Des milliers de morts causées par la vaccination contre le covid-19 ?

Vaccine formulation by Sanofi Pasteur on Flickr CC BY-NC-ND 2.0) — Sanofi Pasteur , CC-BY

Des milliers de morts causées par la vaccination selon les bases de données officielles ? Démêlons le vrai du faux entre antivax, fake news et pro-vaccination.

Par Alexis Vintray.

Une des informations que l’on voit fréquemment passer dans l’écosystème de réinformation covid-19 est qu’« on » nous cacherait le nombre élevé de morts causées par la vaccination.

Pour cela, les opposants à la vaccination ont généralement recours à une base de pharmacovigilance officielle américaine, VAERS ou Vaccine Adverse Event Reporting System. Au moment où je l’ai consultée en juillet 2021, cette base évoquait par exemple 4650 morts, tous vaccins confondus (donc pas uniquement anti-COVID). Est-ce à dire que les vaccins tuent à tour de bras et que les chiffres officiels confirment cela ? Creusons un peu.

Qu’est-ce que VAERS ?

VAERS est le système utilisé par tous les médecins, hôpitaux, centres de vaccination, etc. américains pour remonter en temps réel et centraliser les éventuels problèmes consécutifs aux vaccinations. Il a pour but de recenser tout ce qui a suivi la vaccination (peu importe le vaccin), pour permettre aux chercheurs et autorités d’investiguer ensuite et d’identifier d’éventuels effets secondaires non anticipés.

Elle est donc en libre accès pour y poster, et tous les professionnels de santé sont encouragés à y indiquer tout événement médical post-vaccinal, même si aucun lien avec la vaccination n’est supposé.

En anglais :

Vaccine providers are encouraged to report any clinically significant health problem following vaccination to VAERS, whether or not they believe the vaccine was the cause.

Comme précisé, elle n’a pas vocation à être une base de données propre sur tous les cas confirmés de problèmes causés par la vaccination. Elle est à considérer comme un système d’alerte en temps réel servant à détecter rapidement les problèmes éventuels, comme le rappelait d’ailleurs justement Contrepoints en 2017.

Une situation assumée par la CDC, qui précise :

Les cas peuvent présenter des informations incomplètes, fausses, sans lien de causalité et non vérifiées.

Elle ne peut absolument pas servir à faire un bilan des effets secondaires des vaccins sans de grosses analyses, puisqu’il faut observer chaque cas et l’investiguer. Mais même sans investigation directe, le contenu de la base donne une mine d’informations.

Que contient VAERS (effets secondaires, morts, etc.) ?

J’ai donc téléchargé la base 2021, ici. Au jour du téléchargement, 411 952 effets secondaires y étaient listés. Un nombre qui pourrait sembler effrayant à première vue.

Regardons un peu dans le détail.

Déjà, le remplissage décentralisé implique une qualité de la donnée très disparate. Alors qu’il s’agit d’une base d’effets secondaires, elle est plutôt utilisée en journal de vaccination, avec des milliers de lignes qui… ne sont pas des effets secondaires.

Je n’ai pris ici que les cas les plus évidents mais ils sont parlants :

  • 1115 cas de « Pfizer vaccine administered after being stored at a regular freezer temps longer than recommended. Dose determined invalid, client contacted and recommended repeat dose. »
  • 837 cas de « Error: Improper Storage (temperature) »
  • 630 cas de « Error: Wrong Dose of Vaccine – Too Low » ou « Too High »
  • 568 cas de « adverse events: none stated »
  • De nombreux autres cas de « no known adverse events »

Cette analyse qui n’a pas vocation à l’exhaustivité permet donc en quelques secondes d’en identifier des milliers. Pas loin de 10 000 « effets secondaires » sont des descriptions d’erreurs commises lors de la vaccination, ou d’absence d’effets secondaires. Une analyse exhaustive de la base permettrait sans doute d’en identifier bien davantage.

Restent logiquement de nombreux effets secondaires potentiels (donc pas liés avec certitude à la vaccination pour rappel). Quels sont-ils ?

Quels effets secondaires post-vaccination ?

Voici les effets secondaires les plus fréquents, identifiés jusqu’à 6 semaines après vaccination :

Vous pourrez retrouver dans cette liste toutes les erreurs mentionnées précédemment mais aussi les effets secondaires fréquents et connus (céphalée, fièvre, fatigue, etc.).

La moitié des cas d’effets secondaires concernent des personnes ayant d’autres soucis de santé connus et donc pour qui la probabilité est élevée que ces symptômes soient causés par une autre pathologie.

On y trouve aussi et de manière potentiellement inquiétante, des cas de décès survenus donc durant les 6 semaines ayant suivi l’injection d’une dose de vaccination. 279 cas sont indiqués dans le tableau ci-dessus vs 4650 au total, les libellés n’étant malheureusement pas homogénéisés.

Creusons un peu plus ces 4650 cas : qui sont ces personnes décédées, ces décès peuvent-ils être liés à la vaccination (et à la vaccination anti-COVID en particulier) ?

Qui décède suite au vaccin ?

Le premier élément frappant est que les deux tiers des personnes décédées avaient d’autres soucis de santé repérés, généralement graves.

Notons aussi le facteur de l’âge : la moyenne d’âge pour les effets secondaires listés dans VAERS est de 49 ans. La moyenne d’âge pour les seuls décès est bien plus élevée, 71 ans. Et la moyenne d’âge des personnes décédées sans autre souci de santé connu est 75 ans.

À l’inverse, si l’on se concentre sur les décès des personnes de moins de 20 ans, on arrive à 38 cas possiblement liés au vaccin (sur un peu moins de 70 millions de doses administrées rien que pour le covid). Parmi ces 38 cas (tous vaccins confondus) : trois suicides, une mort subite du nourrisson (donc vaccination autre que covid), etc. 22 de ces cas concernent des personnes de moins de 12 ans, pour lesquelles on sait avec certitude qu’il ne s’agit pas du vaccin anti covid puisqu’il ne leur est pas accessible. Autant dire que le lien de causalité avec la vaccination semble particulièrement limité chez les jeunes (16 morts potentiellement, y compris trois suicides).

Sans même creuser médicalement chacun des décès, on constate donc que la distribution est logique : ceux qui meurent durant les six semaines suivant la vaccination sont surtout des personnes âgées avec des comorbidités. Il était malheureusement statistiquement très probable qu’une partie significative d’entre elles décède, avec ou sans vaccin, et le lien de causalité avec le vaccin est particulièrement incertain.

D’un point de vue statistique, tout cela semble très normal pour une base de données qui, à nouveau, liste tous les effets secondaires post-vaccination, même sans lien connu, visible ou supposé avec la vaccination.

Une analyse confirmée une fois les cas vérifiés

Une analyse confirmée par la CDC, la principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique. Sa porte-parole, Martha Sharan a ainsi indiqué à Reuters :

La revue des informations cliniques disponibles, y compris les certificats de décès, les autopsies et les dossiers médicaux, n’ont pas permis d’établir de lien de causalité avec les vaccins anti covid-19.

Il est donc faux de dire qu’il y a des milliers de morts causées par la vaccination.

Cela ne signifie pas que la vaccination ne présente strictement aucun risque.

Par exemple, à ce stade, la CDC a confirmé trois cas de décès liés au vaccin Johnson & Johnson, et le vaccin est déconseillé aux femmes de moins de 50 ans. Moderna est aussi suivi de près par la FDA pour des effets secondaires « très rares » sur le cœur (myocardites) pour les hommes de moins de 30 ans. Pareillement, une fréquence plus élevée d’effets secondaires graves potentiellement liés au vaccin chez les moins de 65 ans a abouti à la suspension de la vaccination Astra Zeneca pour les moins de 55 ans, pour qui, en France, Pfizer ou Moderna sont privilégiés.

Mais selon les analyses faites par les principales agences sanitaires des pays occidentaux, ces risques ne changent pas significativement le ratio bénéfice/risque de la vaccination.

Quelles incidences sur la politique de santé face au covid ?

Quelles que soient les conclusions sur l’utilité des vaccins ou leur danger, ce geste médical fort ne devrait jamais être imposé ni même rendu indirectement obligatoire par le pass sanitaire, d’autant plus quand on fait confiance à la science.

Frédéric Mas l’a bien résumé dans ces colonnes (à lire ici). Ce n’est pas comme cela qu’on convainc, c’est aussi contre-productif comme le rappelait Bernard Kron.

Un choix regrettable pour la contrainte alors que, naturellement, l’hésitation vaccinale diminue, peu importe le pays (graphique The Economist). Cela est permis justement par le faible nombre d’effets secondaires qui rassure les hésitants et malheureusement par les morts du covid qui incitent les réticents après la perte d’un proche à cause de la maladie :

Image

À l’inverse, l’autoritarisme politique actuel clive dangereusement nos sociétés. Il cause une adhésion grandissante aux fake news antivax telle que celle des soi-disant milliers de morts causées par la vaccination. Quel gâchis.

Sources complémentaires :

Cet article a été édité à 12 h 00 pour corriger un point sur les décès et ajouter l’information sur l’enquête en cours de la FDA sur les myocardites.

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