Le déconfinement de Macron n’est pas le retour aux libertés perdues

Emmanuel Macron BY EU2017EE (CC BY 2.0) — EU2017EE , CC-BY

Incapable de gérer la crise sanitaire autrement qu’en instaurant un régime d’exception adossé à une économie de guerre, Macron peut de moins en moins se prévaloir de son bilan face à une extrême droite en pleine ascension.

Par Frédéric Mas.

Réjouissons-nous ! Le régime de semi-liberté instauré au nom de la crise sanitaire devrait prendre fin le 30 juin prochain. Ou pas. En dernière analyse, c’est Emmanuel Macron qui en décidera souverainement, renouant avec l’adage hobbésien -fort peu libéral- Salus Populi Suprema Lex.

Les élections régionales approchant, c’est donc dans la presse régionale que le président de la République a dévoilé son plan progressif de déconfinement.

Celui-ci se fera en quatre étapes, et promet de s’étaler du 3 mai au 30 juin sous conditions. Des « freins d’urgence » sanitaires pourront être déclenchés pour isoler les départements ou les métropoles qui répondront à trois critères : « le taux d’incidence qui dépasserait à nouveau 400 infections pour 100 000 habitants, une augmentation très brutale de ce taux et une menace de saturation des services de réanimation. »

Déconfinement de Macron : le retour des libertés individuelles ?

Mais qu’importe, le retour des libertés individuelles est à la clef, n’est-ce pas ? Encore quelques mois, comme on nous disait il y a quelques mois. En fait, comme c’était à prévoir, et comme nous l’avons prédit dès le début de la crise sanitaire il y a maintenant plus d’un an de cela, l’État de droit va y laisser des plumes.

L’État substitue à la logique carcérale du confinement celle du bracelet électronique avec le passeport vaccinal. Le pire, c’est qu’aujourd’hui, une partie non négligeable de la population appelle de ses vœux ces solutions « de sortie de crise ».

Le gouvernement a tellement soufflé sur les braises de la panique sanitaire que beaucoup y voient une bouée de sauvetage. Après tout, c’est le prix à payer pour retrouver un semblant de vie normale.

La circulation des données de santé, l’affaiblissement du secret médical et donc du plus intime de la vie privée, la multiplication des barrières à la liberté de circuler, de s’associer, de se rassembler ne pèsent rien dans la balance, définitivement bloquée sur les morts réels ou potentiels du covid.

Emmanuel Macron veut un débat parlementaire sur le passeport sanitaire, qui devrait être obligatoire pour accéder à un certain nombre de lieux à forte densité de population. On se doute que la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale se fera la chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif, qui lui-même ne fait que relayer les décisions prises au niveau européen. Macron affirme qu’il ne veut pas faire du pass sanitaire un droit d’accès qui différencie les Français, mais il va quand même le faire.

Mais nous déconfinerons, c’est certain ! Et nous avons un avantage non négligeable aujourd’hui pour le faire, en avril 2021, par rapport à mars 2020 : nous avons des vaccins !

Sauf qu’ils continuent d’arriver au compte-gouttes grâce aux maladresses de l’Union européenne et de notre Leviathan bureaucratique. Que personne ne veut se faire vacciner suite aux déclarations d’une maladresse confondante de l’exécutif sur l’AstraZeneca. Que la vaccination ne semble pas faire l’unanimité parmi les experts pour sortir du confinement carcéral. Qu’on en vient même à jeter des doses.

Si la libération des Français doit attendre la réalisation de la très cahotique campagne vaccinale alors ce n’est pas deux mois qu’il faut compter, et on ne prend pas trop de risques en ajoutant quelques mois supplémentaires aux « mesures exceptionnelles » qui durent depuis beaucoup trop longtemps.

La parole publique démonétisée

Emmanuel Macron s’est adressé à la presse régionale pour présenter son plan de déconfinement pour tenter de renouer avec un peuple qui ne le croit plus depuis longtemps et qui juge plus généralement la parole politique totalement démonétisée.

Incapable de gérer la crise sanitaire autrement qu’en instaurant un régime d’exception adossé à une économie de guerre, aux avis de la bureaucratie hospitalière, et à un aréopage d’experts « scientifiques » plus ou moins instrumentalisés, Emmanuel Macron peut de moins en moins se prévaloir de son bilan pour faire face à une extrême droite qui ne cesse de gagner en popularité.

C’est même ce qui devrait inquiéter dirigeants, médias, éditocrates et faiseurs d’opinion : à force dire tout et son contraire, de répandre la peur à tous les échelons au nom du nouvel ordre sanitaire, de dénoncer les défaitistes et les complotistes de la guerre contre le covid, l’autoritarisme macronien a rendu Marine Le Pen moins repoussante dans l’opinion publique, y compris à gauche et à l’extrême gauche.

En appliquant une logique de guerre à la société civile par temps de paix, Emmanuel Macron a mimé l’extrême droite, s’inspire de l’idéal militaire qu’Hayek désignait comme le modèle le plus opposé à la société libérale dans son essai la Route de la servitude.

Il est encore temps de remettre les idées à l’endroit et de revenir sans plus attendre à la liberté comme principe organisateur de nos sociétés. Pas dans deux mois, mais dès maintenant.

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