Vaccination obligatoire contre le covid : la force pour masquer l’échec

Vaccines by Matt Allworth (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Comme pour l’état d’urgence sanitaire, on envisage d’emblée de restreindre et supprimer des libertés par anticipation du risque, le tout avec l’approbation d’une majorité sidérée par la comm’ de l’exécutif.

Par Frédéric Mas.

Va-t-on rendre la vaccination contre le covid obligatoire ? Depuis maintenant une semaine, la question est à nouveau sur la table, au moins pour le personnel soignant. Pour l’instant.

Certaines voix s’élèvent déjà pour étendre l’obligation à tous les personnels « en contact avec le public ». Pour l’instant. Si Olivier Véran écarte aujourd’hui l’obligation vaccinale pour tous, on se souvient qu’au plus fort de la crise sanitaire, Emmanuel Macron avait juré la main sur le cœur que l’obligation vaccinale ne serait jamais envisagée.

Et certains se demandent pourquoi tant de monde se défie de la parole publique.

Seulement maintenant, tout a changé, les vaccins sont disponibles, il est donc envisageable de les rendre obligatoires. C’est un peu comme avec les masques : une fois les vaccins disponibles, l’État souffle sur les braises de la panique sanitaire, et ce qui hier était déconseillé ou optionnel devient obligatoire et nécessaire aujourd’hui.

Le non vacciné, voilà l’ennemi

C’est la figure du non vacciné qui a succédé à celle du complotiste raoultien dans la démonologie bureaucratique. Il sera le principal vecteur de la recontamination, l’outil indispensable pour pénétrer les foyers et miner l’action du gouvernement qui, comme nous le savons tous, a tout fait pour combattre efficacement la pandémie, et cela depuis le début.

Finis les débats sur les masques, l’impréparation de l’État, les tests, la responsabilité des gouvernants, le problème logistique de la campagne vaccinale : si la pandémie redémarre, ce sera la faute au non vacciné, cet infâme koulak-profiteur-de-guerre.

Olivier Véran veut même autoriser la diffusion des listes de patients non vaccinés aux médecins généralistes, jetant aux orties les formes les plus élémentaires visant à protéger la vie privée. Il tonne contre les 20 % de non vaccinés qui risquent de priver d’activité les 80 % de vaccinés en suggérant un retour punitif au confinement en cas de non-respect du knout macronien.

Un responsable de l’ARS, sans doute par excès de zèle, a même déclaré que « Toute personne non vaccinée sera contaminée par le variant Delta ». Rien que ça. La science a tellement progressé en une semaine qu’elle rejoint l’astrologie de Nostradamus.

Le petit théâtre médiatique se fait aussi l’écho de cette offensive tragi-comique contre le non vacciné, peu ou prou assimilé à l’antivax. D’un côté, les défenseurs de l’obligation vaccinale prennent un ton comminatoire et oscillent entre insultes et menaces à l’endroit des récalcitrants.

« À cause de vous, nous risquons le reconfinement ! » Euh non, ceux qui reconfinent, ce sont les pouvoirs publics, pas les non vaccinés. Si ces derniers respectent les consignes sanitaires, tout va bien.

De l’autre, les antivax répondent en saturant le débat de leurs fantasmes réactionnaires. « Ce sont les vaccins qui causent la contamination ! Bill Gates et Big Pharma sont à la manœuvre ! ». À l’irrationalité des uns répond celle des autres. Les manifestations antivax rappellent les processions millénaristes du Moyen Âge, avec un côté plus cheap, les excommunications de leurs ennemis, les prêches de la Sainte Ligue.

La bonne nouvelle des vaccins

L’invention des vaccins est bien entendu une bénédiction. La possibilité pour les personnes à risque de se faire vacciner est un progrès indéniable. La formidable machine qui s’est mise en route depuis le début pour inventer des solutions à la crise sanitaire porte un nom : le capitalisme libéral.

Grâce à la compétition entre entreprises, à l’innovation et à la science, plusieurs vaccins sont désormais disponibles sur le marché. Que la majorité des personnes à risque soit vaccinée aujourd’hui est une excellente nouvelle. Il est dans l’intérêt de ceux qui ne le sont pas encore de prendre rendez-vous pour le faire.

Cependant, contraindre c’est renoncer à convaincre. La règle générale en déontologie médicale devrait suivre celle qui informe l’organisation des sociétés libérales : à la liberté individuelle en tout répond le consentement libre et éclairé en matière de traitement médical. On peut imaginer des dérogations à ce dernier principe – il en existe déjà- mais la résurgence possible de la crise sanitaire est-elle suffisamment létale pour justifier un nouveau coup de canif dans la sphère de protection des droits des individus ?

Pour l’instant, les pouvoirs publics ne raisonnent que sur des hypothèses, et le vent de panique lié au variant Delta ne semble toucher que le petit monde politico-médiatique français.

Comme pour l’état d’urgence sanitaire, on envisage d’emblée de restreindre et supprimer des libertés par anticipation du risque, le tout avec l’approbation d’une majorité sidérée par la comm’ de l’exécutif. Les pratiques politiques ordinaires qui se mettent en place au nom de la crise covid sont profondément illibérales.

La France à l’avant-garde de la coercition

Pratiquement aucun pays dans le monde n’envisage l’obligation vaccinale pour le covid. L’Italie a rendu obligatoire le vaccin pour ses soignants, et le Royaume-Uni l’envisage aussi, ainsi que pour les professions de contact, à la condition que le Parlement accepte de telles dispositions. Ce contrôle démocratique n’est pour l’instant pas à l’ordre du jour en France.

Aux États-Unis, le vaccin n’est pas obligatoire au niveau fédéral, mais possible au niveau local avec toutefois une réserve : cela sera possible une fois les vaccins approuvés par l’agence américaine des médicaments (FDA). La vaccination pour tous est déjà en place dans ces deux pays réputés pour leur libéralité que sont l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Des modèles sanitaires que certains de nos bureaucrates envient, visiblement.

Le débat mérite mieux que les réflexes groupistes qui consistent à se positionner en fonction de ses loyautés tribales ou de la défense de ses intérêts au sein de la compétition pour influencer le pouvoir politique. On a le droit de ne pas se laisser prendre en otage par le scientisme autoritaire et l’antivaxisme le plus cringy, surtout sur un sujet aussi important que la vaccination et ses corollaires que sont le pass sanitaire et autres mesures de contrôle social.

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