Cinquième frein à l’entreprise : les syndicats

Une manifestation contre la réforme des retraites en 2010 à Lens by Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

La France est un pays étatiste qui applique, avec ses prélèvements obligatoires confiscatoires, l’inverse du système économique libéral.

Par Claude Goudron.

En pleine crise sanitaire et économique, après une année 2020 terrible dont les conséquences sur l’emploi se profilent dans les prochains mois, une mobilisation de tous les Français est indispensable… Pendant ce temps-là, la CGT lance plusieurs préavis de grève.

Un syndicalisme politisé

Il y a longtemps que le syndicalisme français n’a plus comme priorité la défense des intérêts des salariés mais celle de sa propre organisation.

Si ce n’est pas encore devenu un parti politique le Syndicat français, dans sa grande majorité, s’est affilié à un parti politique et n’hésite plus à donner des consignes de vote à ses adhérents.

C’est donc normal que, comme les partis politiques, les syndicats attirent de moins en moins d’adhésions, déjà les plus faibles parmi les pays européens : 80 % en Suède, 25 % en Allemagne et 8 % chez nous dont une majorité dans les services publics.

Une représentativité obsolète

En effet, la représentativité de nos syndicats date de l’après-guerre avec la circulaire du 28 mai 1945 qui, entre autres, intégrait « l’attitude patriotique pendant l’occupation » même si, sur ce point on peut relever que la CGT bras armé du parti communiste manquait de patriotisme pendant le pacte germano-soviétique.

Aujourd’hui ce critère n’existe plus mais a laissé, pendant de nombreuses années, se développer les syndicats qui dominent toujours le syndicalisme français : la CGT, FO, CFTC (qui deviendra la CFDT en 1964) et CFE CGC.

Toute nouvelle entité syndicale ne provenant pas d’une évolution ou d’un éclatement d’un de ces quatre dinosaures aura du mal à émerger.

Un financement complexe et opaque

Il est vrai qu’avec un taux de syndicalisation aussi bas, les cotisations des adhérents, soit 190 millions d’euros, ne suffisent pas et représentent, selon le rapport Perruchot, en moyenne 5 % des 4 milliards d’euros que les syndicats coûtent à la collectivité.

Dans ces 4 milliards d’euros, dont 1,34 milliards dans la fonction publique, sont intégrés les équivalent temps plein mis à disposition de nos syndicats, estimés à 50 000 dont 14 000 pour la fonction publique.

Dans un système aussi opaque il est très difficile de quantifier exactement ces financements. Faut-il y ajouter celui des comités d’établissement tenu à plus de 75 % par les syndicats, lorsque l’on sait que le seul budget du Comité d’entreprise d’EDF atteint le demi-milliard d’euros (7 % de la masse salariale) avec un effectif dépassant les 5000 employés ?

Un record européen des jours de grève

Avec le taux de syndicalisation le plus bas la France est le pays qui compte, et de loin, le plus grand nombre de jours de grève pour 1000 salariés :

Suisse 1
Allemagne 16
Royaume-Uni 21
France 118

C’est dire que l’entreprise, directement et indirectement,  finance ce qui est devenu son plus grand ennemi !

Syndicats et droits acquis

Une des particularités du combat syndical en France est ce fameux « droit acquis ».

Je ne remets pas en cause le droit des syndicats à revendiquer des avancées sociales et pécuniaires mais contrairement aux syndicats allemands autrement plus constructifs, une baisse même temporaire de ces conquêtes en temps de crise est pratiquement inenvisageable, un jusqu’au-boutisme qui a souvent conduit à la liquidation de l’entreprise qu’il représente.

On peut mettre au même titre les contreparties exigées systématiquement lorsque, dans de rares cas, l’administration fait un geste envers les entreprises, geste qui souvent n’est qu’un juste retour sur une des spécialités du pays consistant à entraver sa compétitivité.

Syndicalisme et libéralisme

Dans un précédent article j’ai évoqué l’inversion du sens des mots et la dénonciation par nos syndicats du « libéralisme à la française » qui serait à l’origine de tous nos maux. C’est une contre-vérité qu’il nous faut absolument dénoncer.

La France est un pays étatiste qui applique, avec ses prélèvements obligatoires confiscatoires, l’inverse du système économique libéral. Et si vous, syndicats salariés, n’êtes pas satisfaits de cette situation c’est le libéralisme que vous devriez défendre.

Syndicalisme patronal

On peut lui reprocher deux choses.

En premier lieu d’accepter un financement public même partiel qui ne peut le rendre que tributaire du bon vouloir de nos gouvernements (à noter que son nouveau président Geoffroy Roux de Bézieux milite pour en sortir).

En second, et c’est pour moi très important, le manque de combativité pour exiger de nos gouvernants une diminution drastique des contraintes, taxes et impôts dont la France est devenue championne toutes catégories confondues, ceci afin de retrouver une compétitivité perdue !

En conclusion

Encore une fois un alignement de nos syndicats sur le modèle allemand devient urgent et impératif si nous voulons sortir de cet engrenage mortifère !

 

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