Hong-Kong : le capitalisme américain se couche devant l’ogre chinois

NBA loge By: bottlemagic23 - CC BY 2.0

NBA, Blizzard, South Park : l’industrie du divertissement américain est-elle en train de se soumettre aux intimidations politiques de Pékin ?

Par Aurélien Chartier. 

Ce début de semaine vient de voir un changement de paradigme significatif entre la Chine et les États-Unis en termes de soft power. Solidement ancrée comme puissance économique mondiale et militaire, la Chine cherche désormais à asseoir son emprise dans le domaine culturel.

C’est ainsi qu’on a vu ces dernières années de nombreuses collaborations avec Hollywood sur plusieurs blockbusters, comme La grande muraille et En eaux troubles. De façon similaire, les ligues de sports américaines ont senti un filon prometteur. Notamment la NBA, qui est historiquement la ligue la plus tournée vers l’international.

Dans les années 2000, Yao Ming, un phénomène physique de 2,29 mètres contribue à cette extension. Star des Houston Rockets, il l’est aussi dans son pays natal qui se découvre une passion soudaine pour la NBA. Retraité en 2011, il est depuis élu à la tête de la CBA (Chinese Basketball Association), dont le développement de sa ligue nationale accélère soudainement. Inutile de dire que lorsque Daryl Morey, directeur général de ces mêmes Houston Rockets poste un tweet de soutien à Hong Kong, on peut parler de gros pavé dans la mare.

La NBA fait marche arrière

Réaction immédiate de Tencent, le conglomérat ayant les droits de diffusion de la NBA en Chine : les matchs des Houston Rockets ne seront pas diffusés lors de la saison à venir. On reste dubitatif que ce bannissement continuera lors des play-offs dont les Rockets sont un des favoris. Mais la NBA ne plaisante avec une telle source de revenus et s’est empressée de faire marche arrière, la queue entre les jambes. Morey efface son tweet et s’excuse auprès des Chinois.

« Je n’avais pas l’intention que mon tweet puisse offenser les fans des Rockets et mes amis en Chine. J’exprimais simplement une idée, basée sur une interprétation d’un événement compliqué. J’ai depuis eu l’opportunité d’écouter et de considérer d’autres perspectives. »

La star des Houston Rockets, James Harden, a aussi été amené à s’excuser auprès des Chinois. La NBA a également publié des communiqués en anglais et en chinois sur le sujet. Si celui en anglais est relativement neutre et ajoute que la NBA soutient le droit de ses membres à avoir leurs points de vue, celui en chinois est nettement plus orienté, notant que l’organisation est « extrêmement déçue » du comportement de Daryl Morey. On peut s’amuser devant le jeu d’équilibriste de la NBA qui se serait probablement bien passée de cette publicité à moins de deux semaines du début de la saison.

Une situation qui dénote aussi violemment avec l’attitude de la ligue au sein des États-Unis. Bénéficiant d’une des fan bases les plus jeunes et progressives, la NBA sait hausser le ton quand elle le juge nécessaire avec le retrait des All Stars Games de Charlotte en 2017 en pleine polémique sur l’utilisation des toilettes par les transgenres. On se souvient également des Warriors, champions en titre, qui avaient boudé la traditionnelle visite de la Maison-Blanche, causant la colère de Donald Trump. Reste à voir comment les fans américains réagiront à l’attitude servile de la NBA à l’encontre du gouvernement chinois.

Blizzard se couche aussi

En parallèle, une situation similaire se développe dans le monde de l’e-sport. Dimanche dernier, le joueur de Heartstone Ng Wai Chung finit un stream de son match de compétition par un appel à libérer Hong Kong, la « révolution de notre époque ». Sanction immédiate de Blizzard, organisateur de la compétition et éditeur du jeu vidéo : Wai Chung est exclu de la compétition et ne recevra aucun revenu cette saison, même pour les matchs déjà disputés.

La réaction des internautes est cette fois quasiment unanime à dénoncer l’attitude de Blizzard et à appeler publiquement au boycott des jeux vidéo de la marque. Là où la NBA dispose d’un monopole sur le basketball aux États-Unis, il existe une compétition nettement plus intense dans le domaine de l’e-sport et des jeux vidéo en général.

Le subreddit dédié à Blizzard se retrouve brusquement inaccessible pendant plusieurs heures lors de la journée de mardi. La quasi-totalité des posts depuis la réouverture sont sur le sujet, les internautes redoublant d’inventivité pour se moquer de la marque. Blizzard a fait le pari que le marché chinois était plus important à leurs yeux que la liberté d’expression, il n’est pas certain que ce choix soit le bon sur le long terme.

Dans un domaine complètement différent, South Park se retrouve également au sein de la même polémique, dans une affaire où la réalité et la fiction se confondent. Le second épisode de la 23ème saison est en effet une satire de la liberté d’expression en Chine, avec une attaque frontale contre Disney accusé de « rabaisser leurs idéaux de liberté » pour des raisons commerciales. Comme on pourrait s’en douter, la réaction du gouvernement chinois a été très négative.

Selon le Hollywood Reporter, South Park a tout simplement été effacé de l’Internet chinois ! Tout épisode, clip vidéo ou discussion en relation avec la série ont disparu des services de streaming et réseaux sociaux. Loin de battre en retraite comme la NBA ou Blizzard, les auteurs de South Park ont préféré surenchérir via un communiqué ironique :

« Tout comme la NBA, nous accueillons les censeurs chinois dans nos maisons et dans nos cœurs. Nous aussi aimons l’argent plus que la liberté ou la démocratie. […] Ça y est, on est pardonnés ? »

 

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