En Suisse, point n’est besoin d’un Zemmour

Photo by Dorothea OLDANI on Unsplash

La démocratie suisse offre un environnement sain qui évite l’apparition et la popularité d’homme fort comme Macron ou Zemmour.

Par Jean-Baptiste Vigouroux.

Il est partout. Depuis que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel l’a évincé de CNews, il donne interview sur conférence, de Nîmes à Lille et de Nantes à Béziers, que par la magie du web on peut visionner tranquillement en live depuis son canapé ou en différé dans les transports en commun.

Pourquoi est-il invité partout ? La raison en est simple. La démocratie française ne s’exerce que sporadiquement, une fois tous les cinq ans. C’est le seul moment de respiration démocratique, où le peuple, tel un plongeur en apnée, remonte à la surface pour respirer un grand coup, avant de redescendre dans les profondeurs.

Le peuple en France est un monstre marin qui vient respirer à la surface tous les cinq ans

La démocratie en France, c’est un peu ça. Le peuple évolue en aveugle sous la surface de la mer, invisible et inaudible au milieu des algues et des crabes, dans les remous et les courants. Tel un monstre marin, il remonte à la surface tous les cinq ans, pour une immense respiration de huit ou neuf mois, puis retourne sous les flots, à la merci des influences de toutes sortes. Il s’y nourrit aux canaux d’information qui ont émergé sur le Net depuis une dizaine d’années, et s’abreuve au catheter de l’info en continu ou du journal télé de début de soirée.

Ce n’est pas étonnant qu’à l’issue de cette apnée, il se jette sur la dernière nouveauté politique. Éric Zemmour joue ce rôle en ce moment, comme Macron ou Sarkozy avant lui. Les institutions sont ainsi faites, en tout cas en l’absence de référendum, que l’intégralité de la vie démocratique en France est concentrée autour de l’élection présidentielle.

La bonne santé de la démocratie suisse

En Suisse, rien de tout ça. Loin d’être un monstre marin, le peuple suisse est un amphibie qui respire aussi bien sous l’eau que dans l’air.

Dans l’air : ce sont les votes trimestriels, réglés comme une horloge suisse, organisées comme du papier à musique, où les citoyens ont la possibilité – même si tous ne l’exercent pas – de choisir.

Dans l’eau : ce sont les innombrables associations, meetings, émissions de télévision, articles de journaux, qui parlent des prochaines votations, dissèquent les opinions, analysent les résultats des votes passés.

Dans ce monde là, pas besoin de théories du complot, de rumeurs, d’influences secrètes : tout ou presque est ouvert, public, transparent.

D’ailleurs, le peuple a confiance, en tout cas pour l’instant. Le Conseil Fédéral fait très attention à communiquer de manière aussi impartiale et claire que possible.

Pas besoin d’un Zemmour ou d’un Macron

Pas besoin donc d’un Zemmour, d’un Macron, ou d’un Mélenchon avant eux, qui, rappelons-nous, avait atteint 17 % d’intentions de vote quelques jours avant le premier tour de l’élection de 2012.

Qu’on se le dise : le tapage actuel autour d’une éventuelle candidature Zemmour n’existerait pas si la démocratie française était en bonne santé. L’agitation autour de Zemmour est le symptôme d’une maladie.

Si on ne traite pas le malade, la maladie reviendra ! Dans cinq ans ou dans dix, les Français se chercheront un autre héros du jour, un sauveur, faute de pouvoir exercer eux-mêmes le pouvoir démocratique dont ils sont dépositaires.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.