Présidentielles 2022 : la menace populiste

Le populisme ne représentait que 20 % des suffrages il y a un demi-siècle. Nous en sommes à 60 % en 2022. La démocratie est en danger.

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Présidentielles 2022 : la menace populiste

Publié le 26 avril 2022
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L’irrésistible montée du populisme vient encore d’être mise en évidence par les résultats de l’élection présidentielle française. Certes la coalition des mécontentements n’a pas conquis le pouvoir, mais elle s’en rapproche. L’avenir est donc périlleux. La foule reste mécontente, mais la foule n’est pas le peuple. Voilà bien l’essence du populisme qui, malgré l’étymologie, s’adresse à la foule en colère pour lui promettre ce qu’elle désire, sans le moindre souci de faisabilité.

 

L’irrésistible montée du populisme

Il suffit de rassembler dans un tableau les résultats du premier tour de l’élection présidentielle depuis 1965 pour faire apparaître très simplement la montée du populisme. Pour mettre en évidence le phénomène, un regroupement binaire, donc un peu simpliste sans aucun doute, est intéressant. Les candidats à la présidentielle ont donc été classés en « démocrates » et « autres » dans le tableau ci-après.

Les critères utilisés sont les suivants :

– la remise en cause de l’économie de marché, considérée comme une base nécessaire de la démocratie libérale (communistes, trotskystes, radicaux de gauche exclus du camp démocratique) ;

– le nationalisme comme priorité, car il conduit au protectionnisme et à l’affrontement avec les autres États-nations, entraînant en général un autoritarisme politique (extrême droite et opposants à l’Union européenne exclus du camp démocratique)

 

Élections présidentielles premier tour
(résultats par rapport aux suffrages exprimés, abstentions par rapports aux inscrits)

Année Démocrates Autres Abstentions
1965 94,80 %

Charles de Gaulle 44,65 %, François Mitterrand 31,72 %
Jean Lecanuet 15,57 %, Pierre Marcilhacy 1,71 %
Marcel Barbu 1,15 %

5,20 %

Jean-Louis Tixier-Vignancour 5,20 %

15,25 %
1969 77,67 %

Georges Pompidou 44,47 %, Alain Poher 23,31 %
Gaston Defferre 5,01 %, Michel Rocard 3,61 %
Louis Ducatel 1,27 %

22,33 %

Jacques Duclos 21,27 %, Alain Krivine 1,06 %

22,41 %
1974 96,38%

François Mitterrand 43,25%, Valéry Giscard d’Estaing 32,60%,
Jacques Chaban-Delmas 15,11%, Jean Royer 3,17%,
René Dumont 1,32%, Émile Muller 0,69%,
Jean-Claude Sebag 0,16%, Guy Héraud 0,08%

3,62%

Arlette Laguillier  2,33 %, Alain Krivine 0,37 %
Jean-Marie Le Pen  0,75 %, Bertrand Renouvin  0,17 %

15,77 %
1981 82,36 %

Valéry Giscard d’Estaing 28,32 %, François Mitterrand 25,85 %,
Jacques Chirac 18,00 %, Brice Lalonde 3,88 %,
Michel Crépeau 2,21 %, Michel Debré 1,66 %,
Marie-France Garaud 1,33 %, Huguette Bouchardeau 1,11 %

17,65 %

Georges Marchais 15,35 %, Arlette Laguiller 2,30 %

18,91 %
1988 76,47 %

François Mitterrand 34,10 %, Jacques Chirac 19,94 %
Raymond Barre 16,55 %, Antoine Waechter 3,78 %
Pierre Juquin 2,10 %

23,52 %

Jean-Marie Le Pen 14,39 %, André Lajoinie 6,76 %
Arlette Laguiller 1,99 %, Pierre Boussel 0,38 %

18,62 %
1995 71,06 %

Lionel Jospin 23,30 %, Jacques Chirac 20,84 %
Édouard Balladur 18,58 %, Philippe de Villiers 4,74 %
Dominique Voynet 3,32 %, Jacques Cheminade 0,28 %

28,94 %

Jean-Marie Le Pen 15,00 %, Robert Hue 8,64 %,
Arlette Laguiller 5,30 %

21,62 %
2002 67,01 %

Jacques Chirac 19,88 %, Lionel Jospin 16,18 %
François Bayrou 6,84 %, Jean-Pierre Chevènement 5,33 %
Noël Mamère 5,25 %, Jean Saint-Josse 4,23 %
Alain Madelin 3,91 %, Christiane Taubira 2,32 %
Corinne Lepage 1,88 %, Christine Boutin 1,19 %

33,01 %

Jean-Marie Le Pen 16,86 %, Arlette Laguiller 5,72 %
Olivier Besancenot 4,25 %, Robert Hue 3,37 %,
Bruno Mégret 2,34 %, Daniel Gluckstein 0,47 %

28,40 %
2007 79,66 %

Nicolas Sarkozy 31,18 %, Ségolène Royal 25,87 %
François Bayrou 18,57 %, Dominique Voynet 1,57 %
José Bové 1,32 %, Frédéric Nihous 1,15 %

20,35 %

Jean-Marie Le Pen 10,44 %, Olivier Besancenot 4,08 %
Philippe de Villiers 2,23 %, Marie-George Buffet 1,93 %
Arlette Laguiller 1,33 %, Gérard Schivardi 0,34 %

16,23 %
2012 67,50 %

François Hollande 28,63 %, Nicolas Sarkozy 27,18 %
François Bayrou 9,13 %, Eva Joly 2,31 %
Jacques Cheminade 0,25 %

32,50 %

Marine Le Pen 17,90 %, Jean-Luc Mélenchon 11,10 %
Nicolas Dupont-Aignan 1,79 %, Philippe Poutou 1,15 %
Nathalie Arthaud 0,56 %

20,52 %
2017 51,77 %

Emmanuel Macron 24,01 %, François Fillon 20,01 %
Benoît Hamon 6,36 %, Jean Lassalle 1,21 %
Jacques Cheminade 0,18 %

48,23%

Marine Le Pen 21,30 %, Jean-Luc Mélenchon 19,58 %
Nicolas Dupont-Aignan 4,70 %, Philippe Poutou 1,09 %
François Asselineau 0,92 %, Nathalie Arthaud 0,64 %

22,23 %
2022 42,14 %

Emmanuel Macron 27,85 %, Valérie Pécresse 4,78 %
Yannick Jadot 4,63 %, Jean Lassalle 3,13 %
Anne Hidalgo 1,75 %,

57,84 %

Marine Le Pen 23,15 %, Jean-Luc Mélenchon 21,95 %
Éric Zemmour 7,07 %, Fabien Roussel 2,28 %
Nicolas Dupont-Aignan 2,06 %, Philippe Poutou 0,77 %
Nathalie Arthaud 0,56 %

26,31 %

 

Les non-démocrates ou populistes : de 20% en 1965 à 60 % en 2022

Les élections de 1965 et 1974 constituent des cas particuliers car le Parti communiste n’avait pas présenté de candidats et avait appelé à voter pour François Mitterrand. Il en résulte un score faible pour les non-démocrates (5,20 % et 3,62 %). Il convient de ne pas tenir compte de ces chiffres pour apprécier l’évolution. Au début de la Cinquième République, l’étiage des non-démocrates se situe donc autour de 20 %.

Les années 1980-1990 voient la chute du Parti communiste et la montée du Front national. Au début du XXIe siècle, les non-démocrates parviennent à environ 30 % des suffrages exprimés. La stratégie de Nicolas Sarkozy en 2007 (attirer des électeurs lepénistes) amène une régression provisoire des non- démocrates, qui reviennent à 20 %.

Mais leur ascension est ensuite fulgurante : 32 %, 48 % et enfin 58 % des suffrages exprimés. Il s’agit bien depuis 2012 d’une explosion du populisme, caractérisé par des propositions démagogiques largement inapplicables, celles d’Éric Zemmour, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon en particulier.

Il faut ajouter à ces pourcentages une partie des abstentionnistes. Depuis bien longtemps, certains se désintéressent de la politique et choisissent la pêche à la ligne le jour du scrutin. Mais de nos jours, nombreux sont ceux qui manifestent par l’abstention leur volonté de ne pas choisir. Ils refusent le compromis démocratique et sont donc sous l’emprise d’un refus plutôt émotionnel du processus électoral. Cette protestation assez infantile (« je ne joue plus ») devrait interroger sur le déficit criant d’éducation civique dans les démocraties et par suite sur l’incapacité d’une fraction croissante de la population à se protéger contre la pseudo-information circulant sur les réseaux sociaux.

En ajoutant ces abstentionnistes protestataires aux suffrages exprimés des non-démocrates, certains politologues font monter aux alentours de 70 % du corps électoral le camp du populisme en 2022.

 

Populisme : le peuple et la foule

Les populistes cherchent à exploiter les insatisfactions des citoyens pour conquérir le pouvoir. Ils n’ont aucun souci de cohérence programmatique ni d’applicabilité de leurs propositions. La raison ne joue presque aucun rôle dans le choix d’un candidat populiste. Les affects sont déterminants. Le charisme du leader joue un rôle important, mais il faut aussi que celui-ci aille à la rencontre des préoccupations quotidiennes de la population : pouvoir d’achat, insécurité, immigration incontrôlée.

Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Éric Zemmour parviennent ainsi à constituer un électorat hétéroclite d’opposants au pouvoir. L’opposition ne concerne pas seulement la politique mais aussi les institutions : promesses de VIe République, de référendum d’initiative citoyenne, ou encore de bouleversement complet de l’Union européenne. Le public concerné est d’autant plus réceptif qu’il se recrute dans ce qu’un politologue a appelé le « bloc populaire », comportant principalement des personnes de niveau culturel faible. Le « bloc élitaire », lui, reste attaché à la démocratie représentative.

C’est donc à la foule en colère, et non au peuple, que s’adressent les leaders populistes en agrégeant savamment les mécontentements. Dans une démocratie, le peuple c’est autre chose : l’ensemble des citoyens s’exprimant par la voie de représentants élus au suffrage universel pour un temps limité. Le peuple ayant élu ses représentants, il doit accepter leurs décisions. Il ne peut se soulever contre eux que s’ils outrepassent les pouvoirs que leur attribue le droit.

 

Vers l’autocratie ?

La démocratie déclinante n’est plus un gentlemen’s agreement à durée déterminée mais une bataille de chiffonniers. Le peuple a perdu le goût subtil de la liberté, qui n’est pas l’anarchie, et se bat pour quelques avantages matériels supplémentaires accordés par l’État. Les élites des démocraties ont une responsabilité écrasante dans ce recul éthique. En promettant toujours plus d’égalité économique, en portant les dépenses publiques à des niveaux très élevés, elles ont suscité la convoitise et le ressentiment. Le beau mot de solidarité est devenu synonyme d’égoïsme sordide. Les avantages financiers revendiqués sont considérés comme un dû. La justice sociale consiste à faire payer l’État, c’est-à-dire les autres. Il semble devenu normal de descendre dans la rue et d’utiliser la violence pour y parvenir.

Certes, les phénomènes de pouvoir sont toujours violents mais la démocratie vise précisément à canaliser cette violence par des institutions et des procédures. Le rejet des institutions et le refus de participer aux modalités de désignation des gouvernants remettent en cause le contrat social. En vue de quoi ? De l’autocratie probablement, car il ne faut accorder qu’un intérêt limité aux discours lénifiants sur la démocratie participative. Nous ne sommes plus sur l’Agora athénienne. La démocratie dans des États-nations de plusieurs dizaines ou centaines de millions d’habitants ne peut être que représentative ou ne pas être.

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  • Question :
    Emmanuel Macron, avec ses conventions citoyennes et sa participation obligatoire aux bénéfices, doit-il être classé parmi les démocrates ou bien parmi les populistes ?

    10
  • Le populisme est le syndrome du peuple que l’on refuse d’entendre.
    Qui est l’auteur pour définir Les « Populistes coupables  » a ses yeux : « Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Éric Zemmour ». Ces trois-là n’ont pas le monopole des promesses incohérentes La fermeture des centrales associée a généralisation des véhicules électriques suffit a le démontrer. La retraite par point qui se volatilise en est aussi un exemple. Analyser les causes du développement du populisme sur la base de sa définition, qui peut être précisée, donnée en début est d’un réel intérêt pour améliorer et retrouver le fonctionnement de la démocratie. Accuser certains politiques, ceux dont les idées ne sont pas les nôtres, alors que quasiment tous sont des démagos flirtant avec l’honnêteté intellectuelle, est malsain.
    Le Populisme est une réalité. Sa manipulation relève de tout autre chose.

  • La démocratie en danger ? Et alors ? Pour définir et qualifier la démocratie, il suffit de se souvenir que des deux Allemagnes, la démocratique était celle de l’Est.

  • Les démocrates, les bon vieux progressistes, maîtres de la censure des opinions divergentes des leurs, avec un agenda d’aliénisation de la population pour mieux la contrôler. Non merci, je préfère être considéré comme populiste, pour la liberté d’expression (et d’opinion), une éducation seine des futures générations, pour le régalien et la liberté d’entreprendre. 😉

  • Comme disait l’intellectuelle Nabila « Allô quoi ».
    On se pince à chaque phrase…

  • Article vraiment mépenderthalien ! Je suis scandalisé !

  • Les partis dits « de gouvernement » ayant, tantôt gouvernants, tantôt opposants, ayant eux-mêmes versé dans la surenchère démago socialisante, l’incohérence économique, avec les médias et l’Éducation nationale, l’oubli de la liberté, l’asservissement et l’infantilisation de la population, ils sont dépassés, débordés par plus populiste qu’eux.

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