La politique de relance est arbitraire et nuisible

Hanging around BY Carl(CC BY-ND 2.0) — Carl, CC-BY

Toute politique économique est nuisible car elle suppose implicitement que les dirigeants politiques ont une parfaite connaissance des relations entre tous les producteurs et consommateurs et qu’ils peuvent modifier les droits de propriété.

Par Pascal Salin.

Généralement, quand on parle de politique de relance on fait un raisonnement de type macroéconomique consistant en particulier à penser que la relance économique de la production dans un pays est accrue par une augmentation de la demande globale. Telle est en particulier l’une des caractéristiques de la théorie keynésienne.

Or cette approche économique est particulièrement contestable. Comme nous l’avons indiqué dans un article précédent de Contrepoints c’est la production qui détermine la demande et non le contraire.

L’absurdité de la politique de relance

Outre les raisonnements logiques concernant les comportements des individus et leurs conséquences sur les activités d’une société – par exemple d’un pays – on devrait être convaincu du caractère absurde de la politique de demande globale par le fait suivant : les producteurs d’un pays comme la France sont concernés par des demandes extrêmement importantes, à savoir les demandes mondiales.

S’ils ne produisent pas plus ce n’est pas parce qu’il y a une insuffisance de demande globale – puisqu’il existe une demande mondiale – mais c’est parce qu’ils ne veulent pas produire davantage, compte tenu de leurs choix subjectifs et de leurs capacités productives.

L’approche macroéconomique au sujet de la demande globale semble être implicite dans les déclarations politiques concernant la politique de relance. Dans la mesure où il y a là une idée adoptée pratiquement par tous les Français, même s’ils ne connaissent pas de manière précise la théorie keynésienne, il est dans l’intérêt des politiciens de proclamer qu’ils pratiquent une politique de relance en augmentant les dépenses publiques.

Ils justifient par ailleurs ainsi l’idée courante selon laquelle la politique économique constitue l’un des rôles majeurs de l’État. Or on devrait considérer cette idée comme totalement contestable : la seule chose qui justifie en principe l’existence de l’État c’est ce qu’on appelle les fonctions régaliennes.

Mais les politiciens français profitent actuellement du respect de la politique de relance, alors qu’il y a une diminution de beaucoup d’activités productives, pour financer plus particulièrement certaines activités et obtenir ainsi l’appui d’un certain nombre d’électeurs.

Au lieu que la politique de relance soit considérée comme un ensemble de dépenses effectuées par l’État pour s’approprier des biens et services, comme cela semble correspondre à la théorie keynésienne, l’actuelle politique de relance pourrait être considérée comme davantage justifiée dans la mesure où elle ne repose pas sur un objectif global, mais a pour objectif d’aider les producteurs considérés comme étant particulièrement victimes de la situation actuelle.

Un prétexte pour l’État

Mais cette politique constitue en particulier un prétexte pour l’État afin de développer les politiques spécifiques qu’il souhaite (en particulier pour réaliser les souhaits de certains de leurs électeurs). C’est ainsi que la politique de relance actuelle a trois priorités : la transition écologique, la compétitivité et la souveraineté de l’économie française.

Or ces domaines ne sont pas ceux auxquels la crise actuelle nuit le plus, mais ceux qui constituent des objectifs permanents de la politique économique. De ce point de vue on ne devrait pas parler de politique de relance, mais de politique de diversification obligatoire des activités productives.

À titre d’exemple on peut aussi évoquer le plan protéines végétales auquel sont consacrés vingt millions d’euros pour l’achat de semences et pour l’aide à l’investissement dans des équipements spécifiques permettant la culture, la récolte et le séchage d’espèces riches en protéines végétales.

Il est évident que la crise économique actuelle est une crise de l’offre car la crise sanitaire a empêché un grand nombre de personnes – salariés ou entrepreneurs – de travailler autant que normalement. Par ailleurs, la diminution de revenus qui en a résulté a évidemment conduit à une diminution des demandes de certains produits et donc de leur production.

Il est évident que cette crise économique ne doit pas être considérée comme une crise globale, mais comme une crise structurelle. Pour en sortir, il faut que les écarts des structures productives par rapport aux structures normales de long terme soient progressivement supprimés.

Ordre spontané et juste utilisation des ressources

Or il est très important d’admettre que ce retour aux équilibres normaux peut résulter de ce que Friedrich Hayek nommait l’ordre spontané.

Prenons en effet l’hypothèse que la crise sanitaire s’est totalement arrêtée. Il n’y a plus de raison pour les individus de cesser leur travail ou de le réduire.

Bien entendu ce retour aux activités normales ne peut pas se faire immédiatement et de la même manière pour toutes les productions. Il y a des évolutions structurelles, impossibles à prévoir, qui se manifestent en partie par des variations des prix relatifs, ce qui a d’ailleurs pour rôle de créer des incitations à s’ajuster à la situation d’autrui. Bien entendu cette restructuration n’est pas immédiate et est un peu coûteuse, mais elle a le mérite de tenir compte de la spécificité de toutes les activités.

Par ailleurs l’actuelle politique de relance est censée bénéficier à des entreprises et citoyens spécifiques. On considère généralement cela comme une remarquable justification de la politique de relance : aider ceux qui semblent souffrir le plus de la crise, par exemple.

Mais les jugements consistant à choisir les activités à développer le plus sont contestables. Ainsi, par exemple, il se peut que certaines activités dont la production diminue auraient de toute façon diminué leur production – ou même fait faillite parce qu’elles ne correspondaient plus aux besoins – s’il n’y avait pas eu la crise sanitaire. Essayer de soutenir ces activités productives est donc injustifié et conduit à des gaspillages de ressources.

La crise de l’offre

La crise est en grande partie une crise de l’offre (de la production) et non de la demande, même si certaines productions ont dû diminuer du fait de la diminution de la demande pour leurs produits ; mais précisément on ne connait pas du tout les raisons des changements structurels et il n’est pas justifié de mener une politique structurelle. Elle risque d’empêcher pendant longtemps le retour normal aux structures de production désirables pour les producteurs et les consommateurs.

En effet ces politiques impliquent évidemment des augmentations de dépenses publiques aux dépens de dépenses privées puisqu’il faut bien que l’État prélève des ressources sur les citoyens pour financer ses dépenses. Par conséquent il y a deux raisons de critiquer cette politique de relance pour des activités productives spécifiques.

Tout d’abord cette politique est forcément arbitraire car il est certain que les dirigeants politiques et bureaucratiques ne connaissent pas les véritables changements structurels dus à la crise ni ce que serait la structure productive correspondant à tous les besoins et envies des individus.

Par ailleurs la politique de relance a pour conséquence des changements structurels imprévisibles et impossibles à connaitre. Ils sont dus au fait que le financement des aides de relance a forcément des conséquences négatives car cela réduit l’épargne disponible pour les investissements (autres que ceux aidés par la politique de relance) et impose dans le présent ou le futur le prélèvement d’impôts supplémentaires.

La politique de relance actuelle correspond au préjugé très contestable selon lequel l’État a pour mission de pratiquer des politiques économiques et que les responsables de ces politiques ont une connaissance parfaite du fonctionnement de l’économie nationale, c’est-à-dire de toutes les activités productives et des rapports existant entre elles.

Ce préjugé – qui joue donc un rôle important dans la politique de relance – est aussi celui qui inspire la planification, lorsqu’elle existe ; et d’ailleurs l’actuel gouvernement français a décidé de relancer le plan français.

La nocivité de la politique de relance et de toute politique économique

On devrait admettre que toute politique économique est nuisible. Une politique économique suppose implicitement que les dirigeants politiques ont une parfaite connaissance des relations entre tous les producteurs et consommateurs et qu’ils peuvent modifier les droits de propriété.

Ce qui est efficace c’est l’ordre spontané grâce au rôle des prix relatifs et grâce au rôle de la concurrence. La seule réforme qui serait souhaitable consisterait à interdire toute politique économique et à exiger que l’État s’occupe uniquement de ses activités régaliennes, par exemple la sécurité extérieure, la sécurité intérieure ou la justice pour défendre les droits de propriété.

Ces activités sont supposées ne pas pouvoir exister en l’absence d’un État. En réalité cela n’est pas totalement vrai : ainsi les individus s’organiseraient sans doute dans ce cas pour mettre en place des systèmes de sécurité et pour protéger leurs droits de propriété. Mais les activités régaliennes sont en tout cas relativement plus justifiées pour un État que les autres activités.

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