Roux de Bézieux va-t-il décoiffer le Medef ?

Le nouveau président patronal Geoffroy Roux de Bézieux va-t-il vraiment bousculer la vieille dame de l’avenue Bosquet, ou va-t-il se contenter de beaucoup de communication ?

Par Patrick Coquart.

Le 3 juillet 2018, les délégués du Mouvement des Entreprises de France (Medef) ont élu Geoffroy Roux de Bézieux à leur tête avec près de 56 % des voix.

Dans un précédent article, nous affirmions que le nouveau président du Medef ne bouleverserait pas l’institution patronale car les deux candidats finaux en étaient vice-présidents.

Pourtant Roux de Bézieux est apparu, aux yeux des observateurs, et apparemment aussi à ceux des électeurs, comme le plus en phase avec son temps. Ce n’est pourtant pas une question d’âge, puisque le nouveau président du Medef a 56 ans, alors que son challenger en a 53.

Le candidat de la transformation numérique

Mais le vainqueur a su se présenter comme « le candidat de la transformation numérique ». Il a mis en avant son côté sportif : triathlon, marathon, boxe, rugby… sans oublier les commandos marine où il n’a pourtant fait qu’un passage de quelques mois. Il a également insisté sur sa réussite : The Phone House, puis Breizh Mobile, deux entreprises de téléphonie mobile qu’il a créées puis revendues en empochant le pactole.

Il n’oublie pas non plus de préciser qu’il est un business angel investissant « dans de très nombreuses start-ups contribuant à l’essor de la French Tech », et qu’il a créé « ISAI, le fonds d’investissement des entrepreneurs Internet ». Aujourd’hui, Roux de Bézieux est à la tête de Notus Technologies, une société au capital d’entreprises des secteurs de l’outdoor et de la gastronomie. Enfin, il a fondé, avec son épouse, une fondation caritative, la Fondation Araok.

Bref, c’est le gendre idéal, et les patrons ont vraiment de la chance d’être désormais présidés par lui. Cela ne vous rappelle rien ? Je n’ai pas l’impression que la comparaison a été faite, mais ne pourrait-on voir derrière ce portrait pointer le Macron du patronat. Un Macron que Roux de Bézieux a connu, à la fin des années 2000, dans la commission Attali.

Un candidat libéral ?

D’ailleurs Geoffroy Roux de Bézieux n’était-il pas présenté comme le candidat libéral alors qu’Alexandre Saubot, en plus d’incarner la vieille économie, était celui du social ?

Quand on regarde de plus près le programme de l’ex-candidat Roux de Bézieux, on peut trouver quelque ressemblance avec l’ex-candidat à l’Élysée. Jugez par vous-même :

  • Roux de Bézieux ne souhaite plus que le Medef gère des organismes paritaires sans en avoir la responsabilité pleine et entière. Ainsi l’organisation patronale ne devrait-elle plus cogérer l’assurance chômage, ni les organismes de retraite que l’État va prendre dans son giron. Pour autant, le Medef ne doit pas se « dessaisir d’un certain nombre de sujets touchant la vie quotidienne des entreprises et notamment le marché de l’emploi et la formation ». Il faudra donc trouver « un mode de participation renouvelé qui ne soit ni une compromission ni une politique de la chaise vide » et conserver à l’échelon local « un certain nombre de mandats paritaires où nos mandataires ont la possibilité de défendre nos entreprises avec efficacité » ;
  • Le Medef de Roux de Bézieux aidera « ses adhérents à anticiper la nécessaire transition écologique qui doit nous amener à repenser en profondeur nos modes de production. Mais il doit aussi s’assurer que cette transition soit faite à un rythme compatible avec la compétitivité des entreprises, en particulier des PME, et dans un cadre réglementaire favorable à l’innovation » ;
  • Le candidat Roux de Bézieux fustigeait le poids de l’État, des impôts, des taxes et de la réglementation (voir notre précédent article), mais il demandait des « mesures fiscales et réglementaires », et des « accompagnements financiers nécessaires pour faciliter » les reprises d’entreprises , ainsi qu’un lobbying renforcé pour peser sur le budget européen d’investissement ;
  • Le nouveau président du patronat entend que le Medef soit davantage présent en Europe, en particulier en développant des coopérations renforcées avec ses homologues allemand et italien. Mais le Medef devra aussi ouvrir un bureau à Washington pour défendre les intérêts des seules entreprises françaises.

Ne voyez-vous pas, à travers ces quelques exemples, une nouvelle version du très macronien « et en même temps » ?

Le nouveau président patronal va-t-il vraiment bousculer la vieille dame de l’avenue Bosquet, ou va-t-il faire beaucoup de communication et quelques réformes manquant d’ambition mais habillées de grands mots tels big bang, transformation » ou autre révolution copernicienne ?

Il est bien sûr trop tôt pour se prononcer définitivement. Nous jugerons, comme il se doit, l’arbre à ses fruits.

Une première tendance sera donnée par la composition de son équipe. S’il imite Emmanuel Macron (qui s’est entouré de socialistes déjà en poste sous Hollande et d’énarques à son image) en s’attachant des professionnels du syndicalisme patronal, nous saurons à quoi nous en tenir.