Les quatre modèles mentaux qui plombent l’écologie politique

Le déclin institutionnel est souvent le résultat d’un blocage produit par l’enfermement dans des modèles mentaux obsolètes ou non pertinents, qui rend difficile voire impossible de tirer parti de la réalité changeante.

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Les quatre modèles mentaux qui plombent l’écologie politique

Publié le 6 mai 2022
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L’échec d’une institution – entreprise, État, organisation, parti politique – a généralement de nombreuses causes, mais la principale d’entre elles est souvent l’enfermement dans des modèles mentaux contre-productifs. Le récent échec des écologistes à l’élection présidentielle en est un bon exemple, dont d’utiles leçons peuvent être tirées au-delà du seul champ politique.

Même s’il était finalement attendu, le score de 4,63 % obtenu par son candidat Yannick Jadot représente une cruelle déception pour le camp écologiste. Mais il est surtout en lui-même très étonnant. Comment peut-on obtenir un score aussi faible alors qu’une grande majorité des Français se disent sensibles à la cause écologiste ? Au-delà de la question purement politique (choix du candidat, conduite de la campagne, etc.) ce résultat suggère une déconnexion entre un collectif (une institution) et la réalité qui l’entoure. Cette déconnexion est un marqueur traditionnel de déclin organisationnel. Comment s’explique-t-il ?

Déclin organisationnel : le rôle des modèles mentaux

Un collectif se constitue autour d’un certain nombre de croyances profondes appelées modèles mentaux. Ces croyances déterminent son identité et constituent la base de son action.

Kodak croit qu’une photo, c’est quelque chose qui existe sur du papier, et investit donc des milliards dans le développement d’une activité d’imprimantes photos pour la famille. Mais ces croyances peuvent aussi représenter un enfermement lorsque la réalité évolue. Au début des années 2000, les particuliers cessent d’imprimer les photos et les regardent désormais sur écran. Les investissements de Kodak sont donc faits en pure perte, et la firme fera faillite peu après. Lorsqu’on cherche à comprendre le déclin d’un collectif quel qu’il soit, il est donc important d’examiner ses modèles mentaux, car cela pointe vers des causes d’enfermement possibles.

Si l’on tente l’exercice sur le mouvement écologiste (avec un œil organisationnel plus que politique, et donc avec les limites de l’exercice), on peut identifier quatre modèles mentaux candidats à ce type d’examen.

Premier modèle : l’écologie, c’est forcément à gauche

On l’oublie, mais la sensibilité à la nature et l’hostilité à la révolution industrielle n’ont jamais été exclusivement de gauche (cf le mouvement romantique allemand par exemple). Autrement dit, la sensibilité écologique se trouve aussi bien à gauche qu’à droite. La question écologique est de celles qui ne se conforment pas au cadre (modèle mental) divisant le pays entre droite et gauche. Elle est transverse.

En ancrant l’écologie à gauche, et plutôt dans une gauche dure, la traduction politique du mouvement se coupe mécaniquement d’une partie de ses électeurs potentiels. Dans le langage de l’innovation de rupture, l’écologie se coule dans le modèle existant (droite/gauche) et se prive ainsi de son côté disruptif.

Deuxième modèle : la science est l’ennemi de l’écologie

Bien que le mouvement soit une nébuleuse dont les positions restent diverses, nombre d’acteurs importants arborent des positions anti-scientifiques ou anti-progrès en général sur des sujets comme la vaccination, les OGM, ou encore la 5G. Ces positions qui ne sont pas majoritaires mais néanmoins fortement présentes traduisent une façon de concevoir l’écologie comme un retour à un idéal pastoral « d’avant » la révolution industrielle, bien que celui-ci n’ait jamais existé.

Un modèle alternatif serait d’accepter qu’une large part des solutions aux problèmes actuels réside au contraire dans le progrès scientifique, ou à tout le moins que certaines questions sont complexes. Par exemple, le fait que les OGM tant décriés sont souvent la meilleure façon d’éviter les pesticides, eux aussi décriés.

Troisième modèle : le capitalisme est l’ennemi de l’écologie

Très lié au point précédent, une large partie de l’écologie politique semble penser que la solution aux problèmes de l’environnement réside dans moins, et non plus, de capitalisme, et que plus généralement ces problèmes prennent leur source dans le capitalisme lui-même. D’où l’idée de décroissance. C’est oublier que les catastrophes écologiques pré-datent le capitalisme, et qu’elles se sont produites aussi dans des régimes non capitalistes. Un modèle mental alternatif serait d’admettre que ces problèmes sont liés à l’activité humaine mal contrôlée, ce qui permettrait d’envisager l’idée qu’un système démocratique, libéral et capitaliste comme le nôtre est mieux placé pour les résoudre, tant par l’action politique que par l’innovation qui en constitue le cœur, que des pays hostiles au capitalisme.

Quatrième modèle : l’écologie est une idéologie universelle

Partie d’une problématique relativement spécifique, protéger l’environnement menacé, l’écologie s’est transformée en une force politique qui prétend avoir une position sur tous les sujets. Les écologistes emploient désormais une expression comme « justice sociale et environnementale », associant le social à l’environnement, prennent position sur les questions de diversité et d’inclusion, voire sur les questions internationales comme le conflit au Moyen-Orient, alors que ces questions n’ont aucune dimension écologique.

Ce faisant, l’écologie s’aventure au-delà de son domaine de pertinence, et prend deux risques : le premier, celui de diviser ses troupes, et le second de rebuter encore plus ceux qui sont sensibles à l’écologie mais qui ne se reconnaissent pas dans ces combats sans lien avec cette question. En substance, le mouvement est victime du « qui trop embrasse mal étreint ».

Le blocage des modèles mentaux

Ce qu’illustre cet exemple tiré du monde politique, c’est que le déclin institutionnel est souvent le résultat d’un blocage produit par l’enfermement dans des modèles mentaux obsolètes ou non pertinents, qui rend difficile voire impossible de tirer parti de la réalité changeante. L’institution se coupe d’une réalité qu’elle perçoit de moins en moins clairement.

Le paradoxe est que lorsque les premiers signes d’un tel déclin apparaissent, la tentation est de renforcer ces modèles. C’est le fameux « il faut travailler plus dur » de la Ferme des animaux, qui tend à renforcer les positions extrêmes, ce qui accentue le déclin.

Au contraire, le renouveau institutionnel nécessite une exposition et un examen lucides de ses modèles. Ce n’est pas facile, car cela nécessite une remise en question profonde de sa propre identité collective. L’histoire est pleine de ces institutions qui n’ont pas voulu, pas su, ou pas pu, procéder à cet exercice, et qui ont disparu plus ou moins rapidement. À l’heure de l’incertitude et des ruptures du monde, il est pourtant devenu indispensable.

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  • Avatar
    jacques lemiere
    6 mai 2022 at 7 h 08 min

    l’ecologie est un antihumanisme une idéologie arbitraire à prétexte environnemental.
    vous avez la récurrente affirmation chez les écologistes..de la surpopulation plus la notion de destructeurs de l’environnement..

    l’écologiste se pose en juge..mais il commet le même crime que ses accusés!!!

    oui « mais moi c’est pas pareil »…

    l’écologisme ne peut être que une opposition, citez moi une mesure politique écologiste qui serait acceptable;.. je ne vois que prendre l’argent des riches pour en donner une partie au pauvres car environnement..

    un écologiste en france veut de l’argent pour faire le pauvre!!!!

    arrêtez de penser qu’il existerait un écologisme quelque part qui serait non arbitraire..!!! vous défendez ces monstres.

    nous avons presque tous un avis différent sur ce que serait un environnement « optimal »..!!!!

    combien éléphants à conserver? de loups? où ça?

    Pour chaque déchet produits par notre activité quel niveau accpetable???

    un écologiste veut « lutter contre la pollution », moi je regarde les effets de la pollution. une longue liste, .je les évalue, je regarde qui cela impacte..qui en profite… et on discute et on tranche…

    au passage … on peut noter la complicité de certains scientifiques qui prétendent…qu’il existe une façon objective de trouver un optimum et qui appellent à criminaliser la simple critique…

    non l’ecolgisme est similaire à la gastronomie…

    le gastronome est une personne qui sait ce qui est bon…même pour les autres!!!!!

    • Avatar
      jacques lemiere
      6 mai 2022 at 7 h 29 min

      avec le communisme c’est le parti qui décidait de tout… après épuration des autres communistes…dans l’interet du peuple..

      ce sera les écologistes… jadot ou rousseau? dans l’interet de » l’environnement.. » et on ne sait as trop ce que ça veut dire…

      • Avatar
        jacques lemiere
        6 mai 2022 at 7 h 40 min

        VOUS illustrez la victoire de l’ecologisme..

        penser qu’il existe un écologisme qui ne serait pas arbitraire … et raisonnable… un environnement…

        non….l »environnement résulte de la somme des choix individuels de chacun…
        et donc, si vous fixez abritrairement un environnement vous devez limiter les libertés des gens…
        par exemple et en premier.. fin de la propriété privée…
        vous achetez un terrain, vous payez des impots associés , pour payer un fonctionnaire qui vient vous dire ce que vous pouvez faire ou ne pas faire… jusque l’absurdie…

        l’écologiste c’est jean pierre coffe qui vient vous dire que ce que vous aimez c’est de la merde.. et ça marche…

  • bonjour, il me semble qu’il y a un cinquième modèle : en France nous sommes toujours les meilleurs…..
    Les belges se moquent à raison de notre emblème et de nous : le coq, les pattes dans le fumier en chantant cocorico…
    En tous cas nos « élites » ne savent raisonner que sur des règlements et n’ont plus d’idées depuis longtemps, elles espèrent que l’écologie pourra leur apporter des « idées » nouvelles.

  • Avatar
    Hyacinthe Herve
    6 mai 2022 at 12 h 52 min

    A chaque fois qu’on emprunte, on fait de la création monetaire. Pour rembourser une dette et détruire la monnaie ainsi créée, il faut rembourser avec les intérêts : donc il faudra être plus nombreux ou produire plus.
    Bref des gauchistes qui agrandissent la dette en utilisant de la monnaie FIAT tout en parlant d’écologie sont des abrutis ou des fous.
    Un capitalisme pur et dur utilisant une monnaie basée sur une ressource naturelle… voilà la vraie écologie 😎

    • Avatar
      Hyacinthe Herve
      6 mai 2022 at 12 h 54 min

      Pour en rajouter une louche, ça n’a jamais dérangé un écolo qu’on crée plus de monnaie que ce qu’on peut acheter avec… pendant qu’ils nous les cassent avec le jour du dépassement : un gros LOL

  • « Un modèle mental alternatif serait d’admettre que ces problèmes sont liés à l’activité humaine mal contrôlée, ce qui permettrait d’envisager l’idée qu’un système démocratique, libéral et capitaliste comme le nôtre est mieux placé pour les résoudre, tant par l’action politique que par l’innovation qui en constitue le cœur, que des pays hostiles au capitalisme. »

    L’activité humaine mal contrôlée n’a rien à voir avec le capitalisme.
    Par contre, système libéral et action politique……

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