Hong-Kong : le capitalisme américain se couche devant l’ogre chinois

NBA, Blizzard, South Park : l’industrie du divertissement américain est-elle en train de se soumettre aux intimidations politiques de Pékin ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
NBA loge By: bottlemagic23 - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Hong-Kong : le capitalisme américain se couche devant l’ogre chinois

Publié le 10 octobre 2019
- A +

Par Aurélien Chartier. 

Ce début de semaine vient de voir un changement de paradigme significatif entre la Chine et les États-Unis en termes de soft power. Solidement ancrée comme puissance économique mondiale et militaire, la Chine cherche désormais à asseoir son emprise dans le domaine culturel.

C’est ainsi qu’on a vu ces dernières années de nombreuses collaborations avec Hollywood sur plusieurs blockbusters, comme La grande muraille et En eaux troubles. De façon similaire, les ligues de sports américaines ont senti un filon prometteur. Notamment la NBA, qui est historiquement la ligue la plus tournée vers l’international.

Dans les années 2000, Yao Ming, un phénomène physique de 2,29 mètres contribue à cette extension. Star des Houston Rockets, il l’est aussi dans son pays natal qui se découvre une passion soudaine pour la NBA. Retraité en 2011, il est depuis élu à la tête de la CBA (Chinese Basketball Association), dont le développement de sa ligue nationale accélère soudainement. Inutile de dire que lorsque Daryl Morey, directeur général de ces mêmes Houston Rockets poste un tweet de soutien à Hong Kong, on peut parler de gros pavé dans la mare.

La NBA fait marche arrière

Réaction immédiate de Tencent, le conglomérat ayant les droits de diffusion de la NBA en Chine : les matchs des Houston Rockets ne seront pas diffusés lors de la saison à venir. On reste dubitatif que ce bannissement continuera lors des play-offs dont les Rockets sont un des favoris. Mais la NBA ne plaisante avec une telle source de revenus et s’est empressée de faire marche arrière, la queue entre les jambes. Morey efface son tweet et s’excuse auprès des Chinois.

« Je n’avais pas l’intention que mon tweet puisse offenser les fans des Rockets et mes amis en Chine. J’exprimais simplement une idée, basée sur une interprétation d’un événement compliqué. J’ai depuis eu l’opportunité d’écouter et de considérer d’autres perspectives. »

La star des Houston Rockets, James Harden, a aussi été amené à s’excuser auprès des Chinois. La NBA a également publié des communiqués en anglais et en chinois sur le sujet. Si celui en anglais est relativement neutre et ajoute que la NBA soutient le droit de ses membres à avoir leurs points de vue, celui en chinois est nettement plus orienté, notant que l’organisation est « extrêmement déçue » du comportement de Daryl Morey. On peut s’amuser devant le jeu d’équilibriste de la NBA qui se serait probablement bien passée de cette publicité à moins de deux semaines du début de la saison.

Une situation qui dénote aussi violemment avec l’attitude de la ligue au sein des États-Unis. Bénéficiant d’une des fan bases les plus jeunes et progressives, la NBA sait hausser le ton quand elle le juge nécessaire avec le retrait des All Stars Games de Charlotte en 2017 en pleine polémique sur l’utilisation des toilettes par les transgenres. On se souvient également des Warriors, champions en titre, qui avaient boudé la traditionnelle visite de la Maison-Blanche, causant la colère de Donald Trump. Reste à voir comment les fans américains réagiront à l’attitude servile de la NBA à l’encontre du gouvernement chinois.

Blizzard se couche aussi

En parallèle, une situation similaire se développe dans le monde de l’e-sport. Dimanche dernier, le joueur de Heartstone Ng Wai Chung finit un stream de son match de compétition par un appel à libérer Hong Kong, la « révolution de notre époque ». Sanction immédiate de Blizzard, organisateur de la compétition et éditeur du jeu vidéo : Wai Chung est exclu de la compétition et ne recevra aucun revenu cette saison, même pour les matchs déjà disputés.

La réaction des internautes est cette fois quasiment unanime à dénoncer l’attitude de Blizzard et à appeler publiquement au boycott des jeux vidéo de la marque. Là où la NBA dispose d’un monopole sur le basketball aux États-Unis, il existe une compétition nettement plus intense dans le domaine de l’e-sport et des jeux vidéo en général.

Le subreddit dédié à Blizzard se retrouve brusquement inaccessible pendant plusieurs heures lors de la journée de mardi. La quasi-totalité des posts depuis la réouverture sont sur le sujet, les internautes redoublant d’inventivité pour se moquer de la marque. Blizzard a fait le pari que le marché chinois était plus important à leurs yeux que la liberté d’expression, il n’est pas certain que ce choix soit le bon sur le long terme.

Dans un domaine complètement différent, South Park se retrouve également au sein de la même polémique, dans une affaire où la réalité et la fiction se confondent. Le second épisode de la 23ème saison est en effet une satire de la liberté d’expression en Chine, avec une attaque frontale contre Disney accusé de « rabaisser leurs idéaux de liberté » pour des raisons commerciales. Comme on pourrait s’en douter, la réaction du gouvernement chinois a été très négative.

Selon le Hollywood Reporter, South Park a tout simplement été effacé de l’Internet chinois ! Tout épisode, clip vidéo ou discussion en relation avec la série ont disparu des services de streaming et réseaux sociaux. Loin de battre en retraite comme la NBA ou Blizzard, les auteurs de South Park ont préféré surenchérir via un communiqué ironique :

« Tout comme la NBA, nous accueillons les censeurs chinois dans nos maisons et dans nos cœurs. Nous aussi aimons l’argent plus que la liberté ou la démocratie. […] Ça y est, on est pardonnés ? »

 

Voir les commentaires (15)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (15)
  • Parler de « capitalisme américain » à propos d’individus cherchant à se mettre en valeur par des messages de soutien à quelque cause que ce soit, aussi respectable puisse-t-elle être, c’est quand même de la généralisation abusive. La vraie charité se fait discrètement, les vrais soutiens aux idées pareil : ce sont aux idées que les gens doivent adhérer, ils ne doivent pas suivre bêtement tel ou tel personnage médiatique !

    • Selon moi ce n’est pas les individus tweetant qui sont le « capitalisme américain » de l’article mais bien les corporations et leagues qui pour protéger les revenus chinois désavouent ces individus.
      Même en admettant que ces individus communicationnels du XXIeme siècle soit superficiels dans leurs valeurs, il faut bien admettre que les NBA, Apple et bien d’autres sont la main dans la main avec le gouvernement chinois.
      A la limite sur le territoire chinois que Apple ou Google obéissent aux lois chinoises on pourrait le défendre mais qu’elles se comportent de façon aussi pleutre sur leur propre territoire montre effectivement que
      1/ La roue tourne au niveau géopolitique, mais on le savait.
      2/ que les entreprises n’ont pas de valeurs mais juste une valorisation.

      • Les entreprises n’ont pas à avoir de valeurs autre que l’honnêteté, elles doivent être transparentes, en quelque sorte, aux valeurs de leurs clients.
        Pour transposer sur un autre thème, la grande distribution française se comporte de façon aussi pleutre quand elle défend les « bonnes actions climatiques » et soutiennent en cela la propagande du gouvernement. Mais ici, c’est politiquement correct de faire faire n’importe quoi au nom de la réduction du CO2…

  • C’est depuis son ouverture en 1979 que les occidentaux se couchent devant l’ogre chinois. L’appât du gain a dégénéré en un transfert de technologies massif, qui a finalement créé des compétiteurs de plus en plus sérieux (et des déficits commerciaux) plutôt que les immenses profits attendus. Pourtant, le fantasme du milliard-et-demi de consommateurs reste bien vivant dans les têtes puisqu’il dérive, encore et toujours, vers une forme de soumission particulièrement affligeante.

  • Comme disait De Gaulle, les nations n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts…

  • Je ne pense pas que la culture soit le souci actuel de la Chine; Pour ce Pays Hong Kong es la 3ème place financière du Monde derrière New,York et Londres et à la 4ème juste derrière Singapour pour le marché des changes monétaires. Alors la « Culture » pour les Chinois ‘ce n’est pas autre chose que de la littérature dont ils n’en ont rien à foutre. Restons au moins sérieux dans la vie et regardons les choses en face..

    • Ce n’est pas la « culture » qui est le souci de la Chine mais bien d’infléchir la vision US et au delà occidentale vis à vis d’elle.
      Et ils y réussissent fort bien et cela peut être très subtil comme cette « affaire » des patches au dos du blouson de Maverick le héros de Top Gun; dans cette version étrangement les drapeau du Japon et de Taïwan ont disparu. De Taïwan cela peut encore de concevoir mais le Japon !! Why ?
      On voit là que les entreprises notamment culturelles US sont en train d’intégrer ou ont déjà intégré le fait de ne rien faire pouvant faire froncer les sourcils de l’oncle Xi.

      • C’est cela qui est inquiétant, on sait ce qui arrive quand on se couche devant les dictateurs. La guerre de 39-45 l’a amplement démontrée! Si la France avait réagi aux provocations de Hitler il n’y aurait pas eu des millions de morts.

  • Le capitalisme étant amoral (ce sont plusieurs contributeurs ici qui me l’ont expliqué et ils ont raison), une société capitaliste est amorale.

    • On pourrait l’admettre si la société en question n’était QUE capitaliste.
      Or il est difficile je pense pour une société humaine de se penser amorale, elle tente toujours de se croire motivée par des valeurs morales quelle qu’elles puissent être.
      Même les entreprises (et je travaille dans une assez grande multinationale américaine) ont une communication interne basée sur le « regardez ce que je fais est tellement bien pour la communauté » alors que l’on sait en interne que cela n’est que cela un discours vide et même hypocrite mais peut être nécessaire.

    • @ Luther : comme la si bien dit Ludwig Von Mises : La moralité d’un modèle de société peut être mesurée à sa capacité à rendre heureux la majorité de ses membres au détriment d’aucun autre. A ce titre, une société libérale de marché peut donc être qualifié de système le plus moral possible.

    • @ luther
      Faux, seules les sociétés capitalistes sont parvenues à éradiquer la misère extrême, et elle récompensent le seul mérite! Donc elles sont plus morales que les autres! Vous n’avez rien compris une fois de plus. Les poncifs anticapitalistes des socialistes sont contredits par la réalité!

  • Les petits singes politiquement corrects des GAFA dévoilent leur hypocrisie en se couchant devant les communistes chinois pour ne pas être privés de leur yens!

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Surprise ces derniers jours : l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le but semble de se mêler de plus en plus de politique, a clairement pris position contre l'actuelle stratégie zéro covid actuellement déployée en Chine, rejoignant en cela les critiques déjà nombreuses de l'opinion internationale vis-à-vis de la politique interne de la Chine.

Eh oui : même pour une organisation ayant nettement tendance à préférer la centralisation et les mesures fortes (voire dictatoriales), ce qui est actuellement mis en place par les autor... Poursuivre la lecture

Il y a moins d’un an, en juillet 2021, le Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) et président de la République populaire de Chine Xi Jinping avait toutes les raisons d’être heureux : non seulement c’est à lui qu’est revenu l’honneur de célébrer le centième anniversaire du PCC, mais surtout, c’est lui et aucun autre de ses prédécesseurs depuis Deng Xiaoping qui a réussi à impulser et incarner la troisième ère du glorieux socialisme chinois. Un socialisme « moderne », inspiré de Mao et de Deng malgré leurs contradictions et leurs ... Poursuivre la lecture

Par Anthony P. Mueller.

Un excès de dépenses publiques et une politique monétaire laxiste entraînent une hausse des prix associée à une baisse des taux de croissance économique. Tous les chemins keynésiens mènent à la stagflation. C'est le résultat d'une mauvaise gestion économique.

La croyance selon laquelle les banquiers centraux pouvaient garantir la soi-disant stabilité des prix et que la politique budgétaire pouvait empêcher les ralentissements économiques s'est révélée fausse à maintes reprises. La crise actuelle est une p... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles