Québec : le flair de François Legault pour gérer la crise

Screenshot_2021-03-01 Pascal Bérubé questionne le premier ministre du Québec François Legault concernant les avis écrits — Pascal Bérubé (Député de Matane-Matapédia) on Youtube,

La sévérité des mesures sanitaires au Québec n’avait pas pour origine les experts entourant le Premier ministre, François Legault, mais sa propre sagesse.

Par Gabriel Lacoste, depuis le Canada.

Récemment, il s’est passé quelque chose d’étonnant dans la province de Québec.

Au tout début, notre chef disait en conférence de presse : « Mes décisions viennent de la santé publique ». La meute de perroquets sur les réseaux sociaux y répétait en chœur « écoutez la science », « les experts disent que », « je suis qui, moi, pour décider ? Ils s’y connaissent mieux.»

L’affaire a commencé à prendre une autre tournure au début du mois d’octobre.

Un obscur député de la campagne gaspésienne a demandé des avis écrits à notre leader. Il voulait vérifier si ses experts lui recommandaient de fermer les restaurants. Notre bien-aimé Premier ministre, François Legault, lui a d’abord répondu qu’il n’avait pas le temps de s’encombrer de telles tracasseries administratives. Il décidait en faisant un caucus, sans procès-verbaux, ni rapports. Ils sont des hommes d’action, voyez-vous…

Notre valeureux député insista, tel un caillou énervant dans son soulier. Finalement, un premier avis a été rendu public au début du mois de décembre. Il a fait l’effet d’une bombe. Horatio Arruda, notre Anthony Fauci national, n’a jamais fait cette recommandation ! Comment le public et les médias vont-ils réagir ? Est-ce que le culte de notre Premier ministre tire à sa fin ? Est-ce que sa réputation pâtira d’un scandale ?

Non. La semaine suivante, des journalistes rendent publiques des informations montrant la nonchalance de son conseiller en chef. Richard Martineau, la vedette des éditorialistes, y alla de cette conclusion : François Legault, le Premier ministre, a été un vrai homme d’État responsable. Horatio Arruda a été le mauvais guide lunatique. Le public a avalé cette opinion, puis l’affaire s’est calmée.

Elle est remontée à la surface la semaine dernière. Profitant d’une bonne nouvelle entourant l’accélération de la campagne de vaccination, monsieur François Legault a jugé opportun de divulguer d’autres rapports au même moment. De façon étonnante, la direction de la santé publique du Québec proposait de suivre une approche comparable à celle de la Suède.

Donc, la sévérité des mesures sanitaires au Québec n’avait pas pour origine les experts entourant notre Premier ministre mais sa propre sagesse. En conférence de presse, il s’en félicite. Il a été plus prudent. Et dans le public, ça passe. Aucun scandale.

Philosophons là-dessus…

Cette affaire illustre le pauvre état de notre démocratie. Je soupçonne également que la leçon a une portée qui dépasse nos frontières.

Notre gouvernement construit notre consentement en mentant, littéralement. Il prétend agir en possession de la meilleure information disponible. Il le fait, car, sinon il n’aurait pas réussi à embarquer le peuple dans son aventure. Il dévie le sujet lorsqu’un député lui demande des preuves. Devant son insistance, il finit par avouer son délit, mais change son argumentaire.

Désormais, il nous dit que c’est son flair qui le guide. Les journalistes l’appuient. Ils acceptent qu’en démocratie un représentant puisse mentir pour obtenir le consentement. Une fois que le public est déjà investi largement dans l’aventure, il devient docile. C’est devenu normal. Le supposé contre-pouvoir que représente la presse accepte. Voilà qui est inquiétant.

La majorité pense que la science guide la stratégie sanitaire. Cette croyance est utilisée par les géants du net pour censurer des opinions. Les opposants sont accusés d’être anti-science, associés à l’homéopathie et au conspirationnisme.

Il n’est pas banal qu’un scientifique réputé, ayant réussi à occuper une position-clé dans le domaine du conseil d’État, ne percevait pas les restrictions actuelles comme étant nécessaires, en tenant compte des coûts et en doutant de leur efficacité. Il indique que ce que le public comprend de la « science » est en réalité une construction politique.

Le pouvoir des lecteurs de journaux à sensation

Qu’est-ce qui motive François Legault à aller plus loin que son expert en chef ? Mon hypothèse ? Son image publique.

Il est utile de se souvenir qu’au mois d’avril, il s’est risqué à défendre publiquement l’immunité collective, dans la lignée des signataires de la Great Barrington Declaration. Il s’est aventuré à opiner dans le sens inverse de sa position actuelle. Les journaux l’ont ensuite critiqué. Il a changé d’idée.

Au mois de septembre, les médias québécois martelaient des faits divers sur des clusters dans les bars et les restaurants. Que fait notre Premier ministre au début du mois d’octobre ? Il interdit la fréquentation des bars et des restaurants.

Au mois de décembre, c’est le tour des voyageurs d’être la cible des journalistes. Que fait-il ? Solennellement, en conférence de presse, il demande au Premier ministre du Canada de contrôler les aéroports et d’interdire les voyages.

Pour le temps des fêtes, notre Premier ministre avance l’idée d’assouplir les règles pour permettre les réunions de famille. Les médias se fâchent. Le fil de nouvelles se résume à « les experts prédisent des morts partout à cause du relâchement du temps des fêtes. » Que fait notre Premier ministre ? Il change d’idée, puis annonce ensuite un couvre-feu et une fermeture généralisée des commerces.

Comment est-ce possible ? Comment la même personne peut passer de « j’obéis à la science » à « allons vers l’immunité collective » à « donnons un peu de répit » à « je suis un grand chef plus prudent que mes experts » ?

Il n’a probablement aucune stratégie. Il ne planifie rien. Il rebondit sur les tendances des journaux à sensation, puis improvise au fur et à mesure des réponses lui assurant une bonne couverture. Il lance des ballons d’essais pour rouvrir la société et il recule si les journaux le désapprouvent. S’il sent de la pression pour faire quelque chose, il répond en ajoutant une restriction.

Les journalistes, eux, vendent de meilleures histoires en l’encourageant à le faire. Le lecteur en demande. Voilà en quoi consiste son administration. C’est une affaire de communication. L’industrie médiatique a pris le contrôle de la démocratie.

Dans cette situation, François Legault n’est pas un berger. Il n’est qu’un mouton qui observe où va le troupeau, puis décide de forcer tous les autres à le suivre.

Est-ce que c’est une falaise ? Il n’en a aucune idée. Il a seulement un flair.

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