Manif des policiers : Darmanin s’insurge contre la politique de Darmanin

Le sentiment d’impunité de la petite délinquance, qui pourrit le quotidien des forces de l’ordre, s’inscrit plus largement dans un climat de dégradation des relations entre police et population.

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Screenshot_2021-02-02 Gérald Darmanin Plus de 600 000 contrôles ont été effectués depuis la mise en place du couvre-feu - DailyMotion

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Manif des policiers : Darmanin s’insurge contre la politique de Darmanin

Publié le 19 mai 2021
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Par Frédéric Mas.

C’est une première, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin marchera aujourd’hui pour protester contre les violences faites contre les policiers. Il n’est pas le seul à s’y rendre, loin de là. La « marche citoyenne » qui se tiendra face à l’Assemblée nationale accueillera un large spectre du monde politique, de l’extrême droite jusqu’au PCF, d’Éric Zemmour à Fabien Roussel (PCF) en passant par Jordan Bardella (RN) et Yannick Jadot (EELV).

Certains ont ironisé sur la présence de M. Darmanin défilant pour protester contre ses propres manquements, d’autres ont remarqué que la France Insoumise de Mélenchon avait décliné l’invitation.

Le mot d’ordre des organisateurs est pourtant de ne pas transformer le rassemblement en tribune politique. Il ne doit pas y avoir de récupération, le geste des policiers cherche d’abord le soutien des citoyens avant d’avoir celui des élus.

Ras-le-bol général

La mort tragique du brigadier Éric Masson au cours d’une opération anti-drogue à Avignon et de l’agent administratif de police Stéphanie Monfermé assassinée par un terroriste à Rambouillet ont donné le signal du ras-le-bol général pour une institution sous pression depuis maintenant plusieurs années.

Le message des syndicats de policiers est clair : il faut punir plus durement les agresseurs des forces de l’ordre. Une intersyndicale constituée après la mort d’Éric Masson a obtenu le 12 mai dernier plusieurs mesures dans ce sens de la part du Premier ministre Jean Castex. Parmi les mesures promises : la suppression du rappel à la loi, punition plus sévère en cas de refus d’obtempérer, la création d’un délit spécifique en cas d’agression de gendarmes ou de policiers.

Seulement, la mesure phare exigée par les syndicats, à savoir la mise en place de peines planchers pour les agressions de policiers, n’a pas obtenu satisfaction : certains commentateurs évoquent l’incompatibilité de telles mesures avec le principe d’individuation des peines protégé par la Constitution car découlant de l’article 8 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789.

Crise -relative- de confiance envers la police

Le sentiment d’impunité de la petite délinquance qui pourrit le quotidien des forces de l’ordre s’inscrit plus largement dans un climat de dégradation des relations entre police et population.

Pour le cabinet Elabe, en décembre 2020, on constatait une baisse de confiance de 9 points en 6 mois et de 16 points par rapport à avril 2019 :

« La baisse de cette confiance se fait principalement sur les 18-24 ans où elle devient minoritaire (47 %, -18), les catégories populaires (54 %, -12), les habitants des petites agglomérations (59 %, -22) et, politiquement, elle s’effondre auprès des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (36 %, -19 en six mois, -31 depuis avril 2019), et de Benoît Hamon (40 %, -11 en six mois, -35 depuis avril 2019). »

Selon Vincent Sizaire, maître de conférence associé à l’Université de Nanterre et spécialiste en sciences criminelles, c’est la surenchère répressive qui contribue à la crise de l’autorité policière : « La surenchère tend à présenter l’institution comme étant au-dessus des lois, rompant ainsi le lien de confiance qui doit l’unir à la population. »

Rupture d’égalité

Le modèle pénal républicain s’est construit sur l’égalité devant la loi, mettant sur le même plan police et citoyens devant le juge en cas de manquement. Seulement « les pouvoirs publics semblent aujourd’hui vouloir édifier un véritable droit d’exception pour la répression des [infractions commises à l’encontre des policiers]. »

Dernièrement, c’est la loi sécurité globale qui a pu témoigner de ce changement fondamental d’approche de la logique de l’administration policière.

En matière de lutte contre la drogue et le terrorisme, les politiques répressives s’empilent depuis deux décennies sans résultats significatifs. L’idéologie sécuritaire s’étend désormais à d’autres secteurs, en particulier à la gestion des manifestations, comme on a pu le voir au moment de la crise des Gilets jaunes.

Comment éviter l’escalade de la violence, stratégie perdante pour la police comme pour la population ? Des solutions existent. Réduire la criminalité liée au trafic de drogue, combattre la constitution d’un État de surveillance généralisé des citoyens, ou plus largement sortir de la logique de guerre qui anime l’État contre une population qu’il considère toujours en suspect plus qu’en citoyens autonomes. C’est tout l’inverse de la politique proposée par Gérald Darmanin, incapable de sortir du logiciel répressif mis en place par Sarkozy.

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  • Humm..
     » le principe d’individuation des peines protégé par la Constitution car découlant de l’article 8 de la DDHC »
    Découlant de loin 🙂
    « Art 8 La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires »
    Ps Voir conseil constitutionnel récidive légale.

    • Ce qui est contraire au Droit et à l’égalité de tous devant la loi, c’est que les règlements étatiques, qu’on ne peut en aucun cas qualifier de loi, établissent une hiérarchie des crimes suivant l’identité de l’agresseur et celle de la victime. Il n’y a aucune raison pour que les agressions contre les policiers fassent l’objet d’un traitement spécifique. Par ailleurs, les policiers, comme les autres citoyens, devaient se voir reconnu le droit fondamental à la légitime défense en réponse à une agression.

  • Parler des violences policières n’est là que pour cacher l’incompétence des ministères et de la justice (et tout son système débile et inégalitaire) face aux violences « non policières »… Bref, du pipi de chat.

  • La conclusion est plus que courte, c’est du Yaka ?
    – Le combat contre le trafic de drogue ne résoudra pas la question du comportement d’une jeunesse non intégrée, aux tendances islamisantes, se définissant comme non française, et assez mal habituée aux efforts, à la rigueur, outre une éducation pour le moins courte.
    – A partir du moment où, régulièrement, on apprend que tel « taré » dépassant des bornes habituelles, est titulaire d’une vingtaines de condamnations similaires, écarter le répressif semble vraiment curieux, même au nom du rejet de l’État de surveillance.
    Il faudrait admettre que certaines populations engendrent des externalités négatives, dont la nécessité de la répression.

  • « Comment éviter l’escalade de la violence, stratégie perdante pour la police comme pour la population ? Des solutions existent. »
    Oui. La première est là : « Art. 12. La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

    Pour ma part, je ne sais pas sur quel pied danser avec la Police. Son existence est essentielle. Son absence de certains districts de villes américaines l’a prouvé. Ces districts (à N-Y, Chicago, Seattle, par exemple) ont vu les stats sur les crimes et délits crever le plafond en l’espace d’un an. Des services de police de grandes villes subissent une hémorragie : des centaines d’agents démissionnent ; du pain béni pour les criminels et autres délinquants.
    En France, là où elle n’entre pas, on appelle ces endroits des « zones de non-droit », « territoires perdus de la République », « zones de reconquête républicaine ».
    A Marseille, il y a eu un barrage filtrant à l’entrée d’un quartier… posé et tenu par des dealers.
    Des gendarmes, des policiers sont très efficaces quand il s’agit de mettre des amendes peu importe les motifs à la mode, pour matraquer du gilet jaune, de l’infirmière, du pompier, du client de bar qui regarde une finale, mais beaucoup moins quand il s’agit de Blackblocs, d’antifa, ou de « jeunes déçus », ou des « supporteurs », ou de porter secours à une femme battue par son voisin descendu par le balcon, pendant une heure, en attendant l’ordre d’agir alors qu’ils sont dans le couloir pour finalement aller ramasser son corps sur le sol 3 étages plus bas.
    D’un autre côté, un policier américain appelé pour une dispute a dû utiliser son arme pour sauver la vie d’une femme sur le point de recevoir un coup de couteau malgré la présence de policiers autour.

    La peine pour des violences ayant entraîner plus de 8 jours d’ITT commises sur un « un militaire de la gendarmerie nationale, un fonctionnaire de la police nationale, » est de 5 ans de prison et de 75 000 euro d’amende. (art 222-11, 222-12, du code Pénal), et de 3 ans de prison et 45 000 euro d’amende si l’ITT est inférieure à 8 jours et si les violences sont commises sur « un militaire de la gendarmerie nationale, un fonctionnaire de la police nationale, » (article 222-13)

    LeFigaro titrait le 18/02/2019 : « Violences sur les forces de l’ordre : un code pénal sévère, mais des condamnations légères »

  • je vois bien Darmanin avec une pancarte lors de la manif  » aux chiottes le ministre »……..quelle plaie ce mec.

  • Mettre en garde à vue une commerçante prenant des photos dans son magasin ferme au public et un prof pour un masque mal mis, ça donne pas envie d’aimer la police. Les honnêtes gens n’ont pas à payer la frustration de certains policiers.

    En 2006, agressé deux fois à la fac, mes plaintes ont rapidement été classées sans suite malgré des photos des auteurs qu’il suffisait d’aller cueillir sur le campus.

    Si j’avais un conseil à leur donner, ce serait de démissionner massivement, comme dans les hôpitaux, ça filerai les jetons à tous les parasites qui les meprisent et les prennent pour des larbins. Mettez vous en grève comme John Galt.

  • Pauvres Policiers ! Ils ne sont pas aidés ! Une hiérarchie qui ne veut surtout pas de vagues (sauf pour les gilets jaunes et ceux qui gênent le pouvoir), une justice qui ne fait absolument pas son boulot et qui devrait être totalement apolitique mais, comment faire avec un ministricule qu part faire campagne dans le nord au lieu de faire ce pourquoi il est payé !

  • Ni plus ni moins qu’une manif’ corporatiste faite par des gens qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’attend le public au service duquel ils sont mais par contre qui ont une idée très précise de leur intérêt personnel.

    Où sont les pancartes dénonçant les ordres de matraquer le citoyen solvable coupable de 83 km/h, de mal porter son masque en plein air, d’avoir « grillé » un stop où la visibilité est parfaite ou de s’envoyer un petit coup de rosé sur une plage, j’en passe et des meilleures ?

    Le jour où les policiers incluront dans leurs revendications le faite d' »arrêter d’emmerder les Français », ils auront certainement le soutien total des honnêtes gens. En attendant, leurs jérémiades ont plutôt tendance à m’insupporter.

    • Entièrement d’accord, mon fils a acheté 135 euros le droit imprescriptible de mépriser la police pour le restant de sa vie.

      Se faire aligner en revenant d’avoir ramené sa fille chez sa mère un dimanche soir 18h dans le département voisin (selon un jugement dont il a présenté la copie), pour ne pas avoir, en plus, rempli d’attestation, ça donne le droit de se méfier de ces rôdeurs toujours à la recherche d’un coup foireux…

      Et je me joins à lui par esprit de solidarité !

  • Comme d’habitude, les agressions contre les policiers serviront de prétexte à un renforcement de la surveillance et de la répression des citoyens paisibles, honnêtes, travailleurs et solvables. Les vrais criminels et délinquants ne verront aucun changement. Si la police veut récupérer la confiance des premiers, retrouver leur dignité, la raison d’être de leur travail et leur sécurité, ils doivent cesser d’obéir à un gouvernement criminel et retrouver la valeur fondamentale de leur métier, qui est de combattre les agressions, les vraies.

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Gérald Darmanin
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