L’âne de Buridan : comment l’indécision est punie

L’histoire de l’âne de Buridan nous rappelle combien il est important de prendre une décision et de se ménager des options pour pouvoir choisir.

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L’âne de Buridan : comment l’indécision est punie

Publié le 28 mars 2021
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Par Alain Goetzmann.

Jean Buridan est un philosophe français du XIVe siècle, surtout connu par la légende qui veut que dans sa jeunesse, il aurait eu une aventure dans la Tour de Nesle avec Marguerite de Bourgogne, femme du futur Roi Louis X, dit le Hutin et aurait « été jeté en un sac en Seine », selon le vers de François Villon dans La ballade des dames du temps jadis.

Bien qu’on n’en trouve pas trace dans ses œuvres, il est aussi l’auteur du paradoxe de l’âne : affamé et assoiffé, placé à distance égale d’une botte de foin et d’un seau d’eau il finira par mourir, et de faim et de soif, incapable de prendre la décision de commencer par l’un ou par l’autre.

Voilà un exemple à ne pas suivre. Nous devons tous prendre des décisions au quotidien et souhaitons évidemment qu’elles soient les bonnes.

Pour ce qui concerne le processus de la prise de décision et son exécution, il est très intéressant de se référer à la méthode d’Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, qu’aucun manuel de management ne saurait ignorer. Elle constitue, en tous cas, un vrai processus clairement énoncé dès le milieu du XVIe siècle.

Ignace de Loyola dispose d’une espèce de technique, à propos d’un supposé signe de Dieu. Il l’expose dans ses ouvrages, Les Constitutions, Correspondance et surtout dans Exercices spirituels.

La prise de décision passe, pour lui, par quatre phases principales :

La phase d’information 

Le responsable et ses conseillers ordinaires prennent connaissance de l’historique de l’affaire, qui aura été préparé de la façon la plus simple possible. Cet historique peut encore être éclairci par la consultation de personnes compétentes.

La phase de délibération 

C’est l’examen des avantages et des inconvénients dans l’adoption ou le refus du projet.

La phase de la consultation à Dieu au travers de la prière 

Le responsable et chacun de ses conseillers prient pour tenter de percevoir, avec une totale pureté intérieure et sans intérêt personnel, là où l’Esprit Saint les conduit.

La phase de décision 

Les conseillers donnent leur opinion. Celui qui assume la responsabilité du groupe les écoute, confronte ces opinions avec la sienne, les soupèse devant Dieu, et quelle que soit l’opinion majoritaire des conseillers, il prend seul sa décision.

Oublions Dieu qui intervient rarement aujourd’hui dans les décisions et remplaçons-le par réflexion, méditation, inspiration et nous garderons la séquence et les ingrédients d’une décision rationnelle.

Le management est, dit-on, l’art de prendre des décisions imparfaites sur la foi d’informations incomplètes.

Chacun a le désir de prendre des décisions reposant sur le bon sens et l’objectivité des situations mais trop souvent c’est l’intuition qui l’emporte, simplement parce que le cerveau n’est pas vraiment entraîné à raisonner de façon construite et logique.

Dans son dernier ouvrage Vous allez redécouvrir le management, Olivier Sibony énonce que beaucoup de choix sur lesquels les dirigeants sont appelés à trancher sont binaires : faire cet investissement ou ne pas le faire ; lancer ce produit ou non ; recruter cette personne ou pas ; et ainsi de suite.

Le succès est bien plus probable quand on s’est donné la peine de générer des options multiples. Par exemple, en exigeant que toute proposition qui vous est soumise soit accompagnée d’un second choix. Puis, bien la formuler car, ainsi que le professe Warren Buffet :

Quand des gens intelligents expliquent leurs idées à un orang-outang, cela améliore la qualité de leur prise de décision.

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Créer un compte Tous les commentaires (18)
  • Mouais, on a un biais Occidental qui valorise la prise de décision et l’action sur la passivité, mais bien souvent la meilleure chose à faire, c’est de ne rien faire.
    Et bien des problèmes dans la vie n’ont pas de solutions.
    Je suis persuadé que bien des décisions historique désastreuses ne s’expliquent pas par un mauvais raisonnement mais par une compulsion intérieure a « faire quelque chose  » pour calmer le stress des dirigeants.

    • oui désolé j’ai mis un truc assez redondant en essayant d’expliquer que c’est une escroquerie intellectuelle car les choses sont présentée de façon biaisées sous l’apparence de la simplicité..

    • Ne rien faire, ok si c’est une option choisie délibérément. Pas si c’est par peur de choisir et d’en assumer les conséquences.

      • tu éludes la question de l’exitence de « décideurs »… et de hiérarchie..

        la peur est une raison légitime à l’inaction…parce que tu assumes les conséquences….

        quand on fait intervenir une hiérarchie ne reposant pas sur des mérites ou compétences…on introduit d’autres peurs celles de perdre le pouvoir..qui du point de vue du décideur est aussi « valide »..la peur du décideur..n’est pas celle des « décidés ».. encore moins de ceux qui nient la pertinence de la hiérarchie..

        • et pour le décidé la peur des sanctions hiérarchiques à mettre en balance avec la peur des conséquences des décisions que le chef a dit prendre dans l’interet du collectif…

          cette histoire d’âne est une duperie..

          si tu as un cancer dois tu nécessairement accepter de souffrir de te voir mutiler pour « survivre le plus longtemps possible en supposant par ailleurs que tu ne mourras pas pour d’autre raisons.. ce n’est pas un calcul ni un choix rationnel.

          plaisir et souffrance commandent pour beaucoup les directions prises instantanément avec une spéculation sur les plaisirs et les souffrances futures.. c’est dans cet espace que nous évoluons et il est éminemment subjectif…et chaotique.

          • le commentateur moque l’ane de ne pas connaitre son propre interet… qui serait de tenter « à tout prix « en terme de plaisir/souffrance à cherche à prolonger sa vie.. en posant en plus le problème de façon caricaturale.. qui rend la survie apparemment facile…duperie.

            alors que la question pourquoi diable le gouvernement se mêle il de santé alors qu’il n’pas cette compétence.

            parce que avoir un chef serait important…

            • L’intérêt de l’âne, ça reste à lui de le juger. S’il décide de mourir de soif plutôt que de faim (ou l’inverse), il n’est pas condamnable. Et même s’il décide que mourir de soif ET de faim n’est pas pire que mourir d’une seule des deux causes en ayant fait un effort inutile. Ce qui est condamnable est de ne pas se poser la question et de laisser « les autres » ou la destinée décider, avec LEUR logique ou LEURS sentiments. Faire nous-même et en toute conscience les choix qui nous concernent, c’est ça qui nous distingue de l’animal, justement. Ou qui devrait nous en distinguer…

  • nos dirigeants prennent le plus souvent des décisions qui agissent sur le court terme ; ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez , raison pour laquelle nous payons des décennies plus tard leurs décisions ou ils ont manqué de réflexion ;

  • quantification… et quantification DES signAUX et définition de l’objectifs..
    l’histoire de l’ane de déridan est trompeuse…

    et fallacieuse…

    Déjà, on ne sait pas si l’^ne veut survivre le plus longtemps possible ou souffrir le moins possible..
    on ne sait pas si l’âne peut survivre compte tenu des distance et des temps et des besoins physiologiques… on ignore la souffrance de l’âne qui pourtant pour beaucoup détermine les choix à court terme….
    un exemple plus parlant à mon opinion est l’histoire de ce type qui du se couper un membre pour fuir une mort certaine et proche sinon..là vous vous dites moi à sa place je ne l’aurais pas fait…j’aurais PREFERE mourir…

    c’est même une farce destinée à prouver un point tout autre…osez tenter votre chance, mieux vaut mourir en se battant que de subir pour survivre plus longtemps..ce qui est un CHOIX.
    enfin bref…

  • Il y a aussi une formule: douter toujours, hésiter jamais.

    • encore une formule qui valorise un comportement et aussi l’exitence de « décideurs » sans expliquer son excellence en terme de supériorité…

      ça semble sympatoche mais on finit par ce coltiner des ségolène royale ou autre qui disent qu’on ne peut pas leur tenir grief d’avoir déconné sec car…ils ont agi et qu’il y avait un problème…

      ne jamais hésiter…ne jamais tenir grief..signifie que l’existence même des hierarchies est essentielle pour le groupe… on doit AUSSI douter de cela parfois.

      • Les personnes que vous citez ou auxquelles vous pensez ne sont pas dans l’action. Elles gesticulent, brassent de l’air, communiquent.
        Dans l’action nous pouvons retenir un autre principe: il n’y que ceux qui ne font rien qui ne commettent jamais d’erreur mais qui ont un avis sur tout.
        Dans l’action il faut un chef qui accepte d’être exposé au risque de se tromper et d’en supporter la responsabilité.
        C’est peut être aussi pourquoi le  «en même temps » est une forme d’escroquerie qui fige l’action.

        • Eloquent! Cet âne qui choisit de ne pas boire et en même temps de ne pas manger est définitivement La République est Morte!

  • En photo : une petite cousine ! Ou un petit cousin ? (ou un non binaire ?)…
    Certes lointain, mais qu’est-ce que j’aime cet animal !

    Quant-à mes cousins orang-outang qui nous apprennent la simplicité (au sens pas besoin de tant de CERFA), je veux leur dire : Par pitié, dans le futur ne créez pas l’École des ANEs !

  •  » Quand des gens intelligents expliquent leurs idées à un orang-outang, cela améliore la qualité de leur prise de décision.  »

    J’ai toujours un problème de compréhension avec ce genre de phrases;

    Est ce que ça améliore la prise de décision pour l’orang outang ? Ou pour les personnes qui expliquent ?

  • Les commentaires sont fermés.

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