Uber Files : le vrai problème, c’est l’État bureaucratique et omnipotent

Pourquoi le lobbying est-il aujourd’hui devenu douteux ?

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Uber Files : le vrai problème, c’est l’État bureaucratique et omnipotent

Publié le 19 juillet 2022
- A +

Présenté ce mercredi, le troisième rapport de la Commission européenne relatif à l’État de droit dans les 27 pays membres de l’Union interroge.

Si le document d’une trentaine de pages accompagné d’autant de recommandations cite notamment la Pologne et la Hongrie, alors que les Uber Files secouent l’Hexagone le volet relatif aux lobbies du rapport semble répondre à cet épisode qui fait pourtant figure d’exception dans l’océan du capitalisme de connivence français.

 

La France pointée du doigt

Annoncé lors de son discours sur l’état de l’Union prononcé l’année dernière par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, le rapport fixe des recommandations visant spécifiquement certains États. Dans le cas français, le rapport demande à Paris de garantir les règles fixées pour les activités de lobbying et « notamment aux plus hautes fonctions de l’exécutif ».

Au cœur de cette demande se trouve la recommandation du GRECO, le groupe d’États contre la corruption, qui n’est pas un organe de l’Union européenne mais du Conseil de l’Europe, montrant ainsi un croisement des sources textuelles dans les différents documents de l’Union et ce en particulier depuis l’adhésion de l’Union européenne à la CEDH.

Ce groupement avait ainsi recommandé deux obligations :

  • l’inscription sur le registre spécifique des représentants d’intérêts s’entretenant avec des responsables publics,
  • l’obligation de déclarer les contacts entre lobbyistes et personnes haut placées dans l’exécutif des États.

 

Or, c’est cette dernière obligation dont la Commission européenne constate l’irrespect par la France.

 

Un rapport anti-Uber Files

Il faut dire que le rapport est publié alors que l’Hexagone est en plein Uber Files auxquels il semble répondre point par point. Cette vaste enquête journalistique a ainsi révélé les liens étroits entre Emmanuel Macron et la société Uber lors de son passage à Bercy entre 2014 et 2016. Très prisé à l’époque, le concept d’uberisation était devenu le symbole d’une autre idée à la mode : la disruption et en l’espèce, celle des marchés. Derrière ces mots barbares se cachait en réalité une idée toute simple : casser les rentes en réduisant le nombre d’intermédiaires entre fournisseurs de produits ou de services et les consommateurs. Un processus déjà décrit par Joseph Schumpeter en 1942 sous l’expression désormais célèbre de « destruction créatrice ».

En l’espèce, ce processus s’inscrit dans un contexte d’utilisation des nouvelles technologies pour briser un monopole. Si Uber a initié cette mécanique au point de lui donner son nom, d’autres plateformes participent de cette démarche, de Deliveroo à AirBnB. Dans le cas d’Uber, le monopole visé voit ses prémisses remonter à Louis XIV, lorsque ce dernier avait délivré 600 autorisations d’exercice pour des services de voitures hippomobiles dans la capitale.

Et tel a bien été le problème posé par Uber. L’entreprise fondée en 2009 à San Francisco par trois employés de StumpleUpon, réseau social fermé depuis, s’attaquait non pas uniquement à un marché mais à une réglementation très stricte en proposant la mise en relation entre clients et chauffeurs privés.

 

Une saine libéralisation…

Dans cette affaire, la plupart des libéraux ont défendu, à raison, le président de la République, estimant que ces échanges avaient eu pour conséquence de libéraliser le marché du transport de voyageurs. Ayant écrit un livre consacré en partie au comité Rueff-Armand qui, comme le comité Attali dont étant membre Emmanuel Macron plus d’un demi-siècle plus tard, appuyait largement cette libéralisation du secteur des taxis, je ne peux que m’y associer.

Car, concrètement, que s’est-il donc passé dans l’affaire Uber ? Rien, ou plutôt, rien qui puisse inspirer des critiques. Le travail de lobbying mené par l’entreprise californienne a débouché sur une libéralisation du secteur, sans atteinte à la concurrence. Or Uber est une goutte d’eau dans un océan de connivence d’État.

 

… qui ne doit pas masquer la réalité de la connivence d’État

Les méthodes de guerre juridique, de réseau et d’achats d’articles de presse ne sont malheureusement pas le simple apanage de ceux qui souhaitent réduire les contraintes étatiques.

Publiant de nombreux indices, le journal britannique The Economist a notamment créé un indice de capitalisme de connivence dans lequel la France se situe 18e, quasi-ex æquo avec les États-Unis. Cet indice se base sur la part des secteurs atteints dans le PIB des États, définis comme les secteurs produisant plus de profit qu’ils ne le feraient sur un marché concurrentiel. Or, cette méthode ne prend en compte que les volumes financiers et non l’importance du secteur dans les rouages de l’économie globale d’un pays, en particulier lorsque ces secteurs sont l’énergie, les transports et l’immobilier, dont dépend tout le reste de l’activité économique.

 

L’intérêt des lobbies

Lorsqu’on parle d’État de droit, on pense notamment à l’existence de contre-pouvoirs et de corps intermédiaires émanant de la société civile, évitant la concentration du pouvoir et donc sa mue dans un pouvoir autoritaire et personnel. Ces acteurs démocratiques peuvent ainsi être les collectivités, les syndicats, la presse, les cultes, les partis politiques ou encore les entreprises.

Ces acteurs sont les invariants d’une démocratie saine. Or, les lobbies participent de cette hygiène démocratique en contrant la dictature de la majorité décrite par Tocqueville.

La non-affaire Uber montre justement l’intérêt de ces groupements d’intérêts.

 

Une concentration du pouvoir

Alors pourquoi le lobbying est-il aujourd’hui devenu douteux ?

Il faut comprendre que l’État français actuel n’a rien de démocratique. Nous vivons dans un régime de concentration des pouvoirs où ces derniers tendent à être dans les mains d’un seul dont la légitimité est renouvelée ou arrêtée tous les cinq ans sans qu’aucune respiration démocratique ne puisse intervenir entretemps.

L’Histoire montre une lente évolution vers une concentration des différents pouvoirs présents dans la société dans les mains du seul État central et en particulier le pouvoir économique et social permettant de s’immiscer dans les marchés en fonction de la volonté du moment. Or, cette concentration associée à la pauvreté des instruments démocratiques entraîne une asymétrie entre la force des décisions prises et leur faible légitimité démocratique.

De ce fait, la connivence entre l’État et certains intérêts bien spécifiques liés aux grands groupes s’assurant que la législation respectera leur propre volonté plutôt que celle des contribuables ou d’un marché libre est un cas typique de capitalisme de connivence dans lequel la règle n’est plus affaire d’intérêt général par la synthèse de multiples intérêts individuels mais celle de quelques uns dont la seule légitimité est la proximité avec le pouvoir.

Une démocratie incomplète et un État capable de s’immiscer dans la vie des individus sont sans doute les principales lacunes de notre État de droit. Des lacunes que Bruxelles se garde bien de nommer.

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  • oui….

    le lobbying est la réaction normale à l’inteventionnsime politique.. tant bien entendu qu’il n’y pas pas corruption..

    mais il peut y avoir corruption sans lobby et lobby sans corruption..c’ets juste le droit de défendre son gagne pain!!!

    là encore…regardez cette vidéo.. https://www.youtube.com/watch?v=mMQwdUxF_bQ

    presque tout y passe…lobby du pétrole lobby du nucleaire lobby du tabac… le procès d’intention est LA règle… la correlation signe la causalité…
    fascinant..

    il est au cnrs je crois..et historien de profession..

    • c’est bien connu es gens fument à cause du lobby du tabac.. nous dit le type qui cultive sans doute san cannabis dans un coin de jardin.. dans un pays où il est interdit de cultiver du tabac sans acceptation par l’état..

      et vous êtes contraints d’aller dans les supermarchés etc etc..

  • On y revient toujours, le responsable principal de nos maux est l’Etat omniprésent, liberticide et incapable de raisonner dans l’intérêt des français en en rajoutant dans le collectivisme le plus néfaste.

    • Nos hommes politiques ne font que suivre l etat d esprit ambiant qui règne en France. Les responsables premiers de l etat de notre pays sont les franchouillards qui veulent le beurre et l argent du beurre. L irresponsabilité règne en France partout et tout les niveaux. Allez balayez devant votre porte …….😂😂😂😂

      -4
      • Soit, mais je n’ai pas à balayer devant ma porte. Vous êtes désobligeant en mettant tous les français dans le même sac.
        Avez vous entendu parler des libéraux?
        Mais peut-être n’êtes vous pas français……

        • il ne le fait pas.. il use de l’expression franchouillards..mais il aurait pu dire une_grande_majorité de français..

          l’interventionnisime est une chose..il tend à croitre naturellement ..la vraie question est de proposer une voir de sortie..
          ou comment sortir du collectivisme sans creer un sentiment de frustration et d’injustice..

  • Il y a le bon lobbyiste et le mauvais lobbyiste.
    Le mauvais lobbyiste, c’est celui qui tire… la couverture à lui.
    Le bon lobbyiste, c’est celui qui tire la couverture… à moi !

  • Faut remonter aux Mérovingiens et aux Carolingiens alors ! Depuis son apparition en tant que Francia, la France est un pays soumis aux lobbys, c’est tout. L’atrocité des guerres de religions, dont on parle des centaines d’années après, peut s’analyser en un lutte à mort de lobbys. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Au fait, que penser de l’attitude lobbyiste de certaines religions… plus que d’autres. Les gagnants, gagnent tout, le beurre, l’argent du beurre, et le cœur de la crémière. Faut surtout pas se gêner.

  • Il est intéressant que ces mêmes journalistes n’ont pas fait de rapport similaire pour l’affaire Alstom par exemple… D’autant plus critique…
    Et ne pas oublier que ces pratiques sont totalement légales… Donc avant de crier au loup, il faudrait peut être déjà regarder la loi et voir s’il faut changer… Mais comment vivront les Lobbies ?! 😀

  • Les commentaires sont fermés.

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