Pénurie de médicaments en France : causes et solutions (1)

Cette série de 4 articles vous propose de mieux comprendre les causes de la pénurie de médicaments en France.
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Pénurie de médicaments by Marco Verch(CC BY 2.0)

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Pénurie de médicaments en France : causes et solutions (1)

Publié le 12 septembre 2021
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Par Patrick de Casanove.

Au début des années 1980 il ne serait venu à l’idée d’aucun médecin, généraliste ou spécialiste, qu’en France il puisse y avoir un jour pénurie de certains médicaments ou de médecins.

Il faut dire qu’à cette époque, la situation professionnelle, matérielle et morale des médecins en activité depuis plusieurs années était bonne. Quant aux générations de médecins formés dans les années 1970, il leur avait été expliqué durant toutes leurs études, chiffres, projections et prévisions absolument dignes de confiance à l’appui, qu’ils seraient trop nombreux à partir des années 2000, et en particulier trop de médecins généralistes. Ces derniers auraient de la peine à travailler. Il fallait donc que l’État réagisse.

C’est une des raisons pour lesquelles le gouvernement instaura en 1971 le numerus clausus et le concours d’entrée aux études de médecine. Un autre objectif était de faire des économies en réduisant l’offre de soins et ainsi sauver la Sécu.

C’est pourquoi une autre mesure a complété le numerus clausus en 1997. Ce fut le fameux MICA (Mécanisme d’Incitation à la Cessation d’Activité) que bien des confrères se firent un plaisir de saisir. Son but était toujours de réduire l’offre en mettant à la retraite anticipée les médecins à partir de 56 ans, en leur offrant des avantages, dont une forte prime. Le MICA a été supprimé en 2003.

Le temps est un bon juge. Aujourd’hui les Français constatent que les prévisions gouvernementales ont fait une nouvelle fois la preuve de leur fiabilité absolue. La politique suivie par l’État a montré comme à chaque fois qu’elle était fort judicieuse. En effet, quarante ans plus tard, à la Sécu toujours mal en point, la France a ajouté la crise des urgences, la pénurie de médecins et la pénurie de médicaments (non exhaustif).

Ces propos liminaires ont pour objectif de montrer que la pénurie est partout dans notre système de soins. Concentrons-nous sur la pénurie de médicaments. Les médias en parlent beaucoup et elle a fait l’objet d’un rapport du Sénat.

Plusieurs produits concernés par la pénurie de médicaments

C’est au début des années 2000 que les médecins français ont commencé à constater le manque de médicaments. Les pharmaciens qui ne pouvaient honorer leurs ordonnances les appelaient pour des substitutions ou, à défaut, une autre solution possible. Au début il ne concernait que peu de produits et se traduisait généralement par un certain retard à la délivrance.

Malheureusement cela n’a fait que s’aggraver.

« Entre 2008 et 2017, les signalements des médicaments en tension ou en rupture de stock sont passés de 48 à 530. Du jamais vu. »

Tous les produits, même les plus courants, peuvent être touchés : vaccins, antibiotiques, anticancéreux, antiparkinsoniens, antiépileptiques, antiallergiques, antihypertenseurs etc.

Les pénuries touchent tellement de familles de médicaments que chacun peut en être victime.

Conséquences pour les patients

  • Perte de chance

C’est la conséquence la plus lourde. « La Cour de cassation a identifié une hypothèse de perte de chance chaque fois que le dommage a fait disparaître une probabilité qu’un événement positif pour la victime se réalise, ou une probabilité qu’un événement négatif ne se réalise pas. »

Dans le cas que nous traitons le dommage est le manque du médicament. Celui-ci peut se révéler dramatique.

« 25 % des répondants se sont déjà vu refuser la délivrance d’un médicament ou d’un vaccin pour cause de pénurie. C’est ce qui ressort d’une enquête BVA, publiée le 17 janvier 2019 par France Assos Santé. Ce taux monte même à 31 % pour les personnes atteintes par une affection longue durée (ALD). Dans plus d’un cas sur trois (36 %), ces ruptures d’approvisionnement concernent des vaccins.

L’enquête met par ailleurs en évidence le fort impact de ces pénuries sur la santé des patients. En effet, 45 % des personnes confrontées à ces pénuries ont été contraintes de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer ou de l’arrêter complètement rapporte l’enquête. Avec des conséquences psychiques (anxiété mentionnée par 21 % des répondants et 41 % de ceux en ALD), et physiques potentiellement graves : augmentation des symptômes dans 14 % des cas, erreurs dans la prise de médicaments de substitution (4 %). Une hospitalisation a même été nécessaire pour près d’une personne sur vingt. »1

Sans commentaire.

  • Rationnement

Sur Europe1 à 7 h 20 le 28 mai 2019 dans « Europe1 va plus loin », on apprend que certains pharmaciens parisiens rationnent pour pouvoir fournir suffisamment de patients. Ils ouvrent des boîtes et donnent la dose strictement nécessaire.

Les pénuries peuvent aussi contraindre les médecins à choisir quels patients bénéficieront d’un traitement et lesquels n’en bénéficieront pas.

Présentation des présumés coupables

Une revue de presse montre que les causes les plus fréquemment évoquées sont :

  • La mondialisation

« Car le marché pharmaceutique est un marché globalisé, en forte croissance (6 à 10 % par an), mis en tension par l’accès de nouveaux pays aux médicaments, comme la Chine. Le pays s’est engagé à rattraper d’ici à 2030 les niveaux de santé publique des pays développés. En 2010, 100 millions d’enfants ont été vaccinés contre la rougeole, faisant subitement augmenter de 20 % la production mondiale de vaccins.

D’après le Leem (Les entreprises du médicament), cette tension mondiale entre la demande et les capacités de production et ces fluctuations imprévues du marché expliquent près de la moitié des situations de rupture. »2

« Mondialisation » : en effet, 80 % des molécules proviennent des États-Unis et surtout d’Asie. »

« Le marché s’est internationalisé et concentré : pour de nombreuses molécules, il n’existe que 2 ou 3 fournisseurs dans le monde. »3

  • Les laboratoires pharmaceutiques

« Les industriels sont très largement responsables de ces pénuries, principalement dues à des stratégies financières contestables, à un désengagement de certains médicaments et à une concentration des sites de productions. »4

Les laboratoires sont également responsables lorsqu’ils font le choix de produire en flux tendu, pour des raisons économiques. « Pour éviter les pertes et limiter les coûts, les labos réduisent au maximum les stocks ».

« Sur le fond, elle (ANSM) s’inquiète des « nouvelles stratégies industrielles de rationalisation des coûts de production qui conduisent les laboratoires à produire en flux tendu ».5

  • Le plafonnement des prix en France

« Les industriels tendent par ailleurs à privilégier la distribution dans des marchés offrant les prix les plus élevés, ce qui n’est pas le cas de la France, et inversement à limiter , voire arrêter, la production de médicaments anciens parce qu’ils jugent leur prix trop faible.

Il faut comprendre que la France est en compétition avec les autres pays pour être servie en cas de rupture de stock. Or, l’attractivité des prix des médicaments en France est clairement moindre par rapport à d’autres pays et il n’est donc pas exclu que la France ne soit pas privilégiée, voire soit servie en dernier. »6

« Restent les causes économiques (7 %) : les prix des médicaments en France sont dans 50 % des cas inférieurs au plus bas prix européen. Une ampoule d’Augmentin 1 gr/200 mg injectable est vendue 4,34 euros en France, contre 7,67 euros en Allemagne. Des écarts de prix qui encouragent le marché des exportations parallèles, autorisé au nom de la libre circulation au sein de l’UE. Certains grossistes-répartiteurs (short liners) se sont spécialisés dans la revente des stocks dans les pays qui rémunèrent davantage. »7

  • Les processus industriels

Les problèmes liés à la production elle-même (panne de matériel, contamination d’un atelier, incendie…) sont à l’origine de… 20 % des ruptures et tensions.

« Par exemple, quand on fait pousser des souches de virus, le rendement n’est pas toujours au rendez-vous. » Le temps de fabrication (18 à 24 mois pour la plupart des vaccins) et les précautions nécessaires ajoutent une difficulté. »

Les difficultés d’approvisionnement seraient principalement dues à des retards pris dans la production ».8

  • La matière première

Il y a des difficultés d’approvisionnement en matière première et des défauts de qualité de matière première.

La demande mondiale et l’exigence de qualité augmentent.

« Pour des problématiques de défaut du principe actif lui-même ou de qualité, l’unité de production peut être en phase de tension, voire de rupture ».9

Quand la matière première est un micro-organisme, comme un un virus, c’est encore plus compliqué, nous l’avons vu.

  •  Les normes

Les contraintes réglementaires sont en cause dans 10 % des cas.

Alors que 70 % du temps de fabrication d’un vaccin est consacré au contrôle qualité, la moindre variation réglementaire exposerait 50 % de la population mondiale à un risque de rupture »10.

Thomas Borel, représentant des laboratoires pharmaceutiques (LEEM), explique :

« Les demandes sont de plus en plus importantes et les contrôles lors de la fabrication de plus en plus drastiques. Pour des problématiques de défaut du principe actif lui-même ou de qualité, l’unité de production peut être en phase de tension, voire de rupture, explique ainsi. Je vous rappelle que c’est une chaîne qui est extrêmement surveillée sur le plan de la sécurité et de la qualité. »

Enfin, les normes BPF (bonnes pratiques de fabrication) et réglementaires (sans compter les normes environnementales) sont en constante augmentation depuis 20 ans.

« S’y ajoute une complexification des traitements administratifs post-autorisation de mise sur le marché (AMM) sans coordination entre États. Au final, chaque modification du dossier d’AMM peut prendre « jusqu’à cinq ans jusqu’à la dernière approbation (exemple des vaccins) » affirme le rapport. »11

L’article suivant décrira les spécificités française de cette pénurie.

 

Un article publié initialement le 23 juin 2019.

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  • claude henry de chasne
    23 juin 2019 at 6 h 53 min

    la secu controle les prix .. c’est très bien mais le marché lui s’en bat l’oeil .. et il sert d’abord ceux qui payent..c’est justice
    Le socialisme nous emmènera en vacance jusqu’au Venezuela

    • La petite bête
      23 juin 2019 at 9 h 59 min

      Sans compter les bonnes grosses connivences et autres conflits d’intérêts…

    • Je confirme, en Chine, on a le choix, soit un vaccin chinois gratuit, soit un vaccin importe vendu 5 fois plus chers que chez un pharmacien français.
      On a pris le vaccin importe bien sur.

    • Oui, je pense que l’on livre en priorité les pays solvables.
      Et en Russie, en Chine, en Inde et ailleurs, ça commence
      à se savoir que la France se tiers-mondise.

  • L’organisation de la pénurie est consubstantielle au collectivisme.

  • Début Juin deux curares que l’on emploie, entre autre, pour les interventions abdominales, sont (et ce n’est pas la première fois) étaient en rupture de stock…
    C’est également arrivé en début d’année pour l’Aspirine protect. Les patients ce sont jetés avec l’aide des pharmaciens, sur le Kardégic et surtout la Résitune… La Résitune présentant le même avantage que le premier (comprimé au lieu de sachet de poudre à diluer dans de l’eau) a été, à son tour, en rupture de stock.
    C’est désormais récurrent, voire incessant, c’est juste la liste de médicaments en rupture qui évolue…

  • La petite bête
    23 juin 2019 at 9 h 56 min

    Il faut quand même être un technocrate chevronné pour penser qu’en réduisant le nombre de medecins, on va réduire le nombre de malades…

    • claude henry de chasne
      23 juin 2019 at 10 h 30 min

      faut il etre cons quand meme.. i faut faire payer les médicament aux malades epicétou.;
      (on y viendra au remboursement sous conditions de ressources .. vous verrez)

    • @petite bête c’est pour cela que ̶l̶e̶ ̶l̶a̶v̶a̶g̶e̶ ̶d̶e̶ ̶c̶e̶r̶v̶e̶a̶u̶ les études sont plus longues

  • Merci pour cet article . Je ne comprenais pas pourquoi les anti-allergiques étaient constamment en rupture …

  • Ça prouve une fois de plus une règle simple en économie: quand on encadre les prix on crée de la pénurie .

    • La petite bête
      23 juin 2019 at 14 h 48 min

      Ceci est vrai en règle générale bien sûr.
      Reste qu’on peut se poser la question: le marché du médicament est-il un marché comme un autre?
      Les entreprises pharmaceutiques font de lourds investissements de recherche et doivent évidemment les amortir, ce qui peut les pousser a vendre très cher des molécules dont elles détiennent les brevets.
      Et si ces molécules sont le seul traitement d’une maladie grave? Sera-t-on obligé de priver certains malades de ce traitement?
      On peut se dire aussi que si les prix des médicaments courants n’étaient pas si encadrés, cette possible exagération des prix n’aurait peut-être pas lieu. L’obligation des génériques est également à considérer.
      J’ai tout de même l’impression que le problème n’est pas simple…

      • claude henry de chasne
        23 juin 2019 at 19 h 32 min

        on compte sur ses dix doigts les molécules vraiment innovantes dans la recherche pharmaceutique..
        en fait dans la plupart des cas on joue soit sur des formes galéniques , soit sur des dosages,..
        de fait les ‘études’ sont sur le long terme rien a voir avec la commercialisation .
        les études se font directement en prise avec le marché , il vaut mieux faire maigrir les américaines avec des édulcorants de synthèse que de faire une recherche sur la lèpre qui ne touche que des gens sans un sou..
        voila la vérité.. quand aux assurances santé fussent elles publiques
        ne sont pas a meme de supporter les nouvelles technologies
        du traitement individuel.. vous pouvez mourir tranquilles ceci n’est pas pour vous

  • Pensez aux génériques

    Tant que vous êtes seuls fournisseurs d’une molécule sous ses formes galéniques vous veillez à ne pas être en rupture, c’est une forme de responsabilité.
    Une fois que les génériques prennent le relais, vous continuez à produire en mode ralenti, pour fournir les clients qui restent attachés à la forme première (déconseillé par l’état)…

    Si les génériques viennent à manquer, il n’y a aucune raison d’augmenter sa production aux dépens de produits plus innovants pour palier le manque.
    D’autant plus que la responsabilité de la rupture peut être attribuée à d’autres…

    • claude henry de chasne
      23 juin 2019 at 11 h 56 min

      exactement ! faire fabriquer des générique au Baloutchistan oriental
      pour vendre moins cher .. çà a des limites

  • « Les pénuries peuvent aussi contraindre les médecins à choisir quels patients bénéficieront d’un traitement et lesquels n’en bénéficieront pas. » Tout comme c’est déjà le cas en Grèce, grâce aux bienfaits de la troïka de l’UERSS. Sauf que là-bas, on tire au sort les malades qui auront droit à la chimiothérapie.

  • 3 remarques sur la pénurie et le prix des médicaments dont nous sommes tous responsables.

    – Tout entreprise à besoin de bénéfices pour investir. Les entreprises pharmaceutiques n’échappent pas à cette règle. Et la recherche de nouveaux médicaments est très onéreuse. Donc il y a un prix à payer pour les médicaments et les sociétés pharmaceutiques, comme toute autre société (ou même comme tout individu) vend au plus offrant en priorité.

    – Grâce à l’écologie, on ne veut plus polluer nos pays riches. On édicte donc des normes économiquement incompatibles avec le prix des médicaments et on pousse ainsi les laboratoires pharmaceutiques à aller polluer ailleurs. Résultat : les médicaments sont en priorité servis sur place (USA et Chine).

    – Les médicaments sont « gratuits ». On a donc tous des stocks de médicaments que le médecin nous a prescrit et que l’on n’a pas pris car pas vraiment nécessaires. Ces dépenses inutiles viennent ponctionner la sécurité sociale qui aurait pu les affecter à des médicaments plus onéreux.

    • Tous responsables.. Parlez pour vous 🙂

    • @JR
      Ces dépenses inutiles viennent ponctionner les stocks de médicaments disponibles, les rendant indisponibles pour ceux qui pourraient en avoir besoin.
      La prétendue « sécurité sociale », monopole de l’assurance santé financé par la contrainte ne peut engendrer que gaspillages et pénuries. La minorité qui paie a tout intérêt à tout intérêt à s’en servir au maximum pour tenter de récupérer une partie de ce qu’on lui a pris par la force. La majorité qui ne paie pas n’a rien à faire de coûts qu’elle ne supporte pas. Le système de prix administrés n’incite pas les producteurs à produire ce qui serait le plus utile mais ce qui rapporte le plus en fonction de ces prix. Le financement par la contrainte n’incite personne, ni le monopole, ni les professionnels de santé, laboratoires pharmaceutiques compris, à fournir le meilleur service au meilleur prix.

  • On peut ajouter l’absence de concurrence dans la distribution.
    En 83-84 le labo français Theraplix, arrête la fabrication de vitamine C, car les pharmacies ne souhaitent pas vendre ce produit pas assez chers a 3,50 francs les 50 comprimés, c’st passé aux infos a la tele et dans un journal de consommateurs.

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