Elon Musk : derrière le mégalo, le stratège des affaires

Elon Musk - The Summit 2013 on wikimedia commons - Creative Commons Attribution 2.0 — Heisenberg Media,

Irritant, séduisant, provocant, exaltant, il est peu dire qu’Elon Musk déclenche les appréciations les plus tranchées dans les discussions.

Par Yannick Harrel.

Côté face, Elon Musk est un entrepreneur à succès avec SpaceX, Tesla, Neuralink et X.com (futur PayPal). Côté pile, Elon Musk est un trublion médiatique trop heureux de jouer avec les réseaux sociaux et les crédules. Irritant, séduisant, provocant, exaltant, il est peu dire que l’individu déclenche les appréciations les plus tranchées dans les discussions, les rédactions et les commissions d’enquête.

Devenu troisième fortune mondiale (115,4 milliards de dollars estimés) en 2021, l’entrepreneur américain d’origine sud-africaine Elon Musk multiplie les annonces détonantes. La conquête de Mars, la fusion des intelligences humaine et artificielle ou de trajets intercités en tube hyper-pressurisé sont quelques unes de ses prédictions dont les premiers jalons ont été posés dans la décennie précédente.

De loin, l’homme est un pur produit de la Silicon Valley. L’illusion se dissipe dès lors que l’on s’en rapproche, car de près Elon Musk apparaît comme rebelle à cet esprit californien souvent bien plus conformiste que ce qu’il prétend.

Exemple non isolé : l’usine originelle de ses électromobiles Tesla est située à Fremont, et alors que l’État californien et tout l’écosystème numérique de la Silicon Valley prônaient le confinement (lockdown), le bouillant personnage força les autorités locales à rouvrir son site industriel en les menaçant de poursuites judiciaires.

Ce n’est pas un hasard si celui-ci accepta aussi de participer au conseil économique de Donald Trump au grand dam des personnalités de la Silicon Valley très vindicatives à l’encontre de l’ancien Président américain. De même qu’il supporta pour la présidentielle de 2020 le candidat démocrate Andrew Yang, réputé très pro-entreprise, à contrepied des ténors du parti alors campés sur un positionnement plus idéologique.

Le natif de Pretoria est un entrepreneur à succès ayant toujours réinvesti le fruit de ses succès en de nouveaux projets comme dans la recherche et l’innovation des structures existantes, un profil fort éloigné du prédateur financier. Il n’hésite pas le cas échéant à apporter un éclairage spécifique dont il est difficile de délier l’aspect ironique ou enflammé comme sa dernière déclaration d’amour à la cryptomonnaie Dogecoin.

Elon Musk : le fantasque en surface, la stratégie au fond

Alors oui, Elon Musk a fumé un joint et bu un verre de whisky en pleine émission ; oui, il a décidé de revendre sur un coup de tête tous ses bitcoins et a en corollaire fait plonger abruptement le cours de la cryptomonnaie ; oui, il a traité de pédophile un sauveteur britannique en mission de sauvetage en Thaïlande ; oui, il a évoqué la vente de sa société Tesla et son retrait de cotation par un tweet provoquant l’ire de la puissante SEC (le pendant américain de l’AMF française) ; oui, le couac de la solidité du Cybertruck durant la cérémonie de présentation est resté dans les mémoires.

Et enfin, oui il s’est même moqué de ses contempteurs en leur proposant un Elongate ou encore en exprimant être atteint du syndrome d’Asperger pour expliquer ses excentricités passées et s’exonérer des futures ; tout en visant ironiquement une certaine sainte médiatique de l’écologie moderne.

Et pourtant malgré toutes ces frasques et ces travers (liste non exhaustive fournie ci-dessus), Elon Musk continue de fasciner toute une génération éprise d’innovations et de défis : car le fait est qu’il fait rêver en offrant une vision stratégique, parfois au travers de jolis coups médiatiques comme coiffer une électromobile Tesla sur sa fusée Falcon Heavy.

Tandis que dans une majorité de pays occidentaux est prônée la fin des mobilités, travers d’une société acquise à la décroissance, l’entrepreneur américain propose et expose une toute autre voie. Est-elle farfelue ? Oui, comme l’était ses projets de disposer d’une fusée réutilisable capable de se poser sur une plateforme maritime ou de concevoir une électromobile capable d’écraser toute supercar thermique sur le 0 à 100 km/h.

Tous ses projets ne se réaliseront certainement pas mais il insuffle à toute une génération l’envie de se dépasser, de concrétiser leurs études par des réalisations d’envergure et d’apposer leur propre petite brique au sein d’un gigantesque édifice.

Le doigt du prophète

Lorsque le prophète pointe du doigt la planète Mars, le fou regarde le doigt. Car si Elon Musk prône la révolution technologique, il déploie en réalité une approche stratégique des affaires : derrière le brouillard de ses sorties médiatiques, l’iconoclaste patron s’appuie sur une vision systémique, globale, de son écosystème, et c’est la technologie qui lui permet de l’atteindre, ou à tout le moins, de franchir les étapes y menant.

Dans des sociétés occidentales hygiénistes où se déplacer, se nourrir, s’informer et même respirer deviennent des actes suspects et verbalisables, le cas Musk est dissonant, et c’est en cela que lui, et tous ceux de son espèce, sont les anticorps des sociétés malades de leur bureaucratie, de leur éleuthérophobie et de leur incapacité à proposer un avenir à leur population la plus ambitieuse et productive.

Dans des sociétés où les forces destructrices, annihilatrices du passé et castratrices du futur font la loi, mieux vaut suivre Elon Musk vers Mars plutôt que rester sur Terre.

Mise à jour 26/05/2021

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.