Pass sanitaire : rejet de la mesure phare de l’autoritarisme macronien

Alors que le risque pandémique s’éloigne, ce sont les lois d’exceptions et les outils de contrôle qui restent. Le rejet du passe sanitaire est une victoire, mais qui ne doit pas faire oublier que l’État de surveillance est toujours debout.

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Emmanuel Macron BY EU2017EE (CC BY 2.0)

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Pass sanitaire : rejet de la mesure phare de l’autoritarisme macronien

Publié le 14 juillet 2022
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Situation étonnante s’il en est, la mesure phare de l’autoritarisme sanitaire macronien, le pass sanitaire, a été rejetée grâce à une alliance de circonstances entre toutes les oppositions, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

L’article 2 de la loi sanitaire présentée devant l’Assemblée nationale a été rejeté par 219 voix contre 195. Il permettait d’instaurer jusqu’en janvier un pass aux frontières et entre la Corse, les outre-mer et l’Hexagone au nom de la lutte contre le covid.

Le Premier ministre Élisabeth Borne s’en est prise vivement aux oppositions LFI, RN et LR, assurant qu’elle se battrait pour « que l’esprit de responsabilité l’emporte au Sénat ».

François Braun, le ministre de la Santé, a déclaré prendre acte des discussions et affirmé qu’il s’attacherait à rétablir le texte législatif dans son intégralité à l’occasion de son parcours au sein des institutions chargées de l’évaluer et de l’adopter.

Dans l’opposition, on crie victoire : le RN et LFI s’en disputent le mérite ; après avoir hésité, LR s’est finalement rallié.

Cependant, pour arriver à un tel résultat, les discussions, les tractations, les protestations et les explications entre parlementaires ont duré toute la nuit.

Pour la majorité présidentielle, c’est un peu une nouveauté : le Parlement croupion de 2017 a été remplacé par un Parlement où l’opposition est assez forte pour en faire revivre l’esprit. C’est un petit miracle au milieu d’une situation économique et politique française globalement catastrophique : le pouvoir législatif est en train de retrouver ses couleurs de contre-pouvoir face à un exécutif jusqu’à présent tout-puissant. Pourvu que ça dure.

 

Le symbole de la politique liberticide de Macron

La France était le dernier pays de l’Union européenne à défendre le pass aux frontières. Pour la Macronie, il était devenu un symbole, celui de la méthode policière et liberticide maquillée en « esprit de responsabilité » qu’elle avait institué pour répondre à la pandémie. En misant sur une stratégie quasi militaire – qu’on se souvienne du « nous sommes en guerre » du président – pour endiguer la pandémie, le gouvernement Macron a sciemment étendu les pouvoirs de la bureaucratie au détriment des libertés publiques.

Macron a estimé que la situation post-covid serait l’occasion de revenir sur l’esprit libéral des institutions, faisant de la liberté individuelle associée à « l’irresponsabilité » l’ennemie numéro un. Résultat : ce sont les extrêmes qui se sont emparé de la question tandis que les partis de gouvernement s’enfermaient dans l’absurdistan technocratique.

Le pass sanitaire est apparu dans le paysage politique français comme substitut à la vaccination obligatoire de la population : autorisant la discrimination entre vaccinés et non vaccinés, encouragée par des pouvoirs publics criminalisant toute réticence face à un dispositif de surveillance aux applications sans limites et à la fiabilité discutable, le pass qui ne devait durer qu’un temps obligeait les Français à se vacciner afin d’éviter de voir leurs droits restreints.

La Macronie a inventé la citoyenneté premium pour les vaccinés, et chassé des établissements de santé les personnels hostiles au vaccin en entretenant sciemment la panique et la discorde civile. Le RN comme LFI s’en sont souvenus au moment des débats, quand il a été question de la réintégration des soignants non vaccinés, maintenu dans une situation de non-droit suite à la politique sanitaire du gouvernement.

 

Extension du domaine de la surveillance

Comme bon nombre de dispositions d’exception impensables en situation ordinaire au sein d’une démocratie libérale, le pass semblait destiné à survivre à son application strictement liée au covid, tant la classe politique qui l’avait poussé semblait réticente à le retirer de la circulation. Ce travers particulier renvoie à un travers général né des dispositions sécuritaires prises au nom de la guerre contre le terrorisme.

Depuis maintenant deux décennies, les pouvoirs publics utilisent l’état d’exception pour faire entrer dans le droit commun des dispositifs attentatoires aux libertés pour les citoyens ordinaires, réduisant l’État de droit à un simple cadre légal positif où tout devient permis pour l’État1. Hier les lois sécuritaires ont étendu les moyens d’enquête et de récoltes de données non pas à destination des criminels, mais bien des citoyens ordinaires. Aujourd’hui, les outils de contrôle social lorgnent vers le droit pénal pour tous2.

 

L’efficacité technocratique contre la liberté

C’est au nom de l’efficacité technocratique que la Macronie a soutenu l’introduction du pass sanitaire en politique. Pour que le plus de monde se vaccine le plus rapidement possible sans pour autant rendre le vaccin obligatoire, sacrifier « momentanément » les formes du droit libéral était un moindre mal. Après tout, des milliers de vies étaient en jeu.

On s’aperçoit maintenant que ce calcul d’utilité typiquement technocratique a causé des dommages irréversibles sur le long terme, qu’ils soient culturels, politiques ou économiques, sans que la planification sanitaire et vaccinale n’aient totalement éliminé un risque covid promis pour durer.

Alors que le risque pandémique s’éloigne, ce sont les lois d’exceptions et les outils de contrôle qui restent. Entrés dans le droit commun par effraction, ou pire, dans les mœurs par lassitude, ils ont habitué le peuple à la servitude et à la dépendance de l’État technocratique. Le rejet du pass sanitaire est une victoire, mais qui ne doit pas faire oublier que l’État de surveillance est toujours debout, et que le Sénat n’a pas encore dit son dernier mot.

  1. Stéphanie Hennette Vauchez, La démocratie en état d’urgence. Quand l’exception devient permanente, Seuil, 2022.
  2. Arié Halimi, Le coup d’état d’urgence. Surveillance, répression et libertés, Seuil 2021.
Voir les commentaires (12)

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  • Nous pouvons nous satisfaire de la mise en échec de cet épisode démocratique mais malheureusement cela ressemble à une victoire à la Pyrrhus.
    L Europe vient justement de voter le pas sanitaire numérique il suffira au gouvernement de l intégrer dans un décret pour l appliquer,le tour est joué.
    Celà ce passe souvent.

  • Corrigez moi si je me trompe…le sénat n’a qu’un rôle consultatif..une politesse que le pouvoir fait au sénateurs, certes il peut modifier le texte..mais le dernier mot revient aux députés, qui peuvent voter le texte tel qu’il est avec l’abrogation du pass…a plusieurs reprises le gouvernement précédent alors majoritaire n’a pas tenu compte des modifications apportées par les sénateurs et le texte a été voté dans sa version initiale…si cette fois ci les sénateurs reintroduisaient le pass même partiellement et que cette modification était acceptée par lles députés,je penserai qu’ils nous prennent pour des cons en essayant de faire croire que ce serait les sénateurs qui ont abrogé le pass…je suis inquiet que l’auteur de l’article ne mentionne pas cela…

  • Macron est liberticide. Pass sanitaire, assignation à résidence, ausweis, autorisés en permanence suivant le bon vouloir de « Dieu parmi nous » et aujourd’hui, délais délirants pour obtenir un passeport sans aucun effort pou y remédier!
    Les députés ont eu raison de mettre fin à cet abus de pouvoir.

  • Et je maintiens que si les personnes à risque avaient été traitées hydroxychloroquine/azithromycine il y aurait eu moitié moins de morts. Et pas besoin d’aucune mesure liberticide. J’espère qu’ils ne s’en sortiront pas sans ennuis majeurs.

      • « …vous donner tort ».
        Toutes mes excuses pour cette vilaine faute.

      • Une méta-analyse… Hum ! Il suffit de choisir les études qui vont bien.
        La votre date de mi-2020.
        Depuis sont sortis (très, trop discrètement) les résultats d’une étude clinique, double aveugle et tout le toutim, au CHU d’Angers. Menée au printemps 2020, son bilan n’est tombé qu’à l’automne. Re-hum !
        Sur 250 patients, répartis en deux groupes, à 28 jours, 6 morts sous HCQ, 11 sous placebo.
        Cela confirme les dires de François.

      • L’étude que vous citez est celle menée au printemps 2020 testant en double aveugle des traitements chez des patients COVID symptomatiques en état grave en phase de réanimation pour la plupart. Le traitement préconisé par Raoult a été intégré en dernière minute dans cette étude qui ne l’avait pas retenu dans sa première mouture. Et pour cause, le Pr Raoult a tjrs dit que son traitement était réservé aux patients positifs mais pauci-symptomatiques en phase de tout début de la maladie.
        Donc l’utilisation de l’hydrochloroquine dans cette étude n’a rien à voir avec les préconisations du traitement du Pr Raoult et donc, immanquablement, cela a permis d’obtenir la « preuve » qu’il ne marchait pas…
        Bien joué. On a donc obtenu la « preuve » qu’il n’y avait pas de traitement efficace contre le covid ce qui a permis d’interdire l’hydrochloroquine (pourquoi donc d’ailleurs? s’il était si évident que cela qu’il n’était pas efficace 🙂 ) et de donner des autorisations d’utilisation des vaccins sans passer par la phase d’essais cliniques longs et couteux qui auraient été obligatoires autrement.
        d’ailleurs, si ce traitement par hydrochloroquine et/ou ivermectine était si inefficace que cela, on se demande pourquoi d’autres pays (Japon, Inde, Corée du Sud…etc) l’on intégré dans leurs stratégies thérapeutiques contre le covid. Sans doute que ces malheureux pays n’ont pas la chance d’être cornaqués par une administration énarchique aussi affutée que la notre… 🙂

        • Vous avez tout à fait raison, Raoult a toujours dit que son traitement devait être appliqué aux stades précoces de la maladie pour être efficace et non sur des patients déjà en réa à l’hôpital. J’ai souvent usé de cet argument auprès de mes proches ou d’amis, mais aucun ne reconnaissait que les études menée à l’hôpital n’appliquaient en rien le traitement de Raoult!

  • la route de la servitude est bien « en marche ».

  • Pas grave, l’heure, au contraire propice à une liesse bienvenue.
    La Macronie toujours inférieure ou égale à elle-même, et supérieure aux autres ; au moindre caillou dans la chaussure, elle maudit la terre entière :
    – Bande d’irresponsables !
    La voilà toute étonnée de voir que des formations bannies par ses propres soins de l’arc « républicain » ne la suivent pas comme un esclave son bon maître.
    M’enfin !

  • Rejet de quoi ? Rien qui ne peut être renversé par un decret. L’assemblée nationale n’a aucun pouvoir en démocrature.
    Pour rire, ma. Sœur et mon beauf ont pris la 4 ème… Direct positif covid… Ouais, bah, ils ont été contaminés avant… Pas sûr même que c’est improbable donc, le pass, il reviendra.

  • Les commentaires sont fermés.

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