Un terrain dans le Metaverse

Depuis deux ou trois ans, The Sandbox a attiré non seulement des joueurs mais aussi des marques qui ont acheté des parcelles.

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Réalité virtuelle By: Jean-Pierre Dalbéra - CC BY 2.0

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Un terrain dans le Metaverse

Publié le 15 décembre 2022
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Les technologies de l’information sont aussi des technologies de la communication.

La promesse initiale de l’internet et aujourd’hui celle des réseaux sociaux c’est de pouvoir connecter les individus et pouvoir communiquer facilement et instantanément avec toute la planète. C’est ce qu’on a appelé le « village global ». C’est devenu une habitude normale. Ce que ces technologies ont aussi permis, c’est de créer des communautés, des mondes qui n’existent pas, à partir de rien, en dehors de tout État ou structure institutionnelle organisée. Cette promesse et cette possibilité sont amplifiées avec le metaverse qui permet de faire exister des plateformes, des espaces où l’on peut se rencontrer et échanger dans un univers virtuel comme dans un nouveau monde, avec notre avatar.

Un metaverse qui fait parler de lui en France est The Sandbox qui la particularité d’avoir été créé par des Français et dont un des fondateurs, Sébastien Borget, est aujourd’hui le PDG.

 

À l’origine, The Sandbox est un studio de jeu vidéo créé en 2012 (dix ans déjà !). Il permettait aux joueurs de créer leurs propres mondes et de participer à des challenges.

En 2018, The Sandbox est acheté par Animoca Brands, une entreprise de jeu de Hong-Kong. C’est à la suite de cette acquisition qu’est développée la version actuelle de The Sandbox, en s’appuyant sur la cryptomonnaie Ethereum. Ceci permet alors de fournir un environnement virtuel où les joueurs peuvent créer, posséder et vendre leurs expériences de jeu. Le but de The Sandbox est d’introduire la blockchain dans les jeux, séduisant les joueurs avec les bénéfices apportés par la propriété, la rareté des objets digitaux, les possibilités de monétisation et l’interopérabilité inter-jeux.

The Sandbox a créé la plateforme permettant aux joueurs et aux créateurs de jeux d’acheter et d’échanger des NFT et actifs numériques, créant aussi un intérêt pour les investisseurs. Elle fonctionne avec une blockchain et cryptomonnaie propre à l’univers, le sand. En 2019, The Sandbox a levé deux millions de dollars auprès d’un groupe d’investisseurs, puis deux millions supplémentaires en 2020 et enfin 93 millions de dollars en 2021, notamment auprès de Softbank.

Depuis deux ou trois ans, la plateforme a attiré non seulement des joueurs mais aussi des marques qui ont acheté des parcelles avec l’idée de développer de nouvelles expériences pour vendre leurs marques. Le principe est de vendre des « terrains », correspondant à des tokens, qui représentent un morceau numérique dans la carte de la plateforme. Les joueurs peuvent acheter des « terrains » pour y créer des expériences et des jeux, qui sont les « actifs » du « terrain ». On peut aussi fusionner des « terrains » pour en faire des estates, qui permettent aux propriétaires d’y créer de plus grandes expériences plus immersives. Le nombre de « terrains » sur The Sandbox est limité à 166 464, chacun d’entre eux étant constitué d’une surface de 96*96 mètres. Ces « terrains » peuvent ensuite être commercialisés comme des NFT, sur The Sandbox, ou sur des plateformes externes de vente de NFT (comme OpenSea ou Rarible). Aujourd’hui, 70 % des terrains ont déjà été vendus et The Sandbox prend une commission de 5 % sur chaque revente dans le marché secondaire, qui est majoritaire maintenant.

Pour comprendre l’engouement du concept, il suffit de noter que la vente primaire de janvier 2022, qui a offert 61 « terrains » (à un prix de 1000 sands, soit 5000 dollars) et 95 « terrains premium » (à un prix de 4500 sands /22 000 dollars) a été totalement vendue en… deux secondes ! (Source : CFTE – Center for Finance, Technology and Entrepreneurship). Car les ventes primaires de « terrains » par The Sandbox ne se font qu’à certaines périodes (les Raffles). Sinon, il faut aller les acheter sur le marché secondaire via des plateformes comme OpenSea.

Acheter des « terrains » sur The Sandbox est plus simple que d’acheter un « terrain » dans le monde physique : tout se fait en un clic sur OpenSea. Mais c’est aussi plus complexe car contrairement aux achats d’immobilier dans le monde physique, il n’y a pas de tiers de confiance représenté par un avocat pour certifier la provenance du terrain que l’on achète ou que la vente est légitime. D’où les arnaques et piratages qui peuvent être fréquents dans ce monde des NFT, provenant de logiciels malveillants qui peuvent faire croître ou décroître les prix avec de fausses transactions. Ceci n’est pas spécifique à The Sandbox mais constitue un risque général pour les NFT.

Malgré ces risques, le montant des achats de « terrains » sur The Sandbox a fortement augmenté en 2021 encore.

D’après l’étude du CFTE (Center for Finance, technology and Entrepreneurship) les plus gros acheteurs parmi les marques sont des entreprises de médias, de jeu, ou de marketing. Mais il y a aussi Carrefour, Alexandre Bompard le CEO ayant déclaré qu’il allait faire passer des entretiens d’embauche dans le metaverse. Ce qui lui a valu une quantité de commentaires railleurs dans les réseaux sociaux sur la pauvreté esthétique de son magasin virtuel. Et le terrain de 36 hectares acheté par Carrefour pour 120 Ethereum (soit 300 000 euros) est toujours vide.

De nombreuses marques achètent en fait des « terrains » sans trop savoir ce qu’elles vont en faire, victimes du syndrome FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de manquer quelque chose. Et le prix des « terrains » varie en fonction de sa proximité d’une marque connue. Ainsi le rappeur Snoop Dog en a acheté pour y créer un Snoopverse, qui a suscité un attrait particulier pour ceux à proximité qui se sont vendus jusqu’à 450 000 dollars.

The Sandbox a enregistré un chiffre d’affaires de 180 millions de dollars en 2021. Sébastien Borget déclarait récemment à Challenges que la carte Sandbox est aujourd’hui valorisée 1,4 milliard de dollars et que les transactions sur les « terrains » ont représenté en 2021 un volume de 500 millions de dollars. Même si la fréquentation de la plateforme reste modeste encore, soit environ 39 000 visiteurs uniques par jour et 201 000 par mois. Tout l’enjeu est maintenant de faire revenir les utilisateurs en gamifiant le maximum de choses, telles que, toujours selon Sébastien Borget, « des quêtes, de la socialisation avec des rencontres ou une exposition de NFT ».

Le metaverse sera-t-il Top ou Flop ? Et quelle sera la stratégie de développement de The Sandbox pour le futur ?

La question reste ouverte, avec les pour et les contre, qui, sans rien y connaître particulièrement, nous donnent leurs pronostics.

En attendant, pour acheter un « terrain » dans The Sandbox, vous pouvez suivre les tutos qui vous expliquent tout.

Par contre il ne semble pas y avoir de Black Friday pour ces ventes.

À suivre.

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  • Inception. Vous fournirez les toupies ?

  • Ce monde est horrible !
    Vite ! Tous dans le métaverse ! (m’est averse ?)
    Le dernier à partir éteint le courant (pour sauver. la planète).

  • Il etait possible d acheter des terrains sur second life (un jeu qui existait il y a 10 ans). Ceux qui l ont fait on ete soit des pigeons, soit des speculateurs. Dna sle second cas, ils ont joué et perdu. dans le premier cas, c est juste une taxe sur la betise

    • Ce n’est pas toujours facile de prédire quel sera le prochain truc qui va marcher. Je me souviens du tout début de l’internet grand public, dans les années début 90, les grandes marques ne voyaient pas du tout l’intérêt de payer pour acheter des noms de domaines. Des petits malins ont alors acheté par exemple http://www.cocacola.com, pour tenter de revendre à fort prix le nom de domaine au propriétaire légitime de la marque quelques années plus tard. Certains y ont gagné beaucoup d’argent, d’autres ont été déboutés en justice.

  • Les commentaires sont fermés.

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