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L’illusion économique macronienne

Publié le 8 décembre 2021
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Par Sébastien Laye.

En économie, la seule exactitude qui vaille est celle des chiffres, réalité implacable. Or cet ancrage dans le réel et la statistique sied mal au pouvoir actuel, qui se complait dans la communication à outrance sur des slogans, ou la circonscription de la réalité à une ou deux statistiques favorables.

Pic historique du taux de marge des entreprises

À cet égard, si le gouvernement communique cahin-caha sur les chiffres du chômage (à 8,1 %), plutôt bons mais sans être exceptionnels, et grevés de diverses manipulations bien connues (focus sur la catégorie A seulement, formation, temps partiel…), il nous ressort ces jours-ci le taux de marge des entreprises. Ce dernier, qui avait atteint des pics historiques sous Hollande, puis avant la crise du covid, a désormais dépassé ce dernier niveau.

Il est aux alentours de 36 % et mesure la marge d’excédent brut d’exploitation sur les chiffres d’affaires. Ce chiffre est censé mesurer la profitabilité d’une entreprise. Il ne reflète pas toutes les comparaisons internationales, car il prend un résultat avant impôts, là où les benchmarks connus justement prennent en compte l’impôt sur les sociétés.

Il s’est amélioré en France depuis le CICE puis sa conversion en baisse de charges. Il y a fort à parier par ailleurs que la récente envolée des coûts, sur fond d’inflation désormais durable si rien n’est fait pour stopper la stimulation monétaire, n’entame l’an prochain cette marge de profitabilité.

La croissance en berne

Là où le bât blesse, c’est sur toutes les autres statistiques unanimement négatives pour l’économie française et le bilan de Macron. Or regardons la statistique cardinale, celle de la croissance. Avant le covid, la France a connu quatre années plutôt positives pour la croissance, dès 2016, mais qui ne doivent rien au quinquennat Macron : le mouvement avait commencé dès fin 2015, et ce grâce au changement de politique monétaire opérée en Europe, beaucoup plus accommodante avec le – déjà- « quoiqu’il en coûte » – de Mario Draghi.

En 2018 et 2019 sous Macron, notre croissance, correcte dans l’absolu, était en dessous de la moyenne européenne. Et même pire, au dernier trimestre 2019 elle devenait négative, avec la menace d’une récession en 2020 qui aura bien lieu, mais dans un contexte assez étrange, celui du confinement !

Une récession covid bien pratique en l’occurrence pour masquer l’échec économique du quinquennat. Depuis lors, comme nous n’allons retrouver notre PIB d’avant que pour les fêtes de Noël, nous avons fait du surplace depuis deux ans. Entre 2017 et aujourd’hui, nous sommes passés de 2297 à 2437 milliards d’euros de PIB, soit 1,2 % de croissance annuelle.

En dessous de la moyenne européenne et américaine

Nous sommes loin ici des résultats de l’Allemagne ou de la moyenne européenne, sans parler des USA. Et encore, à quel prix s’agissant des finances publiques. Si avant le covid les déficits n’étaient pas vraiment maîtrisés, les diverses aides du gouvernement l’ont fait passer de 100 % du PIB à un pic de 120 % : bien sûr, après l’effondrement de 2020, le rattrapage en 2021 et 2022 le fera revenir à un niveau plus raisonnable vers 114 %, encore que les dernières annonces -prolongement des PGE jusqu’en juin 2022, nouvelles aides sectorielles- risquent de grever encore notre performance.

Lors de l’année 2020, avec une croissance de -8,3 %, le déficit de 10 % était justifié : mais faire encore 8 % de déficit en 2021, et même 5 % en 2022 dans les prévisions actuelles, avec une croissance attendue vers 4 %, cela tient de l’irresponsabilité. Cet argent, mal dépensé, ne va pas à la création d’investissements productifs, mais dans le tonneau des Danaïdes de la dépense de l’État providence et des engagements administratifs ; on crée de la mauvaise dette sans accroître le niveau de PIB et sans rattraper nos divers retards (productivité, innovation).

Cette question de la productivité est assez fascinante, car avec le chômage partiel, les engagements de l’État, et le recasage de chômeurs de catégorie A en B et C (quelques heures de travail par semaine), la France de Macron réussit cet exploit de faire le même niveau de PIB que début 2020 avec… 160 000 emplois en plus. Il y a donc un effondrement évident de la productivité en France sous Macron.

Le problème des impôts de production

Alors ces déficits auraient pu – comme avec Trump aux États Unis- servir peut-être à réduire le fardeau des charges et des impôts. Il n’en fut rien ; lorsque Macron est arrivé à l’Élysée, les prélèvements obligatoires représentaient 46,5 % du PIB ; de réformettes en mesures techniques, nous sommes toujours au même niveau.

Notre écart de 6 points avec la moyenne européenne provient pour moitié des impôts de production, que Macron essaye de commencer à baisser (essentiellement pour son deuxième quinquennat, et de manière timorée)… Au demeurant, cette absence de résultat doit se juger à l’aune d’une autre statistique, celle de la dépense publique rapportée au PIB, qui reste à 56 % du PIB sans aucune amélioration.

Une économie au point mort

Économiquement, la France est donc restée au point mort durant ce quinquennat. Mais socialement, elle a régressé. L’Institut des Politiques Publiques, dans son analyse du pouvoir d’achat durant le quinquennat, a montré que les classes les plus populaires avaient vu leur pouvoir d’achat reculer de 0,5 %.

Mais ces chiffres datent d’avant la période actuelle d’inflation. Car cette dernière menace de faire reculer notre pouvoir d’achat et la valeur de nos patrimoines. Déjà de 3 % officiellement, elle devrait suivre le rythme de l’Allemagne (5 %), de l’Espagne (4,7 %) et qui sait des États Unis (6-7%) dans quelques mois.

Le prix du quoi qu’il en coûte du gouvernement, la conséquence de la création monétaire, c’est cette inflation, qui ne touche plus juste les actifs financiers, mais aussi le prix du blé par exemple multiplié par trois depuis le début de l’année. La croissance réelle, c’est la croissance nominale, affichée, moins l’inflation. Si nous faisons 4 % de croissance en 2022 mais avec une inflation à 4%, la croissance réelle est de…0 %. Avec une inflation déjà à 3 % et un déficit de 5 %, même notre croissance annoncée de 4 % en 2022 n’est pas très glorieuse !

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  • On a retrouvé le PNB de 2019, mais on a perdu 3.3% de création de richesse sur 3 ans (-8%,-2%). Ce qui n’a pas été créé en 2020 et 2021 est à passer à pertes et profits ( sans parler des dettes).

  • Notre économie est au point mort depuis des décennies et ce n’est pas prêt de changer.
    Le matraquage fiscal organisé pour un assistanat injustifié en est la seule cause.
    La prise en compte de ce matraquage pas nos présidents n’a pas de solution : il faudrait supprimer le RSA, les 35 heures, les allocations et avantages corporatistes de tout bord, et passer la retraite à 64 ans mini avec son uniformisation.
    Et le travail n’est plus dans l’ADN des français depuis Mitterrand dont je rappelle la devise : tous fonctionnaires ou au RSA.
    Donc toutes ces subventions clientélistes ne peuvent pas disparaître ou si elles disparaissent, elles seront immédiatement réinstaurées dans le quinquennat suivant.
    Enfonçons nous dans la dette pour nos enfants, à la mode soviétique.
    Cqfd

  • Décidément Macron a été nul sur tout les tableaux. Pourtant on nous avait dit que c’était un génie visionnaire, doté d’une intelligence sans égale et d’une « vision » hors du commun. Tiens donc, comme un Attali ou un Minc ? Vivement qu’on dégage toute cette clique de nullards prétentieux..

  • Je ne suis pas certain que l’exemple de l’évolution du prix du blé soit pertinent car il est soumis à des aléas que nous maitrisons peu: en général, la faible rentabilité de la production céréalière pendant un temps entraine un moindre investissement (moins d’intrants, moins de surface). Si en plus, la météo s’en mêle, on se retrouve avec une production moindre et des prix qui explosent.
    Ce sont des cycles finalement assez classiques pour les matières premières, que l’on retrouve pour le pétrole, les métaux etc…
    Bien sûr, ça tombe « toujours mal » quand ça arrive.
    Par contre, les politiques peuvent influencer la production: ainsi, la nouvelle réforme de la PAC, « farm to fork » aura pour conséquence …de réduire la production agricole, créant de fait toutes les conditions de tension sur le marché. Là, c’est irresponsable.

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