Ces ARS qui mettent au pas la médecine par temps de covid

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Les ARS vont chercher à affirmer leur rôle d’adjudant-chef des troupes de la santé et la profession sous tutelle étatique connaîtra le déclassement.

Par Denis Dupuy.

Ah les Agences Régionales de Santé… Jusqu’alors risée de la profession, les voilà portées au rang de généraux de bataille par quelques inconscients. Cette confrérie de technocrates s’en est donné à cœur joie au cours de l’épidémie, la huitième depuis 1895. Ont-ils seulement conscience des précédentes ? Chacune d’elle a duré deux années et rien n’interdit de penser qu’il n’en sera pas de même pour celle-ci. Mes confrères n’ont aucunement à rougir : emportés par le flou ambiant en mars 2020, ils ont intubé un poil de trop avant de rapidement corriger le tir. La prise en charge actuelle conduit de nombreux réanimés vers leurs pénates.

À l’heure où l’État alignait les coups de matraque, les réglementations ubuesques et les confinements (3 à 4000 décès supplémentaires par mois), les méchants laboratoires privés ont produit des tests, des anticorps, des vaccins : pas mal du tout pour ne pas dire génial… Dans cette bataille, l’État s’attribuera des succès qui lui sont évidemment étrangers, mais ça n’est là que routine dans ce pays.

Les ARS ont été désignées bras armé et le médecin a dû se soumettre. 150 interventions ont été annulées en moyenne par Covid pris en charge en réanimation.  Des ordres tombaient du ciel, sans la moindre réquisition et on annulait à la chaine de malheureux patients terrés à leur domicile.

Toutes les conséquences de ces emportements étatiques ont été passées à la loupe, un soir de webinaire chez un grand assureur. Un intervenant a confié avoir été requis officiellement, un cas bien isolé : il a passé une semaine à tourner en rond dans le service désert d’un hôpital public. N’oublions jamais que les décisions ont systématiquement été fondées sur des prédictions erronées, alarmistes et excessives.

Ainsi, selon le Président, les 400 000 morts en novembre 2020 : la médiane des décès étant de 85 ans parmi une population de vieilles personnes au bout du rouleau, cette hypothèse farfelue aurait sous-entendu une France comptant 100 millions d’habitants.

Exemple plus récent : un Plan blanc, instauré par les ARS voici un mois. Le préfet annonçait plus 300 % dans les Pyrénées-Orientales où, de fait, on passait en quelques heures de un à quatre patients en réanimation.

Selon l’ARS, en combinant rentrée des classes et virus, on obtiendrait le 10 septembre une vague phénoménale. J’ai alors douté et récolté insultes et sarcasmes sur le réseau, mais aujourd’hui, 15 patients sont hospitalisés dans le service de réanimation du CHU d’une cité rose d’un million d’habitants, 150 dans une région riche de six millions d’habitants. Vaguelette et tant mieux. Comment ? Où donc ? Je ne le dirai pas, boudu…

L’ARS, qui ne connait que simulations et tableurs, n’a pas intégré que comme toujours la pathogénie du virus diminue au fil des variants et que le vaccin change la donne. Je me permettrai une remarque : je suis enthousiaste quant aux modélisations et à l’IA, mais gare…

Les modélisations de répartition des épidémies par compartiments n’offrent pas  d’aperçu exact de l’épidémie. Gaver des logiciels de données lissées et attendre à la sortie n’est pas crédible.

L’étude du Lancet l’a montré : des amateurs faisant tourner des logiciels commettent des bourdes en raison de leur manque d’expertise. Qu’on l’aime ou non, Didier Raoult maitrise la méthodologie biostatistique : c’est son gagne-pain. Il a tout de suite senti le biais. J’ai été contacté par un jeune entrepreneur désireux de croiser des fichiers afin de faire émerger des thérapeutiques grâce à l’IA : j’ai essayé aimablement de lui faire admettre que les statiques médicales sont régies par des règles garantissant leur fiabilité, la première étant l’homogénéité et la représentativité des échantillons. S’il poursuit, ce jeune homme obtiendra une daube qui n’intéressera personne, sauf peut-être les ARS. Pardon : je provoque, j’attise…

Sous l’égide de celles-ci, 3 à 5 % de morbi-mortalité supplémentaires ont été constatés dans chaque spécialité. La chirurgie, y compris carcinologique, a connu une chute libre (je ne pense pas que l’activité ait pleinement repris). 500 plaintes ont été déposées contre les administrations, pour défaut de soin, non-assistance, etc. Agnès Buzyn n’est que la première.

15 000 infirmières font aujourd’hui défaut, lassées, épuisées. De retour de vacances depuis quinze jours, j’ai subi trois annulations de programmes, enfin, mes patients ont subi. La cause ? Carence en infirmières, accentuée à l’occasion par le refus de certains groupes financiers de leur offrir un salaire décent. Les démissions s’enchainent. Mes confrères, également, ont souffert de la gestion de la crise. Les questionnaires burnout sont en surchauffe.

Les ARS ont, comme l’essentiel des administrations de ce pays, fait preuve de morgue. Leurs hordes de bureaucrates ne se privent jamais de mordre la main du contribuable. Le médecin aura bien compris qui est le chef : il devra se soumettre, tel le lion face à l’âne. Voici de quoi inquiéter le futur malade que je suis…

Il va falloir maintenant occuper ces milliers de fonctionnaires dont on ne manquera pas de faire grossir les rangs, contrairement aux effectifs de réanimation. Restera à leur trouver des occupations : ils vont la regretter, l’épidémie, quand ils tourneront en rond dans leurs bureaux… En attendant, afin de remonter le moral de professionnels au bout du bout, voici maintenant les agences en charge de contrôler le passe chez les soignants…

Une coalition Assurance maladie, Conseil de l’Ordre, ARS est sommée de faire marcher droit la profession. Quand on connait la justification et le rôle historique de ces structures, on est saisi d’une profonde nausée libérale. Oui au vaccin, bien sûr, mais un peu de finesse… 85 % des Français l’ont reçu : bravo à eux. Les autres ne sont-ils pas les réfractaires propres à toute décision politique, en démocratie ? On attendrait tolérance et juste information, on souhaiterait la fin de l’hystérisation et de cette obsession à entretenir une peur mortifère chez les plus craintifs, qui en sont à fuir les établissements de soins, effrayés par un virus en fin de carrière.

Les soignants non vaccinés font exception et je pense que les médecins sont peu concernés, mais ces contrôles vont encore faire du mal. Dans le domaine de la santé, contraindre me choque. Tout d’abord, le vaccin n’est aucunement stérilisant et le vacciné peut contaminer son entourage. Ensuite, avoir peur, y compris pour de mauvaises raisons, c’est avoir peur quand même et subir un traitement supposé dangereux n’est pas plaisant. Je ne suis pas opposé à une vaccination de principe chez les soignants.

Chaque année, nous multiplions les arrêts de travail. La puéricultrice grippée peut contaminer le prématuré comme le brancardier le grand vieillard et 25 % seulement du personnel est vacciné contre la grippe saisonnière. Contractualisons la vaccination des soignants : vous souhaitez travailler dans la santé ? Commencez par y croire et vaccinez-vous ! Mais la contrainte, en fin d’épidémie, quand le moral de chacun est en berne, ajoutée aux contrôles, aux règles, aux intimidations d’administrations aux effectifs démesurés et aux coûts pharaoniques, stop, assez, par pitié.

Nous avons suffisamment souffert. Ces structures nous ruinent, nous harcèlent et nous nuisent depuis trop longtemps et l’épidémie a marqué un point d’orgue dans leur capacité de nuisance… Voilà un programme pour un président : moins de charges, de contraintes, de fonctionnaires, davantage de liberté, d’initiative privée et de responsabilité individuelle. La gouvernance par la technocratie et le monde de l’utile d’Heidegger, philosophe cher à la gauche française, ami des nazis et de leurs cousins illuminés de la deep ecology, deviennent notre quotidien… Oui, l’Homme est seul face à son destin.

Dieu est mort et Nietzsche le pressentait, privé de religion, de sens et de croyances, il s’en invente, des religions de pacotille, des nihilismes, des écologismes, des absurdités. Pire encore. En perdant Dieu, l’Homme a perdu son âme : la chose se nomme aujourd’hui esprit, raison, cerveau. Je vénère la science, mais l’élévation spirituelle vaut quelques secondes d’attention. Cet univers, centré sur la seule réussite matérielle, n’a pas grande saveur. Vive l’argent, vive le bien-être, bien sûr, mais après ? De l’esprit, de la chaleur, de l’humain… Un patient ne se résume pas à un code dans la cellule d’un tableur. Il est identique en souffrance… Comment ? Has been, ringarde, ma vision ? Le patient n’est qu’un détail dans la grande folie gestionnaire ? Bon, d’accord, chef, bien chef…

Alors que le système déploie ses ailes, le ressentiment va croissant. Au fil des gouvernements les ARS vont chercher à affirmer leur rôle d’adjudant-chef des troupes de la santé et la profession sous tutelle étatique connaîtra le déclassement. Un candidat s’opposera-t-il à cet interventionnisme mal emboité ? Il se montre, pour l’instant, bien discret…

 

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