« France, démocratie défaillante » de François Garçon

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Pour changer durablement, la démocratie française doit s’inspirer de ce qui se fait à ses portes : la Suisse n’est sans doute pas la pire des muses.

Par Francis Richard. 

Les Gilets jaunes ont été le révélateur de la coupure entre les citoyens et l’élite administrative, à laquelle est reprochée le déluge de mesures vexatoires prises en méconnaissance complète du terrain.

Cette élite, que François Garçon qualifie de scolaire se recrute essentiellement en France dans trois grandes écoles : ENA, Polytechnique et HEC. Hors des diplômes délivrés par ces établissements, il n’y a effectivement point de salut.

Pour y être admis, il faut devenir une bête à concours et en réussir un, ce qui signifie qu’il faut bachoter dans une classe préparatoire et connaître les codes sans lesquels il est quasiment impossible d’être en conformité avec ce que la caste attend.

Dans ces écoles que le reste du monde n’envie pas à la France et qu’il ne copie d’ailleurs curieusement pas, « on n’étudie pas pour apprendre mais pour décrocher une décoration », qui permet au titulaire de faire partie des meilleurs, et à vie :

En France, l’éprouvante épreuve initiatique à vingt ans, non seulement forme mal mais, parce qu’elle accorde une rente, incline à la paresse.

L’arrogance consubstantielle de ces meilleurs va de pair avec les résultats médiocres qu’ils obtiennent quand des moyens illimités sont mis à leur disposition à la tête de grandes entreprises ou de l’État. L’auteur en donne moult exemples.

C’est pourquoi il les tient en piètre estime :

La caste française parle beaucoup, et jamais ne paraît douter. Elle sait tout, car on lui a appris à mémoriser. À mémoriser et à classer, mais pas forcément à beaucoup réfléchir par elle-même.

Cette caste se croit supérieure : « l’élite scolaire française ne saurait puiser ailleurs que dans ses propres cerveaux. » Pas question pour elle de s’inspirer de ce qui se passe dans les pays voisins. Ce serait à eux de suivre leur « originalité baroque ».

S’inspirer de la Suisse

Pour ne pas être coupée des citoyens, cette élite – elle ne le fera cependant pas – devrait s’inspirer de la Suisse, où la démocratie n’est pas défaillante mais est, au contraire, un facteur aussi bien de cohésion sociale que de stabilité politique.

En Suisse, « démocratie représentative et démocratie directe ne s’excluent pas mais s’épaulent, la seconde confortant la première. » Sans doute est-ce parce que les citoyens suisses ont une longue et régulière pratique des droits référendaires.

L’auteur détaille les trois modalités de ces droits que les citoyens suisses exercent aux niveaux communal, cantonal et fédéral et qui correspondent à une subsidiarité ascendante, bottom up, tandis que la gouvernance française est top down :

Les majorités de droits référendaires ne sont pas tyranniques car elles sont diverses, imprévisibles et se décomposent dans la minute qui suit le résultat du vote.

La décentralisation suisse ne nuit pas à l’unité du pays et se traduit par une bénéfique concurrence intercantonale :

Que vaut l’unité d’un pays si celle-ci ne tient qu’à ses gendarmes et à l’usage massif d’une manne publique non financée ?

La démocratie représentative l’est vraiment en Suisse parce que les élections se font à la proportionnelle et que tous les citoyens sont effectivement représentés. Mais du fait des droits référendaires, les élus se gardent de légiférer à tout-va.

De toute façon il faut des années pour élaborer une loi qui doit être adoptée dans les mêmes termes par les deux assemblées, le Conseil national, qui représente la population, et le Conseil des États, qui représente les cantons et demi-cantons.

Le dernier mot revient toujours aux citoyens qui disposent des droits référendaires. Pour autant :

La démocratie directe ne fragilise pas les élus : elle les remet simplement dans les clous, quand une majorité d’électeurs l’estime nécessaire.

Une autre caractéristique de la démocratie en Suisse est que les sept membres du Conseil fédéral sont élus par le Parlement mais ne sont pas révocables par lui. Et, inversement, les assemblées ne sont pas révocables par le Conseil fédéral.

D’un côté, la France dysfonctionne avec son économie administrée, sa gestion centralisée, les rentes qu’elle verse à ses hauts fonctionnaires, son élite scolaire hors sol, confortée par les médias. De l’autre, la Suisse performe.

Conclusion

Pour changer durablement et dans la bonne direction, la démocratie française doit […] s’inspirer de ce qui se fait à ses portes : la Suisse, avec ses droits référendaires, sa subsidiarité en acte, ses citoyens vigilants et son obsession du compromis, n’est sans doute pas la pire des muses.

 

France, démocratie défaillante François Garçon – 416 pages

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