le public), si je ne m’abuse ?

    1. Dans le public on a 1/30eme de carence, ben oui, c’est bien connu, on travaille 30 jours par mois, toute l’année.
      Ensuite en fin d’année on fait une demande à je ne sais plus quel service et pouf, on est remboursé des 5h de carence. A titre exceptionnel bien sûr….

  4. Un entrepreneur est devenu l’équivalent de ce que dans l’ancien régime on appelait: les fermiers généraux. A la différence près, que ces derniers ne produisaient rien mais ils pouvaient commencer à gagner leur vie après avoir payer l’état, ce qui consistait à l’époque par l’achat d’une « charge » (un équivalent contemporain est la patente) en « tondant » ensuite le peuple ou les individus! De nos jours le devoir d’un patron est d’alimenter des tas de « prédateurs publiques », en jouant comme il le peut sur le poste achats, et salaires et charges, donc sur e salaire de ses employés. Par ailleurs, les dettes augmentant plus vite que le revenu qui se trouve imposé fortement, on est toujours à la recherche de profits…Et cela est parfaitement cohérent dans une société de prédation collective. J’ajoute que dans une république la totalité des richesses qui sont produite par une entreprise devraient être réparti entre les dirigeants, employés, actionnaires, à chacun d’entre eux de voir corrélativement sa part d’imposition augmenter. C’est le citoyen qui théoriquement fixe la responsabilité de l’état avec le devoir corrélatif de payer pour ce qu’il demande et non pas les entreprises .Actuellement l’augmentation régulière des tarifs publiques entraîne la demande de la part du monde salarial d’une augmentation des salaires alors que ces augmentations touchent également les entreprises. Et fait apparaître l’employeur comme le problème alors qu’il en est aussi la victime.
    Ce qui se profilerait dans ce cas cependant c’est la définition du concept de solidarité de l’état, les individus se montrant moins enclin à payer de leur poche !
    A contrario l’état qui n’est perçu chez la plupart de nos concitoyens comme un donateur plus ou moins généreux , montrerait son autre profil de prédateur., Cet étrange mariage à 3, entre l’entrepreneur, le salarié et l’état doit être réanalysé doit être réanalysé pour que la comédie de boulevard ne tourne pas à la tragédie.

  5. @Bubulle

    C’est très pertinent, mais il faudra tout de même estimer le surcoût de l’assurance et de l’assistance des seules personnes voulant rester assistées.
    En effet, l’assurance étant basée sur le partage des risques, si les gens les plus exposés aux risques demeurent les seuls assurés, ils coûteront donc plus cher.
    Il y a sûrement une réflexion de fond à mener.

  6. @Bubulle

    Il me semble que nous pourrions prendre la question plus globalement, en commençant par les éléments les plus simples à appliquer.
    Exemples :
    – Si une société réduit le droit aux congés payés de ses salariés de 7 semaines à 5 semaines , tout en compensant financièrement ce surcroît de travail et tout en leur permettant de prendre des congés sans solde, c’est un système applicable immédiatement, non coûteux et générateur de liberté
    – Si on met tout de suite en place une franchise médicale, compensée par une prime équivalente à cette franchise, de même cette décision n’aura aucun coût pour le salarié, et sera génératrice d’un désir d’économie à l’échelon individuel
    Cette logique peut être développée sur de nombreux points et il est inutile de rêver car ce n’est pas demain matin que nous pourrons tout d’un coup généraliser le statut d’auto-entrepreneur à tous les salariés.

  7. @baruchdespino

    Il me semble que nous pourrions revenir à la définition des règles du jeu.
    Si nous nous situons sur un marché fermé et décidons de nous isoler du reste du monde, toute règle du jeu est envisageable.
    Si à contrario nous avons choisi de nous ouvrir sur l’Europe et sur le monde, il faut que nous adoptions des règles compatibles avec celles qu’appliquent nos concurrents.
    C’est donc la limite de votre réflexion à mon avis.