Islamo-gauchisme et climato-gauchisme : les mêmes filiations

Chemnitz - Marx Monument By: motograf - CC BY 2.0

OPINION : la destruction du capitalisme reste le dénominateur commun et le but ultime à toute forme de gauchisme qu’elle soit classique, climato ou islamo.  

Par Philippe Charlez.

Fils illégitime du marxisme, le gauchisme est apparu à l’aube des années 1920. Fortement critiqué par Lénine qu’il qualifia de « maladie infantile du communisme », il s’est surtout développé dans l’Europe post 1968.

On retrouve d’ailleurs à l’époque cette opposition frontale entre Georges Marchais condamnant dans l’Humanité « les groupuscules gauchistes s’agitant dans tous les milieux » et Daniel Cohn-Bendit publiant Gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme.

Le marxisme canal historique et le gauchisme ont un objectif commun : ils se sont lancés dans une croisade contre les oppresseurs de la société de croissance pour obtenir la peau de son démon capitaliste. Pour ce faire, ils prônent la révolution prolétarienne à travers la lutte des classes.

Comme les marxistes orthodoxes, les gauchistes abhorrent la liberté d’entreprendre assimilée à l’exploitation des masses laborieuses. Ils perçoivent le capitalisme et la mondialisation comme sources d’inégalités et de pertes de lien sociaux, partagent un certain nombre de valeurs dont l’égalitarisme est le socle et la solidarité le levier.

La première filiation du gauchisme est donc bien le marxisme. Mais marxistes et gauchistes s’opposent aussi sur de nombreux points à la fois économiques, politiques et philosophiques.

Les gauchistes décroissantistes

Le gauchisme juge sévèrement le marxisme classique qu’il considère comme une sorte de capitalisme d’État dont est issue une nouvelle classe dominante : la bureaucratie1. Promettant l’égalité dans l’opulence il a échoué sur le plan sociétal en étant source d’oppression pour le prolétariat.

Mais surtout, sa pensée productiviste a oublié l’environnement. Convaincus que le réchauffement climatique conduira rapidement l’espèce humaine à sa perte, contrairement aux marxistes les gauchistes sont favorables à la décroissance. Ce constat relève de l’écologisme. C’est la seconde filiation.

Leur haine du capitalisme se double d’une détestation des principaux véhicules du développement. Les plus radicaux2, rejettent en masse l’école, la science, les médias, la publicité, l’aide au développement mais aussi les politiques sociales et sanitaires : accroître l’espérance de vie ou réduire la mortalité infantile deviennent des contre-objectifs.

Ils souhaitent au contraire « décoloniser l’imaginaire économique et productif3 » par un retour à des sociétés vernaculaires frugales s’articulant autour de communautés autosuffisantes dans lesquelles les besoins matériels sont limités et les ressources produites localement.

Des racines dans l’anarchisme

Enfin, le gauchisme puise ses bases politiques dans l’anarchisme. C’est sa troisième filiation. Il condamne tout autant la démocratie représentative « opprimant le peuple par le marché » que le totalitarisme marxiste où « la masse est aliénée par l’élite du parti ». Sa structuration en communes économiquement autonomes va de pair avec une démocratie directe associant tous les citoyens de la communauté aux décisions quotidiennes.

Une forme de communautarisme économique où la propriété privée disparaît, la monnaie n’existe plus et les biens rares sont répartis de façon homogène mais parcimonieuse en fonction des besoins de chacun. La seule liberté consiste à participer aux assemblées dont les décisions sont appliquées de façon autoritaire.

À ces trois filiations du climato-gauchisme vient s’ajouter une quatrième filiation pseudo-religieuse. Si le marxisme classique avait en bloc rejeté les grandes religions occidentales (judaïsme, catholicisme et protestantisme) que Marx lui-même avait qualifiées d’« opium du peuple », il existe depuis le début du XXe siècle une proximité entre marxisme et certains courants de l’Islam.

Proche de Lénine, G. Zinoviev déclarait en 1920 que « l’International communiste devait se tourner vers les peuples d’Orient pour les appeler à une Guerre Sainte contre l’impérialisme occidental ».

La collusion entre le marxisme et le monde islamique relève d’une lutte des classes entre colonisés et colonisateurs. Dans une démarche semblable, le gauchisme trouve aujourd’hui dans l’islam des « prolétaires de substitution » au monde ouvrier traditionnel ayant migré en masse vers l’extrême droite porteuse d’un message relevant souvent du marxisme classique : retraite à 60 ans, 35 heures, rétablissement de l’impôt sur la fortune.

Un allié dans la destruction du capitalisme

L’islamo-gauchisme prend donc ses racines dans « un remplacement du prolétariat par l’oumma », communauté des musulmans. Si aucune religion ne détient la palme de la richesse ou de la pauvreté, l’Islam concentre davantage de pauvreté. Cumulant frustration coloniale, croissance démographique, pauvreté et très forte religiosité, le monde musulman représente aux yeux des gauchistes un allié de destruction du capitalisme.

Le climat, la colonisation, la religion, le féminisme ou l’écriture inclusive ne sont en fait que des instruments détournés. La destruction du capitalisme reste donc le dénominateur commun et le but ultime à toute forme de gauchisme qu’elle soit classique, climato ou islamo.

Gauche – Corrélation richesse et religiosité

Droite – Richesse par habitant des pays musulmans

(Source des données : Pew-Research et Banque Mondiale)

  1. R. Gombin (1973) Les origines du gauchisme ; Serge Latouche (2009) « Oublier Marx », Revue du MAUSS, n° 2, 2009.
  2. I. Illich (1971) Une société sans école, Éditions du Seuil ; I. Illich (1975) Némésis médicale, Éditions du Seuil.
  3. Mario Bonaïuti, À la conquête des biens relationnels, in M. Bernard/V. Cheynet/B. Clémentin (dir.), op. cit., pp. 28 et suiv.
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