Québec : le flair de François Legault pour gérer la crise

La sévérité des mesures sanitaires au Québec n’avait pas pour origine les experts entourant le Premier ministre, François Legault, mais sa propre sagesse.

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Screenshot_2021-03-01 Pascal Bérubé questionne le premier ministre du Québec François Legault concernant les avis écrits

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Québec : le flair de François Legault pour gérer la crise

Publié le 3 mars 2021
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Par Gabriel Lacoste, depuis le Canada.

Récemment, il s’est passé quelque chose d’étonnant dans la province de Québec.

Au tout début, notre chef disait en conférence de presse : « Mes décisions viennent de la santé publique ». La meute de perroquets sur les réseaux sociaux y répétait en chœur « écoutez la science », « les experts disent que », « je suis qui, moi, pour décider ? Ils s’y connaissent mieux.»

L’affaire a commencé à prendre une autre tournure au début du mois d’octobre.

Un obscur député de la campagne gaspésienne a demandé des avis écrits à notre leader. Il voulait vérifier si ses experts lui recommandaient de fermer les restaurants. Notre bien-aimé Premier ministre, François Legault, lui a d’abord répondu qu’il n’avait pas le temps de s’encombrer de telles tracasseries administratives. Il décidait en faisant un caucus, sans procès-verbaux, ni rapports. Ils sont des hommes d’action, voyez-vous…

Notre valeureux député insista, tel un caillou énervant dans son soulier. Finalement, un premier avis a été rendu public au début du mois de décembre. Il a fait l’effet d’une bombe. Horatio Arruda, notre Anthony Fauci national, n’a jamais fait cette recommandation ! Comment le public et les médias vont-ils réagir ? Est-ce que le culte de notre Premier ministre tire à sa fin ? Est-ce que sa réputation pâtira d’un scandale ?

Non. La semaine suivante, des journalistes rendent publiques des informations montrant la nonchalance de son conseiller en chef. Richard Martineau, la vedette des éditorialistes, y alla de cette conclusion : François Legault, le Premier ministre, a été un vrai homme d’État responsable. Horatio Arruda a été le mauvais guide lunatique. Le public a avalé cette opinion, puis l’affaire s’est calmée.

Elle est remontée à la surface la semaine dernière. Profitant d’une bonne nouvelle entourant l’accélération de la campagne de vaccination, monsieur François Legault a jugé opportun de divulguer d’autres rapports au même moment. De façon étonnante, la direction de la santé publique du Québec proposait de suivre une approche comparable à celle de la Suède.

Donc, la sévérité des mesures sanitaires au Québec n’avait pas pour origine les experts entourant notre Premier ministre mais sa propre sagesse. En conférence de presse, il s’en félicite. Il a été plus prudent. Et dans le public, ça passe. Aucun scandale.

Philosophons là-dessus…

Cette affaire illustre le pauvre état de notre démocratie. Je soupçonne également que la leçon a une portée qui dépasse nos frontières.

Notre gouvernement construit notre consentement en mentant, littéralement. Il prétend agir en possession de la meilleure information disponible. Il le fait, car, sinon il n’aurait pas réussi à embarquer le peuple dans son aventure. Il dévie le sujet lorsqu’un député lui demande des preuves. Devant son insistance, il finit par avouer son délit, mais change son argumentaire.

Désormais, il nous dit que c’est son flair qui le guide. Les journalistes l’appuient. Ils acceptent qu’en démocratie un représentant puisse mentir pour obtenir le consentement. Une fois que le public est déjà investi largement dans l’aventure, il devient docile. C’est devenu normal. Le supposé contre-pouvoir que représente la presse accepte. Voilà qui est inquiétant.

La majorité pense que la science guide la stratégie sanitaire. Cette croyance est utilisée par les géants du net pour censurer des opinions. Les opposants sont accusés d’être anti-science, associés à l’homéopathie et au conspirationnisme.

Il n’est pas banal qu’un scientifique réputé, ayant réussi à occuper une position-clé dans le domaine du conseil d’État, ne percevait pas les restrictions actuelles comme étant nécessaires, en tenant compte des coûts et en doutant de leur efficacité. Il indique que ce que le public comprend de la « science » est en réalité une construction politique.

Le pouvoir des lecteurs de journaux à sensation

Qu’est-ce qui motive François Legault à aller plus loin que son expert en chef ? Mon hypothèse ? Son image publique.

Il est utile de se souvenir qu’au mois d’avril, il s’est risqué à défendre publiquement l’immunité collective, dans la lignée des signataires de la Great Barrington Declaration. Il s’est aventuré à opiner dans le sens inverse de sa position actuelle. Les journaux l’ont ensuite critiqué. Il a changé d’idée.

Au mois de septembre, les médias québécois martelaient des faits divers sur des clusters dans les bars et les restaurants. Que fait notre Premier ministre au début du mois d’octobre ? Il interdit la fréquentation des bars et des restaurants.

Au mois de décembre, c’est le tour des voyageurs d’être la cible des journalistes. Que fait-il ? Solennellement, en conférence de presse, il demande au Premier ministre du Canada de contrôler les aéroports et d’interdire les voyages.

Pour le temps des fêtes, notre Premier ministre avance l’idée d’assouplir les règles pour permettre les réunions de famille. Les médias se fâchent. Le fil de nouvelles se résume à « les experts prédisent des morts partout à cause du relâchement du temps des fêtes. » Que fait notre Premier ministre ? Il change d’idée, puis annonce ensuite un couvre-feu et une fermeture généralisée des commerces.

Comment est-ce possible ? Comment la même personne peut passer de « j’obéis à la science » à « allons vers l’immunité collective » à « donnons un peu de répit » à « je suis un grand chef plus prudent que mes experts » ?

Il n’a probablement aucune stratégie. Il ne planifie rien. Il rebondit sur les tendances des journaux à sensation, puis improvise au fur et à mesure des réponses lui assurant une bonne couverture. Il lance des ballons d’essais pour rouvrir la société et il recule si les journaux le désapprouvent. S’il sent de la pression pour faire quelque chose, il répond en ajoutant une restriction.

Les journalistes, eux, vendent de meilleures histoires en l’encourageant à le faire. Le lecteur en demande. Voilà en quoi consiste son administration. C’est une affaire de communication. L’industrie médiatique a pris le contrôle de la démocratie.

Dans cette situation, François Legault n’est pas un berger. Il n’est qu’un mouton qui observe où va le troupeau, puis décide de forcer tous les autres à le suivre.

Est-ce que c’est une falaise ? Il n’en a aucune idée. Il a seulement un flair.

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  • Du flair ? « Je sens confusément quelque chose » ( Rantanplan, face à un putois )

  • Finalement c’est le peuple qui décide, et le gouvernant qui assure une certaine cohérence des actions collectives : c’est un exemple parfait de démocratie représentative.

    Effectivement, ça peut ne pas plaire à ceux qui préfèreraient un « Etat Stratège », avec à sa tête un « Homme Providentiel » (ou « Petit père du peuple », ou « Conducteur de la Nation », etc …)

    • « c’est un exemple parfait de démocratie représentative. »
      Non, pas vraiment.
      C’est surtout un exemple de manipulation médiatique.
      Les gens ont été influencés et manipulés par un matraquage médiatique réalisé par une minuscule frange de la population (journalistes et consorts) très orientée idéologiquement. Le ministre a suivi les médias et non la population qu’il n’a jamais consultée ni informée de manière objective avec les éléments à sa disposition.

      • Votre commentaire résume très bien ma pensée. La démocratie, comme idéal, suppose que le peuple est l’ingrédient actif à l’origine de ces décisions. Ce que l’exemple de François Legault montre (et je crois que l’exemple a une portée au-delà du Québec), c’est que, actuellement, l’ingrédient actif n’est pas le peuple, mais l’élite médiatique, qui se montre capable de modeler ce que le peuple pense selon ses objectifs et finir, au final, par exercé une pression sur les autorités de cette manière.

    • Ce n’est absolument pas un exemple de démocratie puisque ce sont les journalistes, oh combien militants de nos jours, qui décident!

  • faire l’apologie d’un assassin, fallait oser, ca meriterait presque un desabonnement a contrepoints :-(((

    • « François Legault n’est pas un berger. Il n’est qu’un mouton qui observe où va le troupeau, puis décide de forcer tous les autres à le suivre. »
      Si vous appelez cela une apologie, j’ose à peine imaginer ce qu’est une critique pour vous… 🙂

  • C’est le modus operandi de tous ces dirigeants et n’a donc rien de surprenant.

    Climat, covid, etc. c’est toujours la science (!) qui leur dicte leur conduite (toujours plus d’état et moins de liberté).

    Staline le faisait déjà.

    D’habitude ils habillent leur bébé idéologique avec des rapports « scientifiques » abscons et illisibles et dont l’épaisseur seule doit servir de démonstration.

    Ce cas-ci signale peut-être une nouvelle tendance, que, en présence d’une presse servilissisme, ils ne se donnent même plus la peine de roucourrir à ces artifices…

    • « que, en présence d’une presse servilissisme, »
      Sauf que dans ce cas précis, il semble que c’est plus le ministre qui a suivi la presse sensée représenter ce que pense la population, population bien mise en condition par cette même presse.

  • Bel exemple québécois.
    De prime abord, le titre pourrait laisser croire que le politicien local vaut mieux que les nôtres… on s’aperçoit qu’il n’en est rien (ouf !).

    Reste la question: comment interpréter le récent contre-pied macronesque (pas de durcissement des mesures alors que c’était acquis pour l’ensemble de la presse mainstream) ?

    • Le contrepied n’est peut-être que temporaire. Ou bien il s’agit de cette stratégie classique de la répartition des rôles: l’un fait le méchant (le ministre qui défend les mesures strictes), l’autre le gentil (le grand chef qu’on doit préserver pour les prochaines élections).

  • Le même schéma semble se répéter un peu partout dans le monde « développé ». Les « avis scientifiques » ne sont qu’un paravent qui masque des décisions politiques. La presse est sous contrôle: elle n’est plus un contrepouvoir mais un relais de propagande. Et Internet est devenu la chasse gardée de quelques multinationales qui arbitrent ce qui s’y dit.
    Quant à l’opinion répandue que « c’est par incompétence » que tout ça arrive, je n’y crois pas une seconde. Les enjeux financiers et de pouvoir sont tels qu’il s’agit d’une action volontaire.
    Je relis en ce moment avec beaucoup d’intérêt « La Doctrine du choc » de Naomi Klein. Où comment des élites sans scrupule profitent d’un événement traumatique pour piller des populations désorientées…

    • Si vous lisez les élucubrations d’une ultra gauchiste hystérique je vous plains!

      • Si vous vous choisissez vos bouquins en fonction des étiquettes collées sur leurs auteurs par ceux que ces bouquins mettent en cause, c’est plutôt vous qui êtes à plaindre…

  • Les commentaires sont fermés.

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