La crise de la santé ne fait que rebondir

Une quatrième année d’internat en médecine générale est un non-sens. Les hôpitaux doivent retrouver leur autonomie avec des accords complémentaires entre établissements.

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La crise de la santé ne fait que rebondir

Publié le 24 novembre 2022
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Le 17 novembre, l’ISNI a appelé à la mobilisation dans toute la France pour protester contre la quatrième année d’internat votée par l’Assemblée et le Sénat et contre les nouvelles obligations imposées par le PLFSS.

Elle n’a pour l’instant entrainé aucune inflexion de la politique de santé.

 

Le Conseil national de la refondation peut-il sauver notre système de soins ?

À la lecture de l’interview de mon confrère Philippe Denormandie dans Le Quotidien du Médecin du 10 novembre, ma réponse est négative car il est sourd aux appels des internes.

En deux pages il ne donne que de vagues orientations alors que l’on sait parfaitement ce qu’il faudrait faire. Il n’y a malheureusement ni volonté politique ni savoir-faire, ce qu’avait déjà démontré mon analyse sur le Ségur de la santé.

Les causes et les remèdes de ce désastre sanitaire sont décrites dans Blouses blanches colère noire

La désertification des campagnes a gagné les grandes villes, les études de médecine ne sont plus adaptées.

La certification périodique ou réaccréditation des médecins diplômés sera applicable au 1er janvier 2023 : en se plaçant au-dessus des ordres professionnels auprès desquels on cotise l’État pourra interdire d’exercice les médecins réfractaires. C’est reconnaître implicitement que dix années d’études formeraient de mauvais médecins.

 

L’internat doit être réformé

Une quatrième année d’internat en médecine générale est un non-sens car cela décalera d’une année l’installation des professionnels, entraînera une pénurie de remplaçants et retardera, pour ceux qui le souhaitaient (afin d’accéder au secteur II), la prise d’un poste d’assistant à l’hôpital.

Les internes peuvent refuser cette quatrième année et saisir le Conseil d’État ou passer leur thèse pour s’installer. La soutenance de la thèse se fait au plut tôt après validation de trois semestres de formation et au plus tard trois années après l’obtention du DES.

Le Sénat a voté cette loi sous les instigations du sénateur Bruno Retailleau. Les internes ont déjà choisi leur région après l’examen classant ECNi.

Ils ne veulent plus partir loin de leurs bases avant de s’installer, sauf pour des remplacements. Suivre cette quatrième année de médecine générale sans encadrement est inepte. Ce serait contre productif en retardant d’autant les installations qui manqueront ailleurs. Les vieux médecins n’auront pas de remplaçants et cesseront d’exercer. Le risque de démissions des praticiens hospitaliers déjà sous pression est réel. Je l’avais exprimé au Pr Philippe Juvin lors d’un long entretien. Malheureusement un élu ou un politique est persuadé d’avoir raison et quand il se trompe il persévère dans la même voie.

Il n’y a qu’une solution : commencer l’internat un an plus tôt, mais le système LMD est un obstacle. Quelle erreur de l’avoir adopté. Donner une formation adaptée à l’exercice libéral devrait commencer pendant le deuxième cycle. Lors du débat sur les urgences au Sénat, le sénateur Jean-Paul Savary a évoqué mon livre pour soutenir mes propositions.

C’est une bien triste situation qui va dégoûter les plus motivés à exercer une médecine libre. Des jeunes seront toujours attirés par un métier encore prestigieux et sans chômage mais ils se contenteront d’un salaire avec des semaines de travail de moins de 45 heures.

 

L’hôpital se meurt d’être suradministré

Les réformes ont éliminé les grands mandarins qui déplaisent au pouvoir par leur résistance. Ils ont été remplacés par des petits mandarinats administratifs qui se sont multipliés en créant de plus en plus de structures.

Les hôpitaux doivent retrouver leur autonomie avec des accords complémentaires entre établissements. Un hôpital doit être centré sur le soin. Avec l’enseignement, la recherche et l’administration, un praticien hospitalier n’y consacre que 50 % de son temps.

Il y a pénurie de personnels car le numerus clausus n’a pas été supprimé à l’internat, entraînant un manque de pédiatres et de réanimateurs. C’est ainsi 25 % des Français n’ont pas de pédiatre dans un rayon de moins de 100 km.

À cela s’ajoutent l’absence des personnels non vaccinés toujours suspendus et la diminution des précautions sanitaires à la sortie de la pandémie.

D’une manière générale, ces problèmes dépassent la pédiatrie. C’est tout l’hôpital public qui est en train de s’effondrer.

Le Ségur et la loi Ma santé 2022 ne règlent rien.
Les personnels suspendus ne reviendront pas car la plupart ont choisi une autre orientation ou sont partis dans des pays voisins plus attractifs.
Les écoles de soignants n’attirent plus, un tiers des écoles d’infirmières sont vides. La durée moyenne de la carrière d’une infirmière à l’AP-HP ne dépasse pas cinq années.
Les agences de santé s’empilent ainsi que les postes administratifs : 34 % en France contre 22 % en Allemagne, ce qui représente un budget équivalent à 100 000 postes de soignants.
À l’Assistance Publique de Paris, les internes et les infirmières ne peuvent pas se loger avec un salaire de 2000 euros par mois.

L’urgence hospitalière pourrait être mieux prise en charge.

Il faut des lits et du personnel disponibles pour éviter l’attente aux urgences, laquelle peut atteindre de 12 à 24 heures. La submersion des services pédiatriques par l’épidémie de bronchiolite est un phénomène récurrent. Chaque hiver les services sont submergés par les problèmes respiratoires aigus.

Le manque de médecins disponibles en ville incite les patients à se rendre aux urgences car ils savent qu’ils seront pris en charge avec un examen biologique et un scanner. Malheureusement, des malades meurent sur des brancards car les urgences graves se mélangent avec la bobologie. Avec la pénurie de chirurgiens, les retards s’accumulent. Une simple appendicite devient une péritonite et une occlusion se perfore faute d’être opérée à temps. 45 % des urgences chirurgicales sont prises en charge avec retard.

Le tri par le 15 mis en place par le nouveau ministre de la Santé ne fera que déplacer le problème car le tri par téléphone nécessite un personnel formé et donc des médecins régulateurs alors que l’on manque de soignants.

Il faut réformer l’accueil aux urgences en le partageant avec les urgentistes et les internes (à condition de les préparer dès le deuxième cycle d’études).

 

Pour conclure

Le CNR ne se concrétisera que par des réunions consensuelles et stériles. La politique de santé conservera les mêmes orientations : limiter l’offre pour diminuer les dépenses de santé.

Puis ce sera l’effondrement.

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