Sixième frein à l’entreprise : fonds propres et trésorerie

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Fonds propres et trésorerie, certainement le plus grand frein à l’industrie.

Par Claude Goudron.

 « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. »

C’est le « théorème de Schmidt » énoncé le 3 novembre 1974 par le Chancelier allemand qui a fait évoluer l’Allemagne et régresser la France pour ne pas avoir su ou voulu l’appliquer.

Fonds propres et trésorerie : une évidence qui nous a échappé

En effet, une entreprise à qui l’on permet de dégager un résultat significatif en distribuera une partie à ses actionnaires, ce que le Français n’aime pas, mais une grande partie ira dans ses comptes sous forme de fonds propres, eux-mêmes générant de la trésorerie.

Un retard pris depuis les années 1990

Durant les années 1990 la France était encore compétitive par rapport à l’Allemagne. Les écarts de productivité pouvaient, mais non sans danger, être compensés par une dévaluation du franc.

Celle-ci permettait de conserver, voire conquérir des marchés mais rendait les produits d’importation plus chers, ce qui n’était pas très bon pour le pouvoir d’achat des Français mais surtout pénalisait de nouveau les entreprises utilisant des matières premières dont le pays ne disposait pas, en particulier le pétrole.

On connaît la suite : inflation, taux d’intérêt s’envolant et de nouveau perte de compétitivité débouchant sur de nouvelles dévaluations telles que celles que l’on a connues sous Mitterrand.

En 2000 est apparu l’euro, que plus personne n’envisage maintenant d’abandonner. Au lieu de nous réformer alors que nos finances étaient encore saines, nous avons créé les plus absurdes réformes dont les 35 heures et la retraite à 60 ans.

Gerhard Schröeder, homme de gauche, a très rapidement senti le danger de déclassement de son pays et a fait courageusement adopter les réformes dites Hartz I à IV (agenda 2010) qui ont permis à l’Allemagne de distancer la France.

Des investissements plus coûteux donc réduits

Alors que grâce à ces mesures les entreprises allemandes ont pu dégager une marge très confortable de plus de 40 %, la nôtre est restée trop longtemps nettement en dessous de 30 %.

Les profits allemands ont permis à l’Allemagne d’investir dans du matériel de production plus performant et plus rapidement alors que, pour essayer de rester dans le coup, la France a fait appel à des emprunts plus chers et tributaires du bon vouloir des banques.

Le taux d’endettement/PIB des entreprises françaises est supérieur de 40 points au taux allemand (134 % contre 95 %).

Il est donc évident que la capacité d’autofinancement est un facteur de développement crucial.

Un cercle infernal

Moins d’investissement c’est moins de gain de productivité donc moins de marge et de nouveau moins de capacités d’investissement. C’est aussi davantage de chômeurs qui vont peser sur les prélèvements obligatoires : le cercle infernal est engagé et cela dure ainsi depuis vingt années !

PIB 2019 :

  • en France : 2419 milliards d’euros, soit  36 100 euros par habitant
  • en Allemagne : 3436 milliards d’euros soit 41 400 euros par habitant

Alors qu’ils étaient équivalents en 2000.

Si nous avions suivi la même évolution que nos voisins notre PIB serait aujourd’hui supérieur à 3000 milliards d’euros, soit + 25 %.

Fonds propres et trésorerie : retrouver rapidement une marge équivalente à l’Allemagne

La pandémie va encore creuser l’écart avec l’Allemagne laquelle a pu mieux protéger ses entreprises grâce à sa capacité à financer un soutien beaucoup plus important.

Il est extrêmement urgent de rattraper ce retard !

Ceci d’autant plus que la France a su innover beaucoup mieux que l’Allemagne entre 1970 et 1990 avec le TGV, Airbus, les centrales nucléaires.

Les Français sont encore aujourd’hui de grands innovateurs. Mais formés à grand prix par l’Éducation nationale, ils vont développer leur projet à l’étranger sous des cieux beaucoup plus favorables à l’entreprise.

Des remèdes indispensables et urgents

Ils sont tous connus mais j’en rappelle les principaux.

  • Impôts sur les sociétés à 20 %, réduction de moitié des charges sociales en commençant par la suppression de celles ne relevant pas de l’entreprise comme les prestations familiales, la maladie (sauf professionnelle) mais de l’État.
  • Temps de travail tout le long de la carrière augmenté de 30 % pour rejoindre celui de l’Allemagne : semaine de 40 heures, retraite à 65 ans immédiatement, puis 67 ans en 2025, réduction du nombre de jours de congés, pour les secteurs privé et public.
  • Mise en concurrence des URSSAF.
  • Refonte du Code du travail réduit à 200 pages maximum, différent en fonction du nombre de salariés (TPE/PME et entreprise employant plus de 500 salariés).
  • Création de fonds de pensions français améliorant le système de retraite et finançant des fonds propres dont les entreprises ont grand besoin.
  • Simplifications administratives avec réduction drastique du nombre de fonctionnaires et surtout changement de mentalité. L’administration doit être au service des citoyens et de l’entreprise, et non l’inverse.
  • Retrait du mortifère principe de précaution de la Constitution.

Conclusion

Notre survie économique est à ce prix et la réduction drastique des dépenses de l’État en est le préalable.

Ceux qui n’ont pas compris cette évidence n’ont pas leur place dans la course à la prochaine présidentielle car c’est l’avenir du pays et de l’Europe qui est en jeu : le renoncement à ces réformes, c’est notre éviction de l’Europe et son éclatement, voire une sortie volontaire de l’Allemagne avec la même conséquence.

 

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