Marine Le Pen : le retour du gaucho-lepénisme

Pour Marine Le Pen, l’enjeu se situe à la gauche de la gauche parce que l’électeur de droite « radicalisé » lui est déjà acquis.

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Marine Le Pen capture d'écran youtube

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Marine Le Pen : le retour du gaucho-lepénisme

Publié le 14 avril 2022
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En arrivant en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon peut désormais prétendre à la position de faiseur de roi au second tour. Malgré des consignes de vote très claires contre l’extrême droite de la part du leader de la France insoumise, une frange non négligeable de son électorat votera Marine contre Emmanuel.

C’est pourquoi ceux qui pensent voter à droite en préférant le Rassemblement national contre un centre-gauche aux pratiques autoritaires pourraient vite déchanter. Depuis le début, le positionnement populiste de Marine Le Pen est social-national, et ce positionnement économique mitterrandiste première version pourrait virer rapidement au rouge pour draguer le versant communiste du bloc élitaire, sans toutefois éliminer la dimension xénophobe et sécuritaire.

Ce phénomène d’alignement programmatique de l’extrême droite sur l’extrême gauche n’est pas nouveau. Le politologue Pascal Perrineau en parle dès 1995 pour désigner un phénomène de « déalignement » alors inédit, celui d’électeurs de gauche issus des classes populaires qui votent Le Pen père sans pour autant cesser de se définir et de se positionner à gauche. Face à ce tournant idéologique, qui correspond aussi historiquement au divorce entre PS et classes populaires, il est plus facile de comprendre le repositionnement « social-populiste » opéré quelques années après par Marine Le Pen sous l’influence décisive du souverainiste Florian Philippot.

À la pêche aux voix

La nouveauté de 2022, c’est qu’il est maintenant admis que le RN est le premier parti populaire de France. Et que le « déalignement » entre électorat et partis traditionnels a empiré. Plus exactement, la quasi-disparition des appareils politiques de droite comme de gauche facilite désormais le chassé- croisé entre droite et gauche en fonction des sujets et des intérêts d’un électeur devenu plus individualiste.

Emmanuel Macron a tout à fait compris cette nouvelle donne, et n’hésite pas à donner de sa personne ces derniers jours pour convaincre un électorat qui lui était hostile quelques jours avant, quitte à promettre tout et son contraire. Si les électeurs peuvent se décider sur un coup de tête le jour même du vote, ils peuvent changer d’avis avec la même aisance quelques temps plus tard.

Pour Marine Le Pen, l’enjeu se situe à la gauche de la gauche parce que l’électeur de droite « radicalisé » lui est déjà acquis. Dans le jargon de la science politique, on parle d’électorat captif, c’est-à-dire tellement convaincu par le cœur du programme électoral de la formation politique qu’il n’envisage pas d’en changer, y compris quand ladite formation opère des changements marginaux de son programme pour attirer davantage de monde. Le discours sécuritaire et hostile à l’immigration constitue la marque de fabrique Le Pen. Il suffit largement aux yeux de la candidate nationaliste de sortir quelques slogans classiques pour convaincre les déçus de LR et de Reconquête qui s’y rallieront sans discuter.

C’est parce que Marine Le Pen est convaincue que la droite radicale lui est acquise qu’elle peut envoyer paître Éric Zemmour et Marion Maréchal et ignorer totalement Valérie Pécresse. Dans son projet de gouvernement « d’union nationale », il n’y aura pas de place pour Reconquête, la formation de l’ancien journaliste du Figaro. Trop droitière, trop bourgeoise, pas assez socialisante sur la forme comme sur le fond, Marine Le Pen craint surtout de voir son image gaucho-lepeniste écornée par ce ralliement inopportun.

Zemmour sur la touche

Les voix de la formation zemmouriste compteront pour le second tour, mais sans Reconquête. Celui-ci, devenu la terre d’asile de toute la droite ultraconservatrice révulsée par le repositionnement social-populiste du RN cadre mal avec le « Ni droite ni gauche » du RN. Par contre, ses électeurs voteront probablement en fonction de leur prisme identitaire contre Macron.

Emmanuel Macron, même s’il bénéficie du soutien implicite de Jean-Luc Mélenchon, aura plus de mal à convaincre un électorat populaire. L’accueil qui lui a été fait à Denain ou encore à Strasbourg témoigne de l’hostilité populaire assez répandue contre un candidat associé à la répression des Gilets jaunes et au « gouvernement McKinsey ».

Même si le report des voix mélenchonistes se fait majoritairement en faveur d’Emmanuel Macron, il reste une fraction indécise, et l’anti-macronisme pourrait même l’emporter sur le vote de barrage à l’extrême droite. Marine Le Pen compte sur ce revirement plus que sur l’électorat de droite et d’extrême-droite. Pour convaincre, elle est prête à endosser le costume de « gauchiste » contre le « néolibéral » Macron et faire la synthèse des mécontents.

 

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  • Le RN a quand même des propositions étonnement de droite. La suppression des impôts sur les revenus pour les – de 30 ans. Pour une fois qu’un parti politique propose de traiter les jeunes autrement que comme des assistés ça fait plaisir
    Pas très égalitaire certes, mais si ça peut inciter les jeunes à partir d’un bon pieds dans la vie active et de les motiver à bosser plus dur, plutôt que de récompenser ceux qui ne font rien, c’est une bonne chose

    • Non seulement ça créerait un effet de seuil, mais c’est surtout complètement inapplicable.
      La constitution stipule l’égalité devant l’impôt. Aucune dérogation en fonction de l’âge n’est donc possible.

      • A moins de changer la constitution…
        Bon cela dit, si elle veut vraiment faire cette bêtise, je pense qu’il y a mille et une façon de parvenir a ce type d’objectif, par exemple sous la forme de crédits d’impôts déjà largement utilisés jusque a maintenant et pas forcément très justes non plus.

      • Vous trouvez qu’on est égaux devant l’impôt sur le revenu ? Pourquoi seulement 46% des foyers le paie alors ?

      • Je suis d’accord que la proposition est simpliste, l’effet de seuil pourrait être très important et rien ne garantie qu’une fois qu’ils paieront des impôts ils resteront. Je soulignais juste la volonté de favoriser les jeunes qui travaillent contre la proposition habituelle des gouvernements d’essayer d’en faire des assistés.
        Mais au niveau de l’égalité devant l’impôt il n’y a déjà aucune égalité. Il y a des réductions d’impôts dans tous les sens pour ceux qui ont des enfants, les couples, des crédits d’impôts … Je ne vois pas pourquoi ça ne passerait pas

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