État d’urgence sanitaire : tout change pour que rien ne change

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Au Québec comme en France, les mesures de restriction sont prises avec opacité. Les paramètres changent tout le temps pour augmenter la pression sur les restrictions.

 Par Gabriel Lacoste.

L’instabilité permanente des décisions politiques est une constante, en France comme au Québec.

Depuis début 2021, la situation de la pandémie au Québec est encourageante. Il a été constaté une diminution, puis une stabilisation des cas.

Puis vers la fin mars, un léger retour à la hausse, mais aussi une augmentation significative des activités de dépistage :

Le nombre de morts et d’hospitalisations est en baisse.

La réponse des « experts »

Bien sûr, durant cette période, il y a eu constamment des gros titres du style « Un expert prédit que s’il y a relâchement, ce sera terrible. » Ils s’appuieront sur les modélisations de l’INSPQ, qui prédisaient qu’en cas « d’adhésion moyenne », l’évolution des cas ressemblerait à ceci :

Si ça ne s’est pas produit, est-ce grâce à une forte adhésion ? Non, car la même INSPQ a publié une autre étude montrant que les Québécois défient de plus en plus les règles et augmentent leurs contacts sociaux.

Quelqu’un s’est-il aperçu de l’échec de leur « science » à prédire ce qui s’est passé ? Bien sûr que non.

La réponse des politiciens et des médias

Face à des chiffres aussi encourageants, le gouvernement de François Legault s’est aventuré vers une timide ouverture de la société québécoise : 60 % de la province a pu retourner au restaurant et à la salle de sports. Les heures du couvre-feu ont été retardées. Les enfants ont pu fréquenter davantage l’école.

La réponse des médias se résume à ceci :

Et là, un fait divers a eu l’effet d’une bombe : 147 cas de covid détectés dans une salle de fitness.

Le Premier ministre a été fidèle à sa stratégie de gouvernance en répondant à l’hystérie journalistique. Il a donc procédé à l’annulation de toutes ses décisions prises la semaine précédente pour cinq régions de la province, en y incluant la ville de Québec.

L’opposition politique dans son ensemble lui a reproché d’avoir déconfiné le pays malgré la menace de la troisième vague.

L’intervention de « Covid-Stop »

C’est à ce moment-là que les médias ont offert une tribune à un « collectif » de médecins réclamant un confinement strict, la fermeture des écoles et de tous les commerces non-essentiels.

Ledit collectif est en fait composé de l’ancien responsable de Québec Solidaire, l’équivalent québécois du Parti communiste, de son épouse et de militants. Il s’agit effectivement de médecins et d’ophtalmologistes, mais également d’activistes anticapitalistes.

Est-il surprenant qu’ils profitent de la situation pour s’en prendre aux commerces non-essentiels et au parti au pouvoir ? Pourquoi leur donner la parole en dissimulant aussi clairement leur tendance politique en mettant en avant leurs qualifications professionnelles ?

Logique de l’État agoraphobe

Nombreux sont ceux qui associent l’État à une organisation de personnes omniscientes, omnipotentes et bienveillantes capables de résoudre les problèmes liés aux conséquences de la liberté individuelle. Ce bref résumé des aléas de la situation de la pandémie au Québec depuis deux semaines montre à quel point c’est faux.

Premièrement, les décisions de fermeture ou d’ouverture ne sont pas liées à des critères objectifs prévisibles comme le nombre de cas, d’hospitalisations, de décès. En effet, même si ceux-ci ont diminué, la pression pour renforcer les restrictions est demeurée constante. Les paramètres de cette décision changent constamment, de manière à maintenir l’urgence sanitaire. Un jour, ce sont les hospitalisations, un autre jour ce seront les variants ; puis le nombre de jeunes contaminés qui peinent à s’en remettre. Sinon, c’est le terme de « croissance exponentielle » qui fait peur aux gens.

Deuxièmement, un agenda politique dépend de la réussite à monopoliser les médias avec une version des faits. Celui qui accède au micro décide ce qui se passe. Le Premier ministre ouvre et ferme les restaurants de la ville de Québec à deux semaines d’intervalle entraînant ainsi un énorme gaspillage, car il est menacé par une bulle journalistique. Il ne veut surtout pas perdre sa réputation. Les partis d’opposition surfent sur ces bulles pour le faire tomber. Les commerçants, eux, sont loin du micro.

Troisièmement, ceux qui participent au téléjournal du soir ont des intérêts non-scientifiques à proclamer savoir ce qu’ils font en agitant leurs titres pompeux. Un responsable de service de soins intensifs peut avoir des ambitions politiques ou vouloir étendre son réseau en prenant la parole en public. La crise sanitaire est pour lui une opportunité de faire progresser ses convictions politiques et ses rêves de révolution, de communiquer à son service qu’il est leur soutien. Se voir offrir une tribune dans un contexte où la parole a autant de pouvoir est propice à stimuler toutes sortes de pulsions sans aucune relation avec la science. L’argent peut corrompre la science, mais la gloire médiatique aussi.

Les experts devraient parier sur leurs prédictions devant un public. Le télé-journal idéal d’une pandémie serait une sorte de jeu télévisé où tous les Neil Ferguson de ce monde miseraient leur argent sur le nombre de cas, de morts et d’hospitalisations. Je suis assez convaincu que dans cette situation ils feraient des prédictions beaucoup plus objectives. Au moins, les vedettes de ce spectacle seraient ceux qui ne se trompent pas et non ceux qui font le plus peur.

Si ce scénario imaginaire illustre une chose, c’est qu’être dirigé par des gens qui ne paient pas pour avoir tort fait triompher l’arbitraire. Cette vieille sagesse du libéralisme économique est toujours d’actualité.

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