Les contorsions des écologistes pour leur politique énergétique

Avec la guerre en Ukraine, la politique énergétique voulue par les écologistes est de plus en plus difficile à tenir.

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Place de la Gare by Réseau Sortir du nucléaire- Photo Nouara Aci-Scalabre (CC BY 2.0)

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Les contorsions des écologistes pour leur politique énergétique

Publié le 2 avril 2022
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Par Jean-Pierre Schaeken Willemaers.

Les verts en Belgique et, en particulier le parti Ecolo, accumulent contradictions et contrevérités. Leurs discours sont de plus en plus liberticides.

Les discours liberticides des écologistes

Parmi d’autres thuriféraires du parti, Georges Gilkinet en est une illustration patente, lorsqu’il  affirme :

« Il est raisonnable de fermer 5 réacteurs nucléaires sur sept. À la fin de la législature, il y aura davantage de renouvelable que de nucléaire dans le mix électrique. Notre objectif n’a jamais été de fermer l’ensemble du parc nucléaire, mais d’arriver un jour à 100 % d’énergies renouvelables ».

Comment peut-il nous faire croire de telles fariboles. Le parti Ecolo a été créé pour combattre le nucléaire civil et il continue de le faire. 

Quand il se résout à dévier de sa doxa, comme ce fut le cas en mars 2022, il s’empresse d’imposer des compensations de nature à rendre plus complexe la réalisation de leur concession. Il a réussi à inclure dans l’accord gouvernemental du 18 mars une clause selon laquelle l’exploitation des deux réacteurs prolongés, ne pourra en aucun cas empêcher la fourniture d’électricité éolienne ou photovoltaïque notamment en cas de production très élevée (les jours très venteux et particulièrement ensoleillés). Une telle exigence est une nouvelle manifestation de sa politique idéologique antinucléaire, car il devrait savoir que nos réacteurs ne sont pas conçus pour augmenter ou diminuer rapidement leur production. « Une chose est certaine, ces deux réacteurs ne seront jamais aussi flexibles qu’une centrale à gaz ». La flexibilité de Doel 4 et Tihange 3 est très limitée tant en termes de durée que de  grandeur et de fréquence de variations.

Jean-Marc Nollet, co-Président du parti, tient des propos plus explicites en parlant de « la fixation d’un calendrier final de la sortie du nucléaire », un des trois piliers du « grand accord » que Ecolo appelle de ses voeux. Par ailleurs, affirmer que le renouvelable l’emportera sur le nucléaire d’ici la fin de la législature, comme il le proclame dans l’article publié par Belga, est une lapalissade puisqu’il fait tout pour qu’il en soit ainsi en forçant la sortie la plus rapide possible du nucléaire. Il ne lésine pas sur les moyens pour y arriver : discours fallacieux sur le manque de sûreté de la génération d’électricité nucléaire (de loin la plus contrôlée par rapport à toutes les autres) et sur le manque de protections mises en œuvre pour l’entreposage et le stockage de ses déchets, etc.

En revanche, il est plus discret sur le besoin impératif d’électricité pilotable thermique et sur les émissions de GES qui en résultent, une contradiction dont il ne se soucie guère, puisque de son point de vue, cela permet d’équilibrer le système électrique sans nucléaire, son principal objectif. Le prétexte de l’invasion de l’Ukraine par les Russes n’est qu’un subterfuge pour sauver la face. 

Les effets négatifs de la politique énergétique des écologistes

En juin 2021, Elia avait déjà estimé qu’en cas de sortie totale du nucléaire, il fallait prévoir des capacités de production pilotables supplémentaires de 3,6 GW. À la suite des appels d’offres de mi 2021 portant sur la capacité thermique requise pour compenser la fermeture de tous les réacteurs, l’offre d’Engie, proposant deux centrales à gaz totalisant 1,6 GW, fut retenue. 

Dans l’accord gouvernemental du 18 mars 2022, incluant la prolongation de deux unités nucléaires, la capacité de nouvelles centrales à gaz n’a pas changé. Les écologistes se sont-ils enfin rendus à l’évidence que la puissance thermique qu’ils avaient défendue en 2021 n’était pas suffisante et que l’apport nucléaire précité est indispensable, quelles que soient les considérations géopolitiques ?

Quoiqu’il en soit, 1,6 GW de capacité thermique nouvelle ne suffit pas à assurer la sécurité d’approvisionnement électrique sans importations très élevées d’électricité, ce qui, soit dit en passant, déroge à la volonté d’indépendance énergétique et se révèlera extrêmement compliqué (voir ci-dessous). 

Mais est-ce que l’UE pourra sécuriser ses importations de gaz (dont le prix ne cesse de croître) et se libérer de la dépendance de la Russie ? La récente proposition du président Biden d’y contribuer est négligeable vu qu’il s’agit de seulement 10 % des importations européennes  de gaz

Très peu de pays sont actuellement capables d’exporter des quantités importantes de gaz, étant eux-mêmes à la limite de leur capacité d’exportation. Si l’importation de ces gros volumes était malgré tout réalisable, et puisqu’il s’agit de gaz liquéfié (GNL), il faudrait que l’UE construise des terminaux gaziers supplémentaires.

L’UE, et principalement l’Ouest européen, s’est tellement focalisée sur la politique climatique (sauf pendant la période covid durant laquelle la santé a prévalu sur n’importe quelle autre considération) qu’elle a négligé d’investir dans les moyens à mettre en œuvre pour garder sa place dans le monde alors que la Chine et la Russie se sont employées à accroître leur puissance. 

Ainsi, durant ces dernières décennies, la plupart des États membres ont diminué leur budget consacré à la défense contrairement aux deux pays précités qui ont augmenté de manière considérable leur puissance militaire. Il a fallu ce conflit majeur pour que les pays de l’Europe de l’Ouest prennent conscience de leur faiblesse (affectant la crédibilité  de l’Union européenne en tant que grande puissance) et décident d’augmenter progressivement leurs dépenses militaires.

Qui l’emportera dans ce bras de fer entre l’UE et la Russie et à quelle échéance ? 

Dans les négociations en cours avec cette dernière, il nous faut garder à l’esprit que nous avons besoin de ses fournitures non seulement pour notre approvisionnement en gaz, en pétrole et en minerais mais également en denrées alimentaires1, que les Ukrainiens continuent de souffrir et que la résilience du peuple russe est beaucoup plus élevée que celle des Occidentaux.

En ce qui concerne la production alimentaire, le programme Farm to Fork de la Commission européenne est particulièrement mal venu en période de pénuries et d’explosion des prix. Il consiste, entre autres, à consacrer 20 % des terres agricoles à l’agriculture biologique, avec ses rendements dérisoires, à imposer la mise en jachère de 10 % de toutes les terres agricoles et à réduire fortement l’usage d’engrais permettant de hauts rendements à l’hectare.

Si la stratégie Farm to Fork restait circonscrite à l’UE, cette dernière verrait sa production chuter de 12%, ses prix augmenter de 17 %, le chiffre d’affaires de ses agriculteurs diminuer de 16 % et ses exportations s’effondrer de 20 %.

Le président Biden a beau jeu d’inciter l’UE à renforcer davantage les sanctions contre la Russie et de les étendre à toutes les importations provenant de ce pays. Qui en subira les conséquences les plus désastreuses ? Jusqu’où les Européens sont-ils prêts à s’appauvrir (explosion des prix des carburants et de la nourriture, diminution du pouvoir d’achat, restrictions autoritaires diverses affectant leur mode de vie,  pertes d’emplois, etc.) pour faire céder monsieur Poutine ? 

 

 

  1. « Economic food security impacts of agriculture input reduction under the EU green deal’s farm to fork and biodiversity strategy », Jayson Beckman et al., United States department of agriculture, November 2020.
Voir les commentaires (7)

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  • Il n’et pas étonnant que les écologistes en soient réduits à leurs contorsions liées à leurs contradictions.
    Leur doctrine écologiste n’est pas vraiment aboutie, car elle n’a été imaginée que pour justifier leur collectivisme d’origine.

  • Avatar
    jacques lemiere
    2 avril 2022 at 8 h 40 min

    marché libre de l’énergie..quitte à avoir plusieurs réseaux de distribution ( la liberté a un cout!)

    on verrait qui est prêt à payer pour une électricité 100% éolienne solaire… mais o, verrait aussi apparaitre quelques problèmes liés au nuc.. NIMBY..

    je n’ai rien contre les végans..j’ai un problème quand on essaye d’imposer à tous un régime alimentaire…

    je n’ai rien contre les covidophobe.. j’ai un problème quand on essaie de suis contraint à participer.

    mais surtout je réfute l’argument que faire baisser le cout de l’electricité via ce qui est une collectivisation de fait doit être accepté…

  • Dire que tout cela part de l’hypothèse encore indémontrée que les activités humaines influent sur le climat ! Et allez expliquer aux Chinois, Hindous et Africains, que leurs enfants devront se passer de bagnoles, de frigos, de climatiseurs et d’hôpitaux, pour « sauver la planète »…

  • Il est normal que des gens convaincus défendent leur beefsteak. C’est la règle du jeux de la politique de pratiquer la mauvaise foi. (« Taisez vous Elkabbach » – proférait Marchais comme argument politique).

    Il est fatal que le maintien de ces positions au delà du vraisemblable accule les sophistes dans leur retranchements. Déjà malmené par le Covid, les écolos sont aux abois : « Et mon réchauffement ! », « Et mes EnR », « Et mon bio » !

    Il est beaucoup moins normal qu’une élite auto-proclamée journalistique diffuse ces propos sans aucun commentaire en faisant semblant de ne pas voir de problème.

    Quant à la logique des démocrates américains pro-écologie qui punissent l’Allemagne pour les conséquences de sa politique écologiste en imposant la fermeture d’un gazoduc … La cohérence est leur problème, l’adulation des c.a.r; à roulettes américains par la presse (alors qu’on a les mêmes à la maison) me laisse rêveur.

  • L’Europe ne sera jamais une grande puissance:
    – on ne peut être crédible comme puissance en allant se réfugier dans les jupes américaines sans pouvoir se défendre seul
    – on peut être crédible alors que l’on ne dispose de quasiment aucune matière première sur son propre sol et que l’on a besoin du bon vouloir des producteurs
    La première barrière peut être éliminée sans accroissement du budget mais en l’utilisant beaucoup mieux mais la seconde est rédhibitoire

    • La chine ne dispose pas sur son sol de matières premières suffisantes pour son économie. Elle est obligée de s approvisionner res largement à l extérieur ce qui ne remet pas en cause son statut de 2ème puissance économique en plein boom…..Elle a su constituer un réseau en Afrique, en Amérique latine……extrêmement performant….

  • @Jean-Pierre Schaeken Willemaers.
    «  » » » » »Avec la guerre en Ukraine, la politique énergétique voulue par les écologistes est de plus en plus difficile à tenir. » » » » » »
    A mon avis ils ont gagné une première bataille qui se terminera par l’effondrement de l’Union Européenne ; maintenant il va falloir qu’ils agrandissent leur rayon d’action et qu’ils s’attaquent à la Chine ; il faudrait que Yannick Jador s’installe à Pékin

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