L’EnergieWende allemande : un échec total !

La Commission européenne a publié ce 18 mai 2022 une mise à jour de son plan REPowerEU afin de répondre à la crise énergétique en cours depuis octobre 2021. Se retrancher derrière la guerre en Ukraine pour expliquer l’envolée des prix de l’énergie n’est pas élégant. Les causes sont bien plus profondes et étaient attendues depuis des années. 

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L’EnergieWende allemande : un échec total !

Publié le 19 mai 2022
- A +

Par Marc Deffrennes et Samuele Furfari1.

Une politique énergétique équilibrée doit reposer sur trois piliers :

  1. La sécurité de l’approvisionnement.
  2. Une saine économie.
  3. La protection de l’environnement.

 

Cet équilibre est au cœur des actions de weCARE et la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels, à savoir : promouvoir un mix énergétique fiable, abordable et propre pour la durabilité sociétale. Cela va bien au-delà du dogme vert qui pollue le débat européen sur l’énergie depuis deux décennies, l’Allemagne tenant haut le drapeau vert.

Rappelons que c’est la chancelière Angela Merkel qui a imposé l’EnergieWende, un terme qui signifie retournement énergétique, et traduit par la Commission européenne par transition énergétique, un terme d’apparence plus paisible.

En 2005, elle avait demandé une road map à José Manuel Barroso, président de la Commission européenne à l’époque, pour que l’Union européenne (UE) mette en œuvre elle aussi l’EnergieWende. Après le succès de la réunification avec les pays d’Europe centrale et orientale, Barroso avait lui-même besoin d’une feuille de route pour donner du sens à sa Commission. Il s’est donc exécuté en pensant que cela serait une opportunité pour donner un nouveau dynamisme au fédéralisme européen. De là découlent presque toutes les politiques et mesures de l’UE en matière d’énergie.

 

Où en est l’Allemagne (et l’UE) aujourd’hui ?

En ce qui concerne le pilier environnement (propre), la combinaison de deux décennies de promotion et de subvention des sources d’énergie renouvelables intermittentes, avec l’élimination progressive du nucléaire, n’a pas conduit à une réduction des émissions de CO2 proportionnelle à l’effort financier consenti. En effet, la ruée vers les énergies renouvelables a entraîné la ruée inévitable vers le gaz passant de 60 à 94 TWh en vingt années. Échec !

Sur le pilier économique (abordable), les citoyens allemands ont payé 500 milliards d’euros sur 20 ans en subventions pour les sources d’énergie renouvelable. C’est en moyenne 1000 euros par famille et par an. En outre, dans le marché européen de l’électricité, le prix de l’électricité étant fixé par le dernier kilowattheure produit pour satisfaire la demande, c’est le prix du gaz — remplaçant le nucléaire en Allemagne (et bientôt en Belgique) qui fixe le prix de l’électricité. Nous voyons aujourd’hui avec consternation les souffrances sociétales où cette politique a conduit, non seulement pour les citoyens allemands, mais aussi pour ceux d’autres États membres. Le cas de la France est exemplaire : les citoyens doivent payer leur électricité plus que ce qui aurait été le cas si les coûts du nucléaire avaient fixé le prix de l’électricité en France. Échec !

Sur le pilier de la sécurité d’approvisionnement (fiable), le manque de vision et d’anticipation géopolitique de l’Allemagne, poursuivant ses propres intérêts (gazoducs Nord Stream 1 et 2), et construisant sa politique énergétique sur les mythes verts et le gaz russe, a amené le continent européen vers une crise majeure, dont toutes les conséquences restent à anticiper. Échec !

En conclusion, par sa non-durabilité sociétale, l’échec de l’EnergieWende allemande est total. La politique verte à l’allemande n’est pas durable. C’est maintenant prouvé.

Malheureusement, cela ne semble même pas soulever des questionnements dans l’esprit des dirigeants politiques allemands… ni d’ailleurs à la Commission européenne.

En effet, la communication REPowerEU du 18 mai ne mentionne pas une fois la contribution importante nécessaire que l’énergie nucléaire (qui produit un quart de l’électricité de l’UE) doit jouer dans le mix énergétique bas carbone actuel, mais aussi à moyen et long terme… La Commission propose même de renforcer la politique type EnergieWende de promotion de l’hydrogène que l’Allemagne s’apprêtait à importer… de Russie par les gazoducs Nord Stream, Gazprom se vantant d’avoir mis au point un projet de pyrolyse qui permettrait de laisser le carbone en Russie et de vendre du gaz vert aux Allemands.

On aurait espéré que la Commission européenne allait se ressaisir en observant l’échec de sa stratégie comme le révèle la crise actuelle. On aurait attendu qu’elle prenne ses distances une fois pour toutes de l’échec de l’EnergieWende verte et ose réformer l’ensemble du système électrique dans le but de le rendre sociétalement durable. L’électricité est un bien commun qui doit être géré sous le contrôle étroit des pouvoirs publics, responsable du bien-être des citoyens. Tout en reflétant de manière transparente tous les coûts du système, les prix doivent être maîtrisés en optimisant le mix énergétique… dans lequel l’énergie nucléaire doit rester une part importante.

Si l’UE n’est pas en mesure de s’attaquer en profondeur au problème, des États membres développeront des approches nationales, ce qui entraînera un nouveau risque pour la cohésion de l’Union.

  1. Hauts fonctionnaires retraités de la Commission européenne (Direction générale de l’énergie)
    Ingénieurs, Responsables respectivement de weCARE et de la SEII
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  • Avatar
    jacques lemiere
    19 mai 2022 at 7 h 11 min

    « Une politique énergétique équilibrée doit reposer sur trois piliers :

    La sécurité de l’approvisionnement.
    Une saine économie.
    La protection de l’environnement. »

    la sécurité n’est jamais totale, la protection de l’environnement est une farce, et une saine économie est déterminée par quoi???pour un libéral une économie libre donc pas de « politique énergétique »….

    d’autre parleront d’indepednace énergétique nationale de stabilité du réseau..et de prix.. à contrôler..
    la question est s plutôt inverse à mes yeux, compte tenu de l’importance économique évidente de l’énergie, comment empêcher le politique d’y mettre ses grosses pattes?

    mais arrêtez donc avec la protection de l’environnement qui est synonyme de « rien faire ».. !!!

    quand on fait un choix technologique pour produire un truc donné.. , on fait un choix entre deux types de dégradation l’environnement.. longue liste!! .or sauf extraordinaire on ne sait pas dire lequel est « le mieux ».. POURTANT, on fait des choix..car il faut en faire…

    le nucléaire a des atouts.. il convient surtout de réhabiliter le nucleaire « privé ».
    la politique c’est toujours gérard qui favorise robert au detriment d’andré …par la force..
    il n’y a qu ‘un argument collectiviste qui est la « rationalité » des infrastructures.. on va pas créer plusieurs réseaux parallèles.. en fait ,pourquoi pas, si la liberté de choix est à ce prix!!!! et en outre, si collectivisme il ya , ça ne donne pas l’echelle, village canton, région pays UE..
    une cantine est moins chère que les restaurants alentours .. ..mais ce n’est pas pareil!!!

    on ne sait même plus penser un route privée ou un réseau privé..

  • La commission s’occupe surtout de ce qui ne l’a regarde pas. Aucune raison que les états ne décident pas de leur politique énergétique ! C’est trop bizarre de vivre comme en URSS, bruxelles décide de tout quitté à ruiner certains pays pour sa cause. Faut que ça pète !

    • La commission s’arroge ce droit. Son périmètre d’action est le suivant:
      – l’union douanière;
      – les règles de concurrence pour le marché unique;
      – la politique monétaire pour les pays de la zone euro;
      – les accords commerciaux et internationaux (dans certaines circonstances);
      – les plantes et les animaux marins réglementés par la politique commune de la pêche.
      Ursula et la commission outrepassent leurs droits.

  • Une économie énergétique équilibrée reposerait sur le libre-marché et la libre concurrence entre les différentes possibilités pour la production d’énergie. En particulier, il est stupéfiant que les utilisateurs de cette énergie confient à des autocrates bureaucrates détachés des réalités le pouvoir de la classer dans le camp du bien ou celui du mal suivant son origine ! S’ils ne sont pas capables de le faire seuls, comment pourraient-ils être capables de choisir ceux auxquels ils en délèguent la responsabilité ?

  • défaitiste va
    si cela ne marche pas, … ben c’est que l’on a pas assez essayé
    ce qu’il se passe est extraordinaire, hallucinant,
    notre société est sure, bien nourrie, éduquée, n’a jamais bénéficié d’autant de confort, de possibilités, et en courbant l’échine devant une secte malfaisante,(la sortie de la fatima du climat devant un parterre d' »élites » était stupéfiante) nous allons littéralement « flinguer » toutes ces avancées que des générations ont bati durement.
    parfois je me demande:est-ce que par hasard ces gens ne seraient pas des extra terrestres envoyés d’une galaxie hostile, car je ne parviens pas à trouver une explication plausible à tant d’aveuglement imbécile

    • Avatar
      jacques lemiere
      21 mai 2022 at 8 h 20 min

      c’est une vraie question…
      cela tient sans doute à la psychologie humaine, mais aussi à un vice dans le système éducatif…
      si vous parlez à une personne avec des convictions vertes, vous constatez d’unepart qu’il n’y connait RIEN mais cela ne l’empeche nullement de penser savoir discerner mieux que vous qui « sait »…

      On a inculqué aux » lettrés  » que la science est affaire d’une caste de gens aux propriétés particulières..un peu comme ..la croyance aux modèles..

      et on a des complices « scientifiques »…

      posez vous la question pourquoi aucun scientifique de renom ne vient dans les médias pour protester contre la folie de « croire les scientifiques » mais pour affirmer que le scepticisme est la base de la méthode scientifique, on est obligé de ressortir Feynman…

      au passage la notion de conflit d’interet ne concerne pas l’argent public… souvent acceptable mais FUNESTE quand les politiques demandent l(avis des scientifiques!!!

      et le principe de précaution……

      • Avatar
        jacques lemiere
        21 mai 2022 at 8 h 29 min

        au lieu de mettre de gardes fous dans la loi et les textes , on amis en place des mécanismes qui amplifient les problèmes..
        un scientifiques public ne doit pas se prononcer ‘professionnellement » sur une politique publique dont son salaire dépend!!!!! en premier lieu les budgets de recherches.

        je me souviens des propos d’un physicien du cern (rubbia je crois ) qui disait que le chercheur doit avoir un statut ( revenu et carrière) stable…

  • « L’électricité est un bien commun qui doit être géré sous le contrôle étroit des pouvoirs publics, responsable du bien-être des citoyens ».
    Je suis tolérant mais j’ai des limites. Le pouvoir public n’est pas responsable de mon bien être, et l’électricité n’est pas un « bien commun ». On paye (pour l’instant, à peu près) proportionnellement à la consommation. Quant à ceux en site isolé, vous allez les soumettre au bien commun? (par une petite taxe dans la figure, une expropriation?)

    • Disons que à notre époque c’est compliqué de vivre sans électricité. On peut donc admettre qu’il y ait une péréquation. et que l’état y fourre non nez .

      La raison de la berezina actuelle ne viens pas de ça. La raison c’est que ce n’est plus des polytechniciens ou des ingénieurs du corps des mines compétant qui prennent les décisions et choisissent les orientations mais des ingenieurs incompétants mis aux commandes par une classe politique dégénérée .

      • A notre époque (comme les précédentes), il est compliqué de vivre sans manger. On doit donc admettre qu’il y ait péréquation, et que la PAC est justifiée…
        Non, l’argument justifiant l’intervention de l’état est que le réseau électrique a intérêt à être centralisé. J’ai bien dit le réseau, pas la production. On pourrait aussi défendre qu’il s’agit d’un secteur stratégique pour la défense.
        Mais si c’était vrai, on en déduit que le réseau devrait être surdimensionné et que des systèmes de production d’urgence devraient exister. C’est loin d’être le cas. Le système électrique est issu d’une suite de nationalisations et de centralisations, avec un seul objectif: le contrôle et le pouvoir. Il y a eu des gens de bonne volonté qui ont fait marcher le truc, mais comme tout le reste, ils partent car les nuls sont plus efficaces politiquement et sont donc sélectionnés.
        L’électricité en France est gérée comme la SNCF. Elle va, de même, au désastre.

        • Avatar
          jacques lemiere
          21 mai 2022 at 8 h 33 min

          oui on doit admettre non pas que c’est bien, mais que l’etat ne résistera pas…car c’est trop tentant!!!

          et l'(état peut expliquer au rural que sans lui il paierait l’electricté plus cher..en oubliant d’une part de dire aux urbains qu’ils payent..pour les ruraux..et aux ruraux qu’ils les ont incités à accepter une situation de dépendance…

  • Encore elle, toujours elle, celle qui représente si mal et condamne l’UE par ses décisions et celles qu’elle appuie.
    Dehors!

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