Covid : la variable d’ajustement des carences de l’État… c’est nous

Capture d'écran Chaine YouTube Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a cédé au collectivisme le plus basique : utiliser la population en variable d’ajustement de leurs mauvais résultats plutôt que d’ajuster les services de l’État aux besoins de la population. 

Par Nathalie MP Meyer.

Un sondage Harris Interactive pour LCI réalisé quelques heures avant l’allocution « spéciale confinement III » d’Emmanuel Macron nous indiquait que les Français étaient d’une part extrêmement partagés sur la question d’un reconfinement national (55 % y seraient favorables) et d’autre part extrêmement inquiets (pour 88 % d’entre eux) face à la propagation du coronavirus.

Des réponses pas très étonnantes si l’on considère comment la peur a été savamment distillée dans les médias dans les jours qui ont précédé l’annonce présidentielle et combien les médecins, les scientifiques, les politiques et les multiples experts invités sur les plateaux de télévision ou dans les tribunes de la presse écrites se contredisent entre eux quant à l’évolution de la situation pandémique en France.

Un scénario analogue nous avait déjà été joué fin janvier sur fond de variant anglais, un « virus diabolique et plus intelligent qu’on ne le pense » selon le chef du Conseil scientifique le Pr Delfraissy qui appelait avec d’autres à un reconfinement immédiat à titre préventif face à la montée inéluctable des contaminations.

Ce n’était pas l’avis de tout le monde (et ce n’était d’ailleurs plus l’avis du Pr Delfraissy trois semaines plus tard), aussi bien du point de vue épidémiologique que compte tenu des immenses dommages collatéraux caractéristiques des confinements, et à ce moment-là, le gouvernement s’était contenté d’ajouter quelques mesures restrictives sans changer véritablement de braquet.

Mais aujourd’hui, avec l’extension du confinement à toute la France et la fermeture des établissements scolaires jusqu’à début mai, Emmanuel Macron s’est rendu non pas à l’évidence, car cela reste très débattu comme on va le voir, mais à une sorte de chantage orchestré par les bastions les plus immobiles et fiers de l’être de nos monopoles d’État que sont l’Éducation nationale et la Santé autour de trois perspectives absolument terrifiantes agitées sous le nez des Français :

Premièrement, les malades du Covid sont de plus en plus jeunes – sous-entendu, ce n’est plus une affaire d’octogénaires, nous sommes tous des malades, voire des morts du Covid en puissance.

Deuxièmement, les enfants (0-9 ans) et les adolescents (10-19 ans) dont on pensait qu’ils étaient peu concernés par le virus ont soudain vu en mars leur taux d’incidence hebdomadaire s’envoler (de 84 à 205 pour 100 000 enfants et de 238 à près de 500 pour 100 000 adolescents, soit un peu plus qu’un doublement pour les deux classes d’âge) après une grande stabilité à un faible niveau depuis l’automne.

Et troisièmement, 41 médecins réanimateurs et urgentistes des 39 hôpitaux de l’AP-HP (hôpitaux publics d’Île-de-France) ont dégainé la menace du tri des patients (comme en médecine de guerre) si aucune mesure supplémentaire de restriction n’était prise au plus vite.

Conclusion des marchands de peur, largement reprise par une vaste majorité des médias, des syndicats d’enseignants, des fédérations de parents d’élèves et de la classe politique (Hidalgo, Pécresse et Le Pen comprises malgré leurs évidentes rivalités) : si Emmanuel Macron avait réagi en février, nous n’en serions pas là en avril, et il est d’autant plus urgent maintenant de reconfiner tout le monde et de fermer les écoles que la situation empire de jour en jour et que l’hôpital ne pourra pas y faire face.

Autrement dit, sauvons l’hôpital ! Sinon ? Eh bien sinon, il y aura encore plus de morts.

Dans ce contexte particulièrement anxiogène, pas étonnant que l’opinion publique soit complètement tétanisée et que plus de la moitié d’entre elle soit prête à sacrifier la première des libertés, celle qui consiste à utiliser son propre jugement pour vivre et agir dans un monde contrariant, dans l’espoir de retrouver la vie d’avant.

Sauf que.

Contrairement aux déclarations intempestives d’autorités médicales pas très regardantes sur l’exactitude des chiffres, l’âge moyen des patients en réanimation en Île-de-France n’a pas baissé de 10 ans en deux mois comme cela a été dit, mais de deux ans, de 67 ans à 65 ans. Il n’est pas totalement aberrant d’observer une baisse dans la mesure où la vaccination s’est déployée prioritairement vers les populations les plus âgées, l’âge étant le premier facteur de risque, mais le Covid-19 n’est en aucun cas devenu une maladie de jeunes.

Ensuite, une analyse un peu plus fine de la réalité montre que le taux d’incidence de la maladie chez les enfants et les jeunes ne suffit pas à caractériser l’état de la pandémie dans ces classes d’âge, loin s’en faut. Le taux d’incidence étant formé par le nombre de nouvelles personnes contaminées sur une période rapporté à la population totale considérée, l’augmentation du taux de dépistage dans cette population a pour effet automatique d’augmenter le taux d’incidence.

C’est précisément ce qu’on observe chez les jeunes au cours du mois de mars 2021. Au début du mois, 1 % des 0-9 ans et 3 % des 10-19 ans étaient testés ; à la fin du mois, ces pourcentages sont devenus respectivement 4 % et 6 %, soit un quadruplement pour les plus jeunes et un doublement pour les plus âgés. Or dans le même temps, le taux de positivité des tests est resté stable aux alentours de 8,5 % chez les 10-19 ans et a baissé de 8 % à 6 % chez les 0-9 ans.

Le doublement du taux d’incidence est donc parfaitement logique mais ne correspond nullement a une accélération de la pandémie chez les 0-19 ans, ainsi qu’on peut le voir sur le site lefigaro.fr.

Parallèlement, une étude menée par des pédiatres sur 4000 enfants de moins de 13 ans depuis juin 2020 indique que dans 7 à 8 cas sur 10, la contamination dans cette classe d’âge se fait dans la famille, pas à l’école. De plus, ajoute la Société française de pédiatrie, les conséquences de la fermeture des écoles sont désastreuses en matière de retard scolaire et de mal-être psychologique des jeunes.

Enfin, la tribune alarmiste des 41 médecins de l’AP-HP publiée le week-end dernier dans le JDD a été massivement dénoncée par d’autres médecins comme étant exagérément pessimiste dans la mesure où elle se référait au scénario du pire en le faisant passer pour le scénario inéluctable. Pour le célèbre urgentiste Patrick Pelloux par exemple, la situation dans les établissements hospitaliers d’Île-de-France « n’est pas la Bérézina » décrite dans le JDD :

 

Même l’un des signataires de la tribune, le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, semblait moins catégorique (se disant même opposé au confinement) quand il fut invité à donner son avis dans l’émission 24h Pujadas du lundi 29 mars (à partir de la minute 44) face au Dr Martin Blachier qui, pour sa part, venait de démonter, courbes à l’appui, l’idée d’une progression exponentielle de l’épidémie (à partir de la minute 29) :

 

Dans le 24h Pujadas du lendemain (à partir de la minute 28), le Dr Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation de l’hôpital Lariboisière estimait quant à lui qu’il y avait « encore de la marge » et qu’il ne « faut pas laisser penser qu’on laissera mourir les gens à l’hôpital en France ». Pour lui, la situation est « sous contrôle », en raison du report des interventions non-urgentes et également parce que des lits éphémères commencent à être ouverts progressivement.

Il serait temps. De 5400 en décembre 2019, les places en réanimation sont passées à 6700 fin janvier 2021 selon les chiffres des Agences régionales de santé, pour 5100 personnes actuellement en réanimation en France (dont intubées 30 % et sous oxygénation renforcée 70%). On se rappellera qu’Olivier Véran en avait promis 12 000 en juillet pour faire face à une possible seconde vague tandis que le président de la République a parlé de monter à 10 000 dans son allocution de mercredi…

Depuis un an que nous vivons sous cloche, sous Covid et sous la menace constante de voir nos hôpitaux submergés, les progrès semblent minces et passablement erratiques pour un pays de 67 millions d’habitants dont les dépenses de santé rapportées au PIB sont parmi les plus élevées des pays de l’OCDE, 11,2 % en 2018 à égalité avec l’Allemagne :

La France se trouve prise dans les filets inextricables d’un système de santé coûteux mais entièrement collectivisé, donc hautement déresponsabilisant pour toutes ses parties prenantes et donc fatalement voué à une forme de paupérisation des services rendus.

Changer cela, réformer, réorganiser, chercher l’efficacité, réallouer les ressources en direction des patients plutôt que dans la bureaucratie, ce serait courir le risque de laisser entrevoir que malgré la complainte standard sur le « manque de moyens », les moyens sont là, mais scandaleusement mal utilisés. Ce serait courir le risque de voir la structure actuelle du pouvoir au sein du monopole de la Santé ou au sein de l’Éducation nationale changer de mains. Ce serait courir le risque de devoir rendre des comptes et peut-être même de devoir s’ouvrir aux marchés et à la concurrence comme cette malheureuse SNCF.

Plutôt faire peur et continuer comme avant.

Opération indéniablement réussie : Emmanuel Macron a finalement cédé aux alarmistes. Mais l’alarmisme n’est jamais qu’une méthode d’assujétissement de l’autre, une méthode d’appropriation autoritaire et menaçante du pouvoir. Fondamentalement, Emmanuel Macron a cédé à la caractéristique première de tous les collectivismes étatiques : utiliser la population en variable d’ajustement de leurs mauvais résultats plutôt que d’ajuster les services de l’État aux besoins de la population.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.