Convention climat : ça devait mal finir, et ça finit mal

Screenshot_2021-03-02 Barbara Pompili répond à vos questions sur le projet de loi #Climat et Résilience - YouTube — Gouvernement on Youtube ,

La Convention climat a remis ses notes : le gouvernement n’est pas un bon élève.

Par Michel Negynas.

Le 18 novembre 2019, j’avais titré : « Les citoyens de la convention envoyés au casse- pipe. »

Convention climat : une grosse déception…

Les faits sont têtus. La Convention climat a remis ses notes : le gouvernement n’est pas un bon élève. Seul le changement de l’article 1er de la Constitution pour y introduire la lutte contre le changement climatique a recueilli la note de 6,1. Manque de pot, ça a peu de chances de se concrétiser… Les autres articles du projet de loi sont plutôt notés entre 3 ou 4 sur 10.

« Limiter les effets néfastes du transport aérien » a obtenu 2,8 de moyenne ; et 2,7 pour l’introduction dans le droit d’un délit d’écocide, amoindri par rapport à la proposition de la Convention. Ces notes très sévères n’ont pas été choisies au hasard, ces deux thèmes étant emblématiques du discours des activistes en charge de l’organisation. Peu importe que dans certains cas, comme le crime d’écocide, ce n’était même pas juridiquement possible.

Atteindre les objectifs de 2030 pour le climat est impossible, on s’en doutait

Atteindre les objectifs de 2030 pour le climat est impossible, toutes les personnes intellectuellement honnêtes s’en rendent compte. De 1990 à 2015, nous avons réduit de 3,4 Mt d’équivalent CO2 par an. On peut supposer, je l’espère, qu’on s’est attaqué au plus facile en premier. En outre, la France a été désindustrialisée et a subi une grave crise financière en 2008 qui a durablement ralenti la croissance.

Pour atteindre 40 % de réduction en 2030, il faut atteindre 10 Mt/an en attaquant des sujets plus difficiles, en particulier sur le plan social. Or c’est dans neuf ans. Aucun investissement lourd, aucune technologie de rupture n’a jamais été mené à bien dans un délai si court. Et même si c’était possible, cela ne démarrerait qu’en 2030… En outre, la France étant déjà un des pays de l’OCDE qui émet le moins de CO2 par habitant, il lui est plus difficile d’atteindre les mêmes pourcentages de gain que les mauvais élèves : la plupart des États souhaitant réduire passeront du charbon au gaz ; or, nous avons même une partie de notre chauffage complètement décarboné !

Le BCG en renfort

Mais le gouvernement a sorti le type de joker habituellement utilisé : le Boston Consulting Group. Celui-ci a été mandaté pour faire une revue des mesures prises ou à prendre pour atteindre l’objectif.

Évidemment, le BCG connaissait la réponse avant de faire l’étude : il tient à ses parts de marché, et vu que le gouvernement est sous une attaque judiciaire sur ce sujet précisément, le BCG ne pouvait se faire l’auxiliaire d’une justice passée par Science Po, donc acquise aux thèses les plus radicales.

Alors ouiiii… c’est possible ! Ouf, nous sommes rassurés… Les medias titrent : le BCG valide la trajectoire climat du gouvernement.

Sauf que voici les conclusions :

« Seule une faible partie du potentiel, représentant ~21Mt de réduction de CO2e, paraît probablement atteinte. Il s’agit essentiellement des tendances déjà enclenchées comme l’interdiction d’installation de chaudières au fioul qui sur le résidentiel suppose de maintenir le rythme de 150 à 200 000 chaudières remplacées par an. L’atteinte de ce potentiel suppose néanmoins de ne pas modifier les mesures en place ni de créer de dérogations qui en limitent le périmètre adressable.

  • La majorité du potentiel, ~57 Mt de réduction de CO2e, suppose un accompagnement volontariste à la mise en œuvre et est possiblement atteint, ce qui n’est pas surprenant au regard des disruptions significatives que les mesures concernées sont censées induire. 
  • Un potentiel de l’ordre de ~29 Mt de réduction de CO2e semble difficilement atteignable compte tenu des mesures actuelles. Il couvre essentiellement les questions de décarbonation des poids lourds (pour lesquels rien n’indique que les objectifs significatifs de déploiement de motorisations alternatives puissent être atteints d’ici 2030 compte tenu des calendriers des industriels), d’industrie (où les leviers envisagés ne semblent pas permettre de combler l’écart avec l’ambition, à production égale et hors réforme en profondeur de l’EU-ETS y compris pour les domaines à risque de fuite de carbone), de rénovation (où les moyens – financements et pénalités – ne paraissent pas suffisamment incitatifs en particulier dans le tertiaire), et les incitations à la réduction du trafic aérien qui semblent insuffisantes pour infléchir la tendance. Dans un scénario volontariste et tenant compte des mesures existantes, on estime que seuls ~13Mt de réduction de CO2e issus de ces mesures sont vraiment atteignables soit la moitié du potentiel affiché. »
    convention climatLe tableau ci-dessus est une très bonne synthèse des mesures ; il vaut son pesant de cacahuètes. Les lecteurs connaissant les divers sujets nommés pourront se régaler. J’aime particulièrement : montée en gamme de l’élevage, gain de 6,8 Mt… Les Charolaises et les Aubrac apprécieront. Et quant à l’interdiction à la fois des décharges et des incinérateurs, considérée comme potentiel probablement atteint… en moins de neuf ans, on va trouver comment tout recycler ? Même les pales d’éoliennes ?

Un chef-d’œuvre de langue de bois ! Mais le pauvre BCG ne se doutait pas où il avait mis les pieds ; nous ne sommes pas ici au CAC 40 !

Non seulement la bonne interprétation des conclusions ne laisse aucun doute sur l’irréalisme de l’objectif, ce qui ne doit guère réjouir le gouvernement, (seule Mme Pompili semble imperméable au deuxième degré des consultants) mais en plus il est la cible des écologistes, qui, à juste titre, estiment l’étude biaisée et ses conclusions trop ambiguës.

Delphine Batho souligne que « les données présentées dans l’étude d’impact… sont biaisées ». La députée ajoute que le BCG est « en situation de conflit d’intérêts au regard de nombreux acteurs économiques parmi ses clients ayant intérêt à ce que le projet de loi manque d’ambition… »

C’est sûr qu’un audit de Cyril Dion aurait eu une autre allure. Sans conflit d’intérêt bien sûr, Cyril Dion ne gagne pas son pain avec ce genre de sujet…

Bref, au lieu de calmer le jeu, le BCG déchaîne la tempête.

Et le Haut conseil pour le climat pas content du tout non plus

Cela vaut le coup d’examiner la composition du Haut Conseil.

On y trouve, entre autres :

  • Messieurs Grandjean et Jancovici, fondateurs et propriétaires d’un organisme de calcul d’empreinte carbone. Or, le Haut conseil souhaite l’affichage carbone de tous les produits, pure coïncidence sans doute.
  • Monsieur Colombier, directeur scientifique de l’IDDRI de Sciences po, dont l’orientation activiste n’est pas d’hier.
  • Madame Masson Delmotte, climatologue plus qu’engagée.
  • Monsieur Leguet, directeur d’un think tank financé par la caisse des dépôts qui « accompagne depuis 2002 les décideurs publics et privés sur la transition vers une économie décarbonée et résiliente au changement climatique. »
  • Et bien entendu l’incontournable madame Tubiana, celle-là même qui a fait monter le radicalisme écologique à l’IDDRI.

Tous sont des universitaires ou des « conseillers », pas un seul n’a de carrière en véritable entreprise : pas de vrai industriel, pas de vrai agriculteur, pas de syndicaliste…

Et sa mission, c’est :

« Le Haut conseil pour le climat est un organisme indépendant chargé de donner des avis et d’émettre des recommandations sur la mise en œuvre des politiques et mesures publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France. Il a vocation à apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. »

Organisme indépendant… de quoi ?

Ses préconisations, on s’en doute, sont décoiffantes… euh non, en fait elles reprennent les propositions initiales de la Convention, en regrettant que le gouvernement les ait édulcorées. Pas étonnant… Madame Tubiana était co-présidente du comité de gouvernance de la dite convention…

Le jugement est sévère : « Toutefois, une proportion élevée de ces mesures voit sa portée réduite par un périmètre d’application limité, voire ponctuel, des délais de mise en œuvre allongés ou encore de nombreuses conditions associées à leur application »

Effectivement ça urge, alors qu’à Bruxelles, on parle de porter à -55 %  les -40 % d’émission à 2030. Comme disaient les shadocks, « en essayant continuellement on finit par réussir, donc plus ça rate plus on a des chances que ça marche. »

Madame Pompili découvre l’écologisme politique

Soudain, madame Pompili sort de son rêve. Le vote des citoyens est politique :

« Sur les systèmes de notation je fais attention parce que c’est un système qui avait pas mal de biais. On a des citoyens qui ont décidé de mettre zéro à tout. À partir du moment où vous avez des gens qui mettent zéro à tout forcément ça biaise un peu […] Quand on est au gouvernement, on n’est pas à la même place, on doit proposer des mesures qui puissent être acceptées, qui doivent emmener tout le monde. »

Mince alors, le monde réel existe…

Nous sommes cernés

L’entrisme du radical-écologisme commence à porter ses fruits ; dans la haute administration, l’enseignement supérieur, la recherche, nous sommes cernés, et le président Macron aussi. Il est peut-être déjà trop tard pour sauver les meubles.

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