Violences entre jeunes : non à l’angélisme bureaucratique

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Petit à petit, la lutte entre bandes est passée de La guerre des boutons à Orange mécanique, laissant les parents à leur désarroi, les citoyens à leur colère et nos dirigeants à leur inefficacité.

Par Laurent Sailly.

Parce que l’État assure notre sécurité, première des libertés, le citoyen accepte de payer des impôts. Nos dirigeants ont oublié que le régalien est la seule raison d’être de l’État !

Violences : quelques chiffres et exemples

Batailles rangées au couteau et à la batte de base-ball, guet-apens sauvages aux pieds des tours d’immeubles, vidéos de lynchages d’adolescents postés par bravade et pour attiser la haine… Le jeune Yuriy, tabassé mi-janvier par une horde furieuse et laissé pour mort sur la dalle Beaugrenelle à Paris, n’aura hélas été qu’un épisode de violences parmi de nombreux autres dans la guerre des bandes qui flambe à nouveau dans le pays.

Depuis, une jeune fille a été rouée de coups par trois adolescentes à Béziers et un lycée a été attaqué par un groupe d’individus encagoulés et armés à Nancy. Deux adolescents sont morts à 24 heures d’intervalle en Essonne ; un autre a été tué à Bondy.

Petit à petit, la lutte entre bandes est passée de La guerre des boutons à Orange mécanique, laissant les parents à leur désarroi, les citoyens à leur colère et nos dirigeants à leur inefficacité.

On peut regarder la situation d’aujourd’hui de manière naïve et dire que les violences entre jeunes ont toujours existé et qu’il faut que jeunesse se passe. Depuis les apaches, ces groupes de voyous des faubourgs qui faisaient trembler les bourgeois à Paris à l’aube du XXe siècle, les bandes n’ont cessé de se métamorphoser.

Selon le ministère de l’Intérieur, 357 affrontements entre bandes ont été recensés en 2020 en France contre 288 en 2019. Soit un bond de près de 25 % des faits constatés en un an. Ces affrontements entre bandes se sont soldés par un bilan de trois morts et 218 blessés.

Si aucune région n’est épargnée, l’Île-de-France concentre à elle seule 80 % des faits, avec des départements particulièrement touchés comme l’Essonne ou le Val-d’Oise, et 186 affrontements ont été recensés dans la grande couronne francilienne en 2020. Au total, 74 bandes, composées de 10 à 60 membres selon une estimation des services de renseignement, écument donc le pays (quatre en province).

Les bandes de jeunes, définition, analyse et diagnostic

Pendant des années, la notion de bande était floue. Il a fallu attendre un plan de lutte ad hoc, lancé en 2010 quand la cote d’alerte a été dépassée, avec un pic de 391 affrontements, de 196 blessés et 1096 suspects interpellés, pour obtenir une définition :

[Une bande est formée d’]un noyau stable de membres qui se regroupent pour des raisons qui peuvent être sociales, culturelles ou délictuelles et revendiquent un territoire, commettent des incivilités ou/et des actes délictueux et créent une atmosphère de crainte, d’insécurité et d’intimidation.

Le délitement de l’école, de la cellule familiale, de l’autorité publique explique en partie cette explosion. Le développement des réseaux sociaux, sur lesquels on se défie à distance, des regroupements à caractère territorial ou communautaire, installe aussi un climat malsain et agressif. Enfin, au cœur de cette dérive mille fois décrite, le trafic de drogue continue ses ravages dans le contrôle des zones de chalandise.

En amont à une réunion au sommet qui doit se tenir en ce moment [lundi 1er mars 2020 – NDLR], le ministre de l’Intérieur a envoyé jeudi une note à l’ensemble des préfets de France pour leur demander la « réactivation du plan de lutte contre les bandes ». Dans cette note, il leur demande de réaliser avant le 10 mars un « diagnostic départemental », avec un « historique » et une « cartographie » des affrontements, l’âge des jeunes impliqués ou encore leur utilisation ou non d’armes et des réseaux sociaux.

À partir de ce diagnostic et « en fonction de l’importance du phénomène » le ministre demande aux préfets de mettre en œuvre un « plan départemental de repérage, d’accompagnement, d’information préventive et sensibilisation des publics fragiles » ainsi que des moyens « d’investigation et de lutte » contre les bandes.

Le ministre recommande aussi de recourir « selon le contexte » à des groupes locaux de traitement de la délinquance sur le sujet des bandes, sur le modèle de celui mis en place à Paris, associant police, mairie et services éducatifs sous l’égide du parquet. Selon l’entourage d’Éric Dupond-Moretti, le ministère de la Justice compte, lui, sur le recours aux « interdictions de paraître » comme alternative aux poursuites, actuellement en expérimentation à Bobigny, Montpellier et Senlis. Elles « fonctionnent bien et permettent d’éloigner un jeune d’une bande », assure l’entourage.

Des solutions existent contre ces violences mais le courage politique fait défaut

Il faut aller bien au-delà de déclarations d’intention, des « plus jamais ça », des marches blanches. Maintenant que les politiciens ont laissé dégénérer la situation, il faut changer de modèle.

Il faut se recentrer sur la vraie victime. Aujourd’hui encore, l’auteur des faits est considéré comme la victime de la méchante société fasciste dans laquelle il évolue !

Des peines doivent être prévisibles et connues, par exemple en les enseignant pendant les cours d’instruction civique.

Elles doivent être lourdes et effectives, donc dissuasives et doivent inclure la famille lorsqu’il s’agit d’un mineur.

La valeur prison doit être repensée. Le sursis apparait trop souvent comme une exonération de la responsabilité pénale. Il est, à ce titre, regrettable que l’actuelle réforme de l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs ne s’attache qu’à l’accélération des procédures. C’est une modification en profondeur du Code pénal qu’il faut entreprendre en augmentant les capacités d’incarcération, notamment des séjours courts (15 jours) avec cellule individuelle.

L’indemnisation d’une victime de violences par l’assurance scolaire du mineur apparait, pour l’agresseur et sa famille, comme une minoration de la gravité de l’acte. Un montant légal à la charge de la famille du mineur condamné devrait être défini.

Au-delà de ces mesures répressives, il faut ouvrir aux enfants décrocheurs potentiellement violents une autre voie que le collège unique qui est une aberration. La reconquête des jeunes esprits passe aussi par l’éducation.

Enfin, il faut offrir aux forces de l’ordre les moyens d’accomplir leur mission de prévention et leur rôle de dissuasion d’une part par une augmentation des effectifs et du matériel disponible et d’autre part, par une simplification de la procédure pénale.

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