Ces émotions qui dominent la gestion de la crise sanitaire

L’industrie médiatique, les compagnies pharmaceutiques, les chaires de recherche et les organisations politiques capitalisent sur les émotions pendant la crise, pour prospérer.

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Ces émotions qui dominent la gestion de la crise sanitaire

Publié le 11 avril 2021
- A +

Par Gabriel Lacoste.

La nouvelle récente de la mort d’un adolescent de 16 ans de la Covid-19 est une opportunité de questionnement du rôle toxique que peut jouer notre empathie dans les drames collectifs.

Émotions et risques de l’empathie

Hier, j’ouvre mon fil d’actualité. Je tombe sur cette histoire qui a fait le tour des médias québécois. « Le virus fait sa plus jeune victime au Québec ».

Mes sentiments ? Peur et découragement. Peur de qui ? Des personnes empathiques qui utiliseront cette nouvelle pour convaincre les décideurs de nous séquestrer encore plus longtemps.

Je sais que leur attente est de me voir exprimer de la peine pour cette très jeune personne, puis éviter de rencontrer mes amis pour que cela ne se répète pas. Je devine que ma réponse les choque. Ils détestent les personnes sans cœur et je semble en être une. Je les comprends, mais…

L’intervention en situation de crise

J’ai été responsable d’une équipe d’intervenants sociaux et je suis intervenu quotidiennement dans des situations de crise. Or, une règle de base pour bien gérer une crise est d’en éloigner ceux qui sont envahis par leurs émotions, car ils vont éteindre l’incendie avec des bidons d’essence.

À titre d’illustration : j’occupe un poste de responsable dans un centre d’hébergement où résident des hommes impulsifs, agressifs et judiciarisés. Un référent X suit de près Bob, mais pas Gilles. Bob a une altercation avec Gilles. Le ton monte. Les deux s’insultent et se menacent. X écoute la version de Bob. Il est bienveillant à son égard et pense qu’il a bien agi en s’affirmant ainsi. Il insiste pour que Gilles soit expulsé du centre.

Je demande à X de prendre en compte la globalité de la situation, d’entendre le point de vue de Gilles, puis de ses voisins, mais aussi de comprendre que le juge exigera un rapport sur l’évolution de Bob, des risques qu’il peut présenter. X, toujours envahi par ses émotions, se sent jugé par mes questionnements, a l’impression que je ne défends pas son point de vue dans ce conflit, et s’en plaint à son syndicat.

Dans cette situation, comprenez-vous les risques engendrés par l’empathie que X éprouve envers Bob ?

Maintenant, supposez qu’au lieu d’éloigner X de la situation afin qu’il prenne du recul, davantage de personnes émotives soient invitées à se mêler de l’affaire. Des journalistes, des groupes de défense des droits, des activistes viendraient opiner, prendre position, se battre pour un camp ou pour un autre. Quelles seraient les conséquences ?

Vraisemblablement, une affaire gérable à un niveau personnel deviendra une crise d’ampleur nationale.

Émotions et effet multiplicateur des médias

Eh bien, lorsqu’il est question d’un jeune de 16 ans qui meurt de la Covid-19, c’est ce qui se passe.

Les médias s’invitent. Chacun se mêle de l’affaire et y va de ses commentaires. Les demandes de resserrer les règles sanitaires, les insultes envers les dissidents augmentent. Certains perdent leur commerce et leur emploi. Des individus isolés le sont davantage. Des jeunes voient leur parcours scolaire gravement perturbé.

Des personnes apeurées annulent leur rendez-vous médicaux, et ne sont pas dépistées à temps d’autres pathologies. Les gestionnaires des hôpitaux multiplient les tracasseries administratives et alourdissent le travail des infirmières. D’autres, épuisés, s’absentent de leur travail.

Bref, la société se désorganise et la production de biens et de services cruciaux en pâtit.

Au final, ce sont les gens comme moi qui seront pointés du doigt et rendus responsables de la situation, pas les journalistes qui ont utilisé le décès d’un adolescent de 16 ans pour souffler un vent de panique.

Un drame individuel se transforme en conflit national. Et tout ça pour sauver des vies ? Probablement pas.

Le rôle de la raison

Comprenez-moi bien : l’empathie est essentielle. Cependant, elle doit être guidée par la raison, sinon elle devient arbitraire et discriminatoire.

Sans la raison, une trop grande compassion entraînera une réponse impulsive, sourde aux conséquences en termes de coûts/bénéfices ; sans la raison, le sort de la personne dont la souffrance s’offre à nos yeux influera davantage nos décisions. Finalement, tous ceux qui, comme moi, chercheront à brider cette sympathie au nom d’un bien plus grand seront rangés rapidement dans la catégorie des méchants et seront insultés ou ridiculisés en public.

Voilà qui est dangereux.

La responsabilité des foules compassionnelles

Durant cette crise, l’emphase est de mise chez les experts, les médias ou les gouvernements du monde entier. Cependant, le rôle des foules empathiques à l’excès qui transforment ces drames individuels en arène nationale mérite d’être pointé du doigt.

À d’autres époques, ce sont ces foules que les démagogues haranguaient pour réveiller une réponse guerrière. Le courage du pauvre soldat qui risque sa vie a été l’étendard facile à agiter devant les pacifistes contestataires. De nos jours, les guerres ne sont plus aussi populaires.

Aujourd’hui, partir en croisade contre les interactions sociales constitue aussi une agression importante à l’encontre de la société civile. Or, ce n’est plus du courageux soldat qui risque sa vie dont il s’agit, mais de la pauvre infirmière épuisée ou du jeune de 16 ans décédé du Covid-19.

Je suis attristé de cette mort, mais je déteste l’usage qui en est fait.

L’industrie médiatique, les compagnies pharmaceutiques, les chaires de recherche et les organisations politiques vendent leur produit grâce à un public qui carbure à cette compassion belliqueuse. Ils capitalisent dessus pour prospérer.

C’est à eux de prendre une pause, de réfléchir, se remettre en question et s’améliorer, car le dommage, la colère et la peur qu’ils génèrent doivent clairement leur être attribués.

 

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Créer un compte Tous les commentaires (24)
  • Je pense que X a confondu empathie et sympathie. Au lieu de comprendre les émotions de Bob (empathie) il les a fait siennes (sympathie).
    L’empathie c’est la compétence qui nous permet de comprendre ce que l’autre ressent. Qui dit comprendre dit raisonnement, et non pas émotion.
    Pour pratiquer et développer l’empathie il faut rencontrer les autres. Les confinements nous mettent en situation de perdre nos capacité d’empathie.
    Et lorsque la raison disparaît il ne reste que l’émotion. Un peuple confiné guidé par ses émotions…

    • « L’empathie c’est la compétence qui nous permet de comprendre ce que l’autre ressent.  »
      Non, ce n’est pas la définition de l’empathie.

      L’empathie est la « Capacité de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. » (dictionnaire Le Robert). C’est différent.
      Identification n’est pas compréhension. On est dans l’émotionnel et, au contraire, cela fait perdre la plupart du temps ce recul qui permet de bien comprendre ce qui se passe. Identification n’est pas raisonnement.

      « Pour pratiquer et développer l’empathie il faut rencontrer les autres. »
      Une fois de plus, non.
      La définition de l’empathie ci-dessus ne nécessite aucun contact/rencontre pour exister. C’est parfais le problème d’ailleurs puisque justement, un contact entre personnes peut renforcer l’empathie mais également la minorer car cela permet de mieux se rendre compte des tenants et aboutissants d’une situation donnée dont la compréhension ne pouvait être que parcellaire du fait de l’éloignement.
      Et ce d’autant plus que les médias (ou autres) feront tout pour susciter cette empathie si elle leur sert (idéologie, vente de journaux, audience télévisuel…etc)

      Sympathie, définition: « Relations entre personnes qui, ayant des affinités, se conviennent, se plaisent. » (Le Robert) Ce qui n’a rien à voir avec l’exemple cité.

      Ce pense que l’emploi du terme « empathie » pour X dans l’exemple cité est parfaitement adapté….

      • Ok on ne va pas de disputer sur les définitions. J’aurais pu écrire que X a confondu empathie et compassion. Au lieu de faire son job d’accompagnement il a pris faut et cause pour Bob. Il s’est laissé dominer par l’émotion de Bob qui est devenue la sienne.
        Le point que je veux souligner c’est que faire preuve d’empathie ce n’est pas se soumettre aux émotions des autres.
        Quant à faire preuve d’empathie sans rencontrer personne c’est un concept qui me semble très abstrait. De l’empathie par médias interposés, c’est plus de la manipulation qu’autre chose.

  • C’est exactement ça. Une meute manipulée par une exacerbation des émotions: culpabilité, peur, etc. L’emprise des médias se révèle comme LE levier de contrôle des populations – on comprend pourquoi ces médias sous le contexte direct du pouvoir et des oligarques.

  • La France appartient définitivement aux pays « du sud », ceux où les émotions guident toutes les étapes de la vie, au contraire des populations des pays du nord plus pragmatiques et où la raison prédomine. Ce qui n’empêche pas les peuples du nord d’avoir de l’empathie, mais de l’utiliser à bon escient.

  • Je suis d’accord avec la vision de l’auteur sur l’usage qui est fait d’épiphénomène.
    Mais n’est ce pas un arbre qui cacherai la foret, un moyen d’assouvir des desseins cachés, d’amplifier le problème pour en douce nous conduire sur un chemin que nous ne prendrions pas si on nous le désignait?
    Qui vivra, verra…

    • En fait, je pense que c’est juste de l’incompétence et de la panique venant de nos dirigeants. Et sans s’en rendre compte vont où vous insinuez, car c’est au final le moyen le plus facile pour « gérer » ce genre de situation (le tout répressif)

  • Remplacez « covid » par « changement climatique » et l’article gardera toute sa pertinence

  • Excellent article qui met le doigt sur un des mécanismes de base qui permet à des « entrepreneurs politiques » de s’emparer, ne fut-ce que pour un temps, de l’espace médiatique de façon disproportionnée, le summum en ce domaine étant les mouvements de type « BLM » « Woke » « Ecologisme » …

  • les émotions seraient parfaitement légitimes à déterminer un choix personnel, certainement pas des choix collectifs..
    mais le problème est d’imposer des choix collectifs.. pas le moyen de les justifier.

    en gros.. j’ai le droit de décider de ma journée en lisant mon horoscope.. de hierarchies mes peurs de façon « irrationnelle ».. et fumer des cigarette « bio ».

    déplorable à mes yeux… mais » ça ne me regarde pas ».

    la rationalité des choix collectifs est de toutes façons une farce dans la très grande généralité..
    sinon vous aurez une élite qui décidera si elle estime le peuple irrationnel.

    la rationalité des choix collectif cache en fait des choix arbitraires…
    est ce un hasard si le communisme se réclame de la science,; si les planifications se disent toujours de la plus haute rationalité?

  • Il y a tous les jours des jeunes de 16 ans qui meurent, beaucoup plus souvent d’un accident de scooter que du Covid (rapport de 1 à 10000). On n’en fait pas tout un plat alors que 10000 morts de jeunes de 16 ans devraient attirer plus d’empathie qu’un seul.
    Mais voilà, notre monde est devenu fou. D’autant qu’il y a de fortes chances pour que ce jeune avait une maladie cachée que le Covid a révélée, durement certes; ou bien un défaut génétique rare.

    • sauf que ni vous ni moi ne se soucions de ce mort et pas plus l’auteur…

      et les gens qui s’en émeuvent on peut facilement en effet leur prouver que cette mort ne signifie RIEN….et qu'(ils s’en foutent ou presque..

      l’emotion c’est naturel.. ici l’émotion affichée est une tromperie cela cache autre chose..

      cela cache un conformisme terrible et terrifiant… sur tout…

      interdiction de penser autrement… c’est l’idée du collectif qui s’insinue partout ..

      c’est toujours l’emotion..qui nous anime.. c’est dans un espace ou nous apprécions les choses avec notre sensibilité que nous nous déplaçons..

      non celui qui vous dit tu es un monstre de ne pas te soucier de la mort d’un enfant..tu lui réponds connerie…

      • donc… ce n’est pas que l’émotion domine les foules sur le covid.. c’ est une singulière unanimité des médias.. qui crée « encourage « le conformism.. mais il suffit de dire je n’ai pas peur..
        j’ai de curieuses « conversations » en général, ça commence par une personne qui me rapporte une « inquiétude médiatique »..il suffit de la relativiser et la baudruche se dégonfle..

        les gens n’ontpas peur du covid..mais beaucoup repetent..

    • Grippe 2017/18 : une dizaine de gosses de moins de 12 ans en sont mort. Indifférence à géométrie variable

  • Quelqu’un de peu recommandable avait dit quelque chose comme : un mort c’est une catastrophe, des milliers c’est une statistique…

  • Que les foules vous entendent !

  • Je pense que X s’est trompé de « métier » ou qu’il y a eu une erreur de casting.

    Dans le cas des médias, ils ne peuvent tous s’être trompé de métier. L’erreur est assumée sinon volontaire. Et quand on regarde à qui appartiennent les médias, on doute qu’il y ait une erreur de casting.

    • « Je pense que X s’est trompé de « métier » ou qu’il y a eu une erreur de casting. »
      Oui peut-être.
      Mais ce n’est sûrement pas ce qu’en pense X en fonction de ses critères perso. Nombres de personnes s’engagent dans différentes activités pensant en avoir toutes qualités requises, alors que cela n’est pas le cas. Regardez autour de vous. C’est fréquent. On doit faire avec.
      Cela devient très problématique quand le statut ou le fonctionnement professionnel font qu’il est impossible de recadrer de telles personnes ou de les rediriger vers des postes plus adaptés.

      • « ce n’est sûrement pas ce qu’en pense X en fonction de ses critères perso. »

        100% d’accord.

        La cause est cependant je pense difficile à admettre pour chacun : on ne maîtrise ni ne comprend les véritables émotions qui sont à la base de nos choix, de nos croyances et de l’image que nous avons de nous même.

        Mais celui qui veut aller au fond de sa compassion sociale et s’abstraire de ses propres démons devrait se faire moine et celui qui veut aller au fond de sa conviction écolo devrait aller s’initier au tao dans un monastère au Tibet.

  • Et les jeunes qui se suicident à cause des mesures sanitaires qu’ils ne supportent plus, qui en parle ? C’est moins vendeur ?

  • Les commentaires sont fermés.

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