La nouvelle crise de la dette en euros commence

Le marché obligataire de l’eurozone recommence à donner des signes inquiétants, comme en 2010. La Banque centrale européenne pourra-t-elle cette fois encore calmer le jeu ? Rien n’est moins certain.

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La nouvelle crise de la dette en euros commence

Publié le 17 juin 2022
- A +

Les gens ignorent souvent ce qui se passe au jour le jour sur les marchés obligataires qui brassent pourtant des sommes considérables. Ainsi, le marché obligataire en euros pèse 2775 milliards.

L’indicateur clé de ce marché est le taux d’intérêt des emprunts d’État à dix ans considérés comme l’actif financier le plus sûr. Or, les taux d’emprunt des différents pays de l’Union européenne recommencent à diverger comme il y a dix ans. L’écart se creuse depuis que la Banque centrale européenne a indiqué qu’elle allait mettre fin à ses rachats en juillet.

Un écart de taux signifie qu’il devient plus risqué de prêter à certains pays qu’à d’autres.

Voici les différents taux d’emprunt à 10 ans des principaux pays de l’eurozone au 14 juin 2022 :

 

Pays Taux en % Dette publique rapportée au PIB en %
Allemagne 1,67 69
Pays-Bas 2,03 52
France 2,28 112
Irlande 2,38 56
Espagne 3,04 118
Portugal 3,05 127
Italie 4,17 150
Grèce 4,74 193

 

La République fédérale allemande peut emprunter à 1,67 % tandis que la Grèce doit payer 4,74 % d’intérêt malgré l’effacement partiel de sa dette.

L’Allemagne – poids lourd économique de l’eurozone- a proportionnellement beaucoup moins besoin d’emprunter que la Grèce, ou l’Italie ou même la France pour deux raisons :

  1. Elle ne recourt pas systématiquement au déficit public.
  2. Son besoin de refinancement est faible (comme celui des Pays-Bas) puisque sa dette rapportée à la taille de son économie (le PIB) est une des moins élevées.

 

Des refinancements de plus en plus douloureux

Le refinancement consiste à rembourser une dette en contractant un autre emprunt. Les financiers appellent cela « rouler » sa dette. Lorsque les taux baissent, l’opération est avantageuse puisque le nouveau prêt aura des intérêts plus faibles.

Inversement, lorsque les taux montent, rouler la dette devient pénible. Si un emprunt de la France, émis alors que les taux étaient à 0 %, est refinancé aujourd’hui, il faudrait payer 2,28 % d’intérêt pendant dix ans.

Supposons un pays endetté à hauteur de 100 % de son PIB à un taux moyen de 2 %. Ce pays doit consacrer 2 % de son PIB au paiement des intérêts. Si sa croissance n’est que de 1 %, une spirale calamiteuse se déclenche : il entre en dépression (en décroissance, dirait Christine Lagarde) et sa dette pèse de plus en plus lourd.

Aujourd’hui, la dette coûte de plus en plus cher aux pays les plus endettés tandis que leur croissance cale au fur et à mesure que l’effet rattrapage post covid s’estompe.

Deux précisions qui déplairont aux sympathisants de la Nupes (Nouvelle Union des Prédateurs Économiques et Sociaux) :

  • les États aujourd’hui ne remboursent jamais leurs dettes, même en période de croissance, puisque leurs taux d’endettement montent sans jamais baisser. Ils se contentent de la rouler.
  • la dette publique des États mal gérés ne finance pas des investissements, comme on le prétend encore trop souvent, mais des dépenses courantes.

 

Mais tout cela n’est pas bien grave, pensez-vous peut-être. La Banque centrale européenne va prestement nous sortir d’affaire avec son argent magique, ses bazookas monétaires, etc.

Cette fois, ce pourrait-être différent pour 5 raisons :

1. Les taux s’écartent alors que la BCE intervient déjà lourdement et depuis 2015 : taux de court terme fixé à 0 % (le taux directeur) et rachats d’obligations pour faire artificiellement baisser les taux à long terme.

2. Contrairement à la Réserve Fédérale américaine, la BCE n’a pas encore augmenté ses taux directeurs (les taux à court terme) pour contrer l’inflation qui s’établit maintenant à 8,1 % dans l’eurozone. La BCE est plus en retard que la Fed qui est elle-même déjà très en retard.

3. Du coup, l’euro perd de sa valeur face au dollar. Les taux à court terme sont déjà à 1 % aux États-Unis. Même mal rémunérées, avoir des réserves en dollars permet d’acheter du pétrole, du gaz.

4. Puisque l’euro baisse, toute l’énergie que nous importons en payant en dollars se renchérit et alimente l’inflation.

5. Il ne reste plus à la BCE que la création d’argent magique pour continuer à racheter encore plus massivement les obligations souveraines et forcer les taux longs à baisser. Mais c’est inflationniste. Le serpent se mord la queue.

 

Réunion d’urgence de la BCE : le pouvoir des mots risque de ne pas durer

Les grands argentiers de l’euro se sont réunis en urgence le 15 juin. Qu’ont-ils décidé ?

D’abord de faire n’importe quoi avec le fonds PEPP, programme d’achats d’urgence face à la pandémie, le dernier sigle en date pour baptiser la récente vague de création monétaire de 1700 milliards d’euros.

Ce qui donne dans le jargon du communiqué de la BCE :

« Le conseil des gouverneurs a décidé qu’il mettrait en œuvre de manière flexible le réinvestissement des échéances à venir du portefeuille du PEPPdans le but de préserver le fonctionnement du mécanisme de transmission de la politique monétaire. »

Ensuite, d’accélérer la conception d’un nouvel instrument d’anti-fragmentation de l’euro :

« Le Conseil a décidé de mandater les services compétents de l’Eurosystème et les services de la BCE afin d’accélérer la mise au point d’un nouvel instrument anti-fragmentation. »

Ce baratin jargonneux a pour le moment fonctionné : les taux des emprunts à 10 ans ont baissé et les bourses ont rebondi. Toutefois cela risque de n’être qu’un feu de paille.

Les premiers commentaires des médias spécialisés hors zone euro sont pour le moins sceptiques, voire ironiques.

Ils pointent que la BCE n’a même pas entamé la normalisation qu’elle annonçait pour juillet. Elle se voit déjà contrainte d’accélérer sa création monétaire. Tout cela sur fond d’inflation installée et grandissante alors qu’elle considérait le phénomène comme transitoire.

 

Quand la baguette coûtera 120 euros nous serons tous riches

Dans la logique Nupes, tout cela n’a aucune importance. Yaka annuler la dette. Yaka créer des euros qu’on distribue d’abord aux pauvres pour payer allocations, aides sociales, revenu universel, voiture électrique, mobilité douce, tickets alimentaires bio, etc. Yaka attendre que la croissance revienne en travaillant 35 heures, puis 32 heures, puis 30 heures par semaine, en prenant sa retraite à 60 ans. Fokon réduise les inégalités et qu’on baisse la température de Gaïa.

Il n’est pas certain que tous les habitants d’Europe partagent ces fantasmes…

Cette logique est celle de l’Allemagne de Weimar, de la Hongrie de 1946, du Zimbabwe, de l’Argentine et du Venezuela. Elle transforme rapidement l’inflation en hyperinflation. Lorsqu’elle est à l’œuvre, tout le monde peut bientôt jouir d’acheter des produits de base qui coûteront des centaines, puis des milliers, puis des milliards d’euros.

 

La loi du dollar s’imposera à court terme

De l’autre côté de l’Atlantique, la Réserve fédérale poursuit sa politique de resserrement monétaire. Alors que les élections de mi-mandat approchent, sa priorité est la lutte contre l’inflation, très mal encaissée par la population. Donc peu importe les élucubrations anti-fragmentations de la BCE, tant que la Fed tient sa ligne, l’euro va s’affaiblir.

À plus long terme, nous sommes partis pour une crise monétaire mondiale. L’argent magique n’est pas autre chose qu’un surendettement généralisé. Le resserrement monétaire de la Fed débouchera sur une récession et/ou un krach qui seront noyés sous une nouvelle vague de création monétaire.

Comme je l’écris dans mon dernier livre, à la prochaine crise, la confiance, qui est l’unique assise de nos monnaies, sera ruinée.

Notre époque est tristement banale comme le montrent 5000 ans d’Histoire. Nous redécouvrirons un principe multimillénaire : la dette doit avoir une limite. À défaut, on crée une société d’esclaves.

Les inepties des banquiers centraux nous ont conduits à des absurdités telles que les taux négatifs, des investissements ruineux, l’endettement des générations à venir. Or jamais dans l’Histoire une génération n’a accepté de trimer pour éponger le passif financier de la précédente. Même les traités de réparations de guerre portant sur plusieurs générations se sont mal terminés, soit par un défaut soit par une autre guerre.

Mon livre donne des indications pour ceux qui voudraient protéger leur patrimoine de cette future crise monétaire.

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  • Les idéologues qui ont créé l’euro feront TOUT, absolument tout, pour le maintenir
    « quoi qu’il en coûte » comme dirait qqun, « whatever it takes » comme disait Draghi
    même des spoliations généralisées, même la saisie de l’épargne, même une guerre
    L’Europe on nous l’a vendue comme la démocratie, la prospérité et la paix
    Nous aurons le totalitarisme, la dépression et la guerre.

    • Encore un populiste qui nous vend l apocalypse, la fin du monde……..😁😁😁

      -3
      • @Phlh
        Bonjour
        Si jamais un populiste vous énumérait les signes de l’apocalypse et leur occurence, le croiriez-vous ou vous contenteriez-vous de le montrer du doigt en le traitant de populiste ?

        Il y a un adage :  » Se préparer au pire, espérer le meilleur. » Vous vous espérez le meilleur sans penser au pire.

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