Gestion de la crise Covid : un triple échec suivi d’un rebond

triple-x BY Bruce Aldridge(CC BY-NC 2.0) — Bruce Aldridge, CC-BY

La France serait-elle vraiment dans le peloton de tête en matière de vaccination des adultes, comme l’affirme Emmanuel Macron ?

Par Paul Zeppenfeld.

La France serait dans le peloton de tête en matière de vaccination des adultes. C’est en tout cas ce qu’il fallait retenir des déclarations d’Emmanuel Macron lors de la réunion hebdomadaire consacrée aux vaccins à l’Élysée, le 20 avril dernier. Après un triple échec retentissant, qu’en est-il vraiment ?

Confronté à la crise du Covid, l’histoire retiendra de nos dirigeants politiques leur échec dans la gestion de la première vague de l’épidémie : dans l’acheminement des masques, le testing et l’isolement des populations.

Ils n’ont guère été plus imaginatifs et efficaces lors de la deuxième vague, en novembre 2020, avec pour seule politique sanitaire un déploiement sans limite des tests PCR au détriment d’une réorganisation des services de réanimation et d’une vraie politique d’isolement des positifs à l’intérieur du territoire et au débarquement des avions.

Un classique français : l’impotence de l’administration dans la gestion de la crise

La déroute a été favorisée par l’impéritie bureaucratique à tous les étages : les conflits de compétences État-régions, préfet-maire, hôpital public-cliniques privées, les confinements et couvre-feux qui s’apparentent à des solutions de la dernière chance recommandées par un Conseil scientifique sans légitimité, une pléthore de mesures liberticides ridicules et dérisoires, une absence de territorialisation préjudiciable aux régions pas ou peu affectées par le Covid, des délais dans la prise de décision incompatibles avec l’urgence sanitaire…

Un échec total et indiscutable, dans sa genèse et dans sa cristallisation, révélateur d’une absence de politique de santé publique.

Interdictions et réprimandes en guise de politique de soins

Ni politique de santé publique, ni stratégie sérieuse de prévention et de traitement face à l’épidémie. Toutefois, la seule constante des autorités de santé, qui s’est confirmée au fil des mois, a été de freiner ou interdire tout traitement qui n’ait passé le barrage de la preuve scientifique absolue des essais randomisés.

Sur cette exigence de suspension et d’interdiction de toute molécule tombée dans le domaine public, il y a eu convergence absolue des mesures de la part du gouvernement et des autorités médicales, soutenus par une presse servile qui s’est sagement confinée dans un rôle de transmission de l’information officielle : le classement en substance vénéneuse d’une molécule pourtant délivrée sans ordonnance pendant des décennies, le choix de fonder la décision d’interdiction d’un protocole sur une seule étude et de ne pas annuler cette interdiction lorsque l’étude fut rétractée une semaine plus tard, l’exclusion des médecins libéraux du parcours de soins, la poursuite par les conseils de l’ordre des médecins de ville qui s’aventuraient à prescrire des traitements dont ils avaient pourtant pu observer l’efficacité sur leurs patients, une mise à l’index systématique de tous les médecins qui s’écartaient de la doxa.

Et pourtant l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a délivré une autorisation temporaire d’utilisation à un traitement qui n’était pourtant pas davantage validé par des essais thérapeutiques et déconseillé par l’OMS, le Remdesivir, produit par un géant de la pharmacie.

Le monde d’avant

Les autorités ont aussi manifesté une conviction unanime à l’égard d’une solution vaccinale dès le séquençage du génome du Sars-Cov-2. Une croyance dans la vaccination contre le Covid-19, alors qu’aucun vaccin contre un coronavirus humain n’avait jamais été fabriqué.

Mais un enthousiasme tempéré, compte tenu des délais habituels de fabrication des vaccins. Et c’est justement ce « réalisme » – cette stratégie perdante ? – qui a précipité la France dans la troisième vague épidémique.

Dans la course au vaccin, les laboratoires Pasteur et Sanofi concourraient à l’élaboration d’un vaccin traditionnel, dont le processus d’élaboration est compris entre un et deux ans. Alors que les laboratoires concurrents s’étaient alliés à des startups pour élaborer un vaccin d’un genre nouveau, à ARN messager.

Les laboratoires français étaient-ils lestés d’un principe de précaution déresponsabilisant ? Les startup françaises n’avaient tout simplement reçu aucun financement ni commande de la part de l’État !

Plus fonceurs, les Anglais comme les Américains avaient tout misé dès juin 2020 sur des licornes de la biotechnologie et Pfizer a fait l’annonce de la mise sur le marché de son vaccin pas plus tard que le lendemain de la défaite de Trump, le 5 novembre 2020, laissant nos élites dans l’incrédulité la plus totale.

Jamais deux sans trois

Alors que Boris Johnson et Donald Trump avaient investi massivement dans la recherche vaccinale, Emmanuel Macron, président d’une start-up nation fantasmée, réagissait avec une pointe de mépris aux déclarations de son homologue américain sur la sortie imminente de son vaccin pendant qu’il confiait les clés de la politique vaccinale de la France à l’Union européenne, alors que la santé publique relève de la compétence interne des États membres.

Là où les Anglais, Américains et Israéliens avaient mis en œuvre une politique volontariste de financement et de commande de vaccins, ainsi qu’un plan de vaccination à partir de décembre, l’Union européenne ne faisait qu’engager des tractations avec les laboratoires, pleine de certitudes vite démenties sur ses capacités de négociation à 28.

Certains États avaient su limiter les dégâts lors des deux vagues de 2020, d’autres ont su initier dans les meilleurs délais une politique vaccinale qui leur a permis d’éviter un nouveau rebond épidémique.

La France a choisi d’abandonner cet attribut de souveraineté à Bruxelles, comme elle avait déjà rejeté la fermeture des frontières avec ses voisins et la mise en quarantaine des nouveaux entrants. Un européisme béat, un attentisme, une absence de stratégie dans une routine de gestion de crise enfermée dans une posture idéologique.

Gestion de la crise et médecins aux vocations très politiques

À la décharge des décisionnaires politiques, il faut reconnaître qu’ils ont été comme tous les Français ballottés entre les avis contradictoires des experts qui s’empoignaient sur l’utilité des masques ou encore sur l’existence des variants. Les modélisations de décrue de l’épidémie et les courbes de décès prédictives ont lassé de convaincre et la stratégie du confinement strict que les médecins abonnés aux plateaux TV analysaient comme le remède ultime à l’enrayement de l’épidémie est retombée comme un soufflé.

Par leurs excès et leur vision autocentrée, les « enfermistes » de l’APHP ont permis à la politique de reprendre ses droits, à Emmanuel Macron de s’émanciper d’une tutelle scientifique qui cumulait les sophismes et les erreurs d’appréciation, et qui confondait allègrement ses revendications budgétaires avec la politique de gestion de crise.

Sans jamais voir le bout du tunnel

Les prédictions flottantes des scientifiques ont semble-t-il ôté toute envie au président de la République de faire des promesses d’allègement des mesures fondées sur des indicateurs sanitaires.

Contrairement au deuxième confinement, où des planchers de nouveaux cas par jour et de personnes en réanimation avaient été fixés, à l’occasion du troisième confinement la réouverture des établissements scolaires n’est même plus corrélée à un objectif chiffré. Il faut dire qu’en décembre, l’objectif du nombre de cas quotidien n’avait pas été atteint et les restrictions avaient dû être levées pour Noël.

Depuis cet échec, il n’y a plus d’objectifs chiffrés entraînant une mesure automatique. Et pourtant il est difficile d’attester de l’efficacité d’une mesure si on ne lui assigne pas un objectif clair.

Cette absence d’objectifs chiffrés est emblématique de l’absence de stratégie gouvernementale. Sans objectif, on ne voit pas le bout du tunnel et les mesures et brimades perdent leur justification et donc leur acceptation.

L’intendance a-t-elle fini par suivre ?

Avec si peu de motifs de satisfaction il est vrai qu’on aurait tort de reprocher au président de la République de se féliciter d’un plan de vaccination enfin lancé et opérationnel, et de se targuer sur Twitter que

Les choses s’accélèrent. […] 17 millions de doses administrées depuis le début, ce qui nous place parmi les pays qui ont vacciné le plus de leur population adulte au sein de l’Union.

Suite à une stratégie de vaccination aux innombrables ratés et retards, qui sont autant de nouveaux témoignages de la faillite d’une administration labyrinthique, était-ce enfin une statistique qui positionne la France en tête d’un classement du Covid ?

À y regarder de plus près, ce chiffre qui pourtant ne tient compte que des adultes ne traduit pas la moindre position de leadership de la France. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) indique qu’avec plus de 22 % de la population majeure ayant reçu au moins une dose, la France est en dixième position sur 27.

Et sur la population majeure ayant reçu deux doses de vaccin, la France recule même à la 15ème place. « De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent », disait Coluche.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.